LIVRE IV, CHAPITRE IL
en chasse deux canons rayés. Â la tombée de la nuit, deux embarcations armées en guerre, commandées par le lieutenant de vaisseau Bailly, nagent en silence vers Testacade et brisent à coups de hache les câbles qui relient entre eux les espars et les bateaux sur lesquels ont été entassées des caisses de poudre et de la paille. — Aussitôt qu'une ouverture est pratiquée, le courant pousse* ces bateaux veçp la rive, et le chemin devient libre.
XXXVIII. — Dès la pointe du jour, les bâtiments ont allumé leurs feux et sont prêts à aller prendre position. Bientôt ils se mettent en mouvement et viennent mouiller à 800 mètres environ des forts , tous les quatre sur la môme ligne et présentant l'avant aux batteries ennemies ; -r- ce sont V Alarme^ le Phlégéton, le Primauguet et FAva^ lanche, — Le chenal de la rivière est si élroit, et les bâtiments si rapprochés les uns des autres, que l'amiral commandant en chef, debout sur la passerelle iviPhlégèton, peut à la voix communiquer ses ordres aux capitaines de ces quatre bâtiments. — Un peu en arrière se sont placés le Prégent, la Dragonne et Fel Cano; qui doivent battre le fort de la rive gauche.
Au signal du Phlégéton le feu s'ouvre sur toute la ligne, — après quelques coups d'essai, le tir rectifié devient d'une régularité parfaite. Les meilleurs tireurs de l'infanterie de marine sont dans les hunes, et leurs balles arrivent en plongeant sur les canonniers anamites. — Déjà la mort court de rang en rang au milieu
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des défenseurs des deux forts, et pendant que nos boulets ravagent les batteries ennemies, les projectiles creux accomplissent leur œuvre de destruction.
La défense est énergique. Le fort de la rive gauche a réuni son feu à celui de la rive droite. — Les boulets et la mitraille frappent les agrès des bâtiments et sifflent au milieu des cordages. L'espace qu'occupent les navires est tellement circonscrit , qu'il^sont enveloppés par les fusées de l'ennemi , d'une pluie de feu qui fort heureusement passe au-dessus d'eux. — Une heure n'est pas écoulée , et déjà les , ravages de notre artillerie sont visibles.— A huit heures du matin les deux forts, à bout de lutte et de défense , étaient au pouvoir des troupes alliées.
XXXIX. — Les embarcations ont jeté à terre les compagnies de débarquement; le fort de la rive droite est démantelé, son armement détruit; mais l'amiral fait occuper celui de la rive gauche, destiné à servir de point d'appui aux bâtiments de transport et de convoi qui rallient la division navale ; une compagnie d'infanterie et quarante artilleurs du contingent espagnol y sont installés.
Déjà le commandant Jauréguiberry, le commandant du génie Dupré-Déroulède et le capitaine d'artillerie Lacour sont montés à bord de V Avalanche et poussent une reconnaissance en vue de la place, que l'amiral compte attaquer, dès le lendemain, avec toutes ses troupes réunies. La citadelle de Saigon, à fronts bastionnés,
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est située à 800 mètres environ de la rivière ; chaque face présente un développement de 475 mètres et est masquée dans presque toute son étendue par des bois, des plantations, des jardins et des maisons. — On ne découvre ,de la rivière , qu'une porte située à Texlrémîté d'une avenue, un mât de pavillon et la toiture de quelques casernes ou grands magasins.
Les rapports des officiers envoyés en reconnaissance, joints aux renseignements fournis par des prisonniers anamites, décidèrent l'amiral à adopter un plan d'attaque sur une ligne de file.
Le dispositif de cette attaque fut réglé par lui dans une conférence avec les commandants des bâtiments, auxquels il signala les points de repère principaux qui devaient guider leur tir; ils ont l'ordre de se placer euxmêmes dans les hunes pour diriger plus sûrement le feu de leurs bâtiments ; car, nous l'avons dit, les abords de la place sont entièrement masqués par de nombreux jardins et par des massifs très-épais.
XL. — Le lendemain'i 7 février, au point du jour, l'ordre est donné à chaque navire d'appareiller pour aller prendre son poste de combat. — Le temps est superbe et annonce une de ces journées, comme on en rencontre seulement dans ces parages intertropicaux. — Le Phlégétoriy qui porte toujours le pavillon amiral, vient mouiller en face de la porte, seul point de la place que de la rivière on aperçoive directement; le Primauguet, V Avalanche et V Alarme dépassent le Phlègéion et viennent
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mouiller en avant de ce b&tiinent , beaupré sur poupe, F Alarme en tête. — En arrière du Phlégèton s'échelonnent la Dragonne , Fel Cano et le Prégent qui prennent d'écharpe la face contre-battue. Les embarcations qui doivent, au signal du commandant en chef, transporter à terre les compagnies de débarquement, sont à tribord.
Aussitôt que les bâtiments sont tous arrivés à leur poste, le signal de Tattaque monte au grand m&t du PhUgètoh et le feu commence ; du haut des hunes, les capitaines placés en vigie, rectifient le tir de leurs pièces ; bientôt il atteint cette justesse qui fait si grand honneur à nos canonniers de la marine. ^- Les eaux tranquilles du fleuve n'impriment aucun mouvement aux navires. La citadelle répond avec énergie, mais les boulets traversent toutes les mâtures qui leur servent de point de mire. Notre feu, sûr de sa direction, augmente d'intensité ; celui de l'ennemi diminue au contraire, ce qui dénote l'effet croissant de nos projectiles et les dégâts qu'ils ont déjà produit dans l'intérieur de la place.
XLL — Le moment de donner l'assaut est venu.
L'amiral se jette dans son canot avec le lieutenant de vaisseau Lafont, le lieutenant-colonel espagnol Escario et le capitaine de cavalerie Lopez, ses aides de camp. Il prend pied à terre au moment où toutes les embarcations abordent la plage. Les troupes, formées en colonne à l'abri des maisons, sont soutenues par les obusiers rayés du capitaine Lacour et sous la protection des