LIVRE IV, CHAPITRE II
tirailleurs qui, des hunes des bAtiments, fouillent les bois environnants.
Le feu de la citadelle est presque entièrement éteint, le bastion du S. E. seul tire encore; il faut aussi le réduire au silence. Le commandant Des Pallières, à la tête des 7' et 11' compagnies d'infanterie de marine et des compagnies du PhUgétonf dnPrimau^iuet et de Vel Cano^ se lance résolument à travars les fourrés qui se trouvent sur la gauche. Les tirailleurs, jetés en avant, sedispersent dans toutes les directions, et protégés par les bois ils ouvrent un feu très*vif sur les canonniers qui sont encore à leurs pièces. — Le capitaine Gallimard, avec ses sapeurs du génie, se joint à cette colonne pour faire sauter la première porte qu'il rencontrera ou bien, le moment venu, faciliter l'escalade. L'amiral envoie aussi dans la même direction une compagnie de chasseurs espagnols, sous le commandement du chef de bataillon Palanca ; cette compagnie doit se porter à mi-distance du fort et des colonnes pour appuyer au besoin les mouvements du commandant Des Pallières.
Sur la plage, le lieutenant-colonel Reybaud tient en réserve le bataillon du commandant Breschin.— Le corps espagnol, sous les ordres du colonel Lanzarote, et le demi-bataillon de gauche des marins, commandé par le capitaine d'infanterie Valière, sont prêts à se porter au pas de course, avec les obusiers du capitaine Lacour, sous les murs de la place.
XLIL — Cesdispositions prises , l'amiral attend les
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résullals du mouvement qu'opère le petit corps qu'il vient de lancer en avant.
Les tirailleurs du commandant Des Pallières ont fait merveille. L'ennemi, déjà démoralisé par Je feu des bàtimcnis dont les progrès destructeurs croissaient d'instant en instant, est terrifié par cette attaque inattendue et presque invisible; frappé à la fois dans tous les sens, voyant ses canoniiiers tomber un à un sur leurs pièces devenues silencieuses, il n'essaye plus une défense impossible. C'est alors que les tirailleurs, profitant de ce mouvement de stupeur se lancent à l'assaut. — A leur lèlc est le sergent Henri Des Pallières. Les échelles d'escalade se dressent contre les murailles que nos boulets ont ébréchées, et bientôt leur sommet est couronné aux cris mille fois répétés de : Vive C Empereur !
Au moment où l'amiral, prenant avec lui une portion des troupes qu'il tient en réserve sur la plage, accourt sur l'esplanade du fort pour soutenir le commandant Des Pallières; il aperçoit sur sa droite un gros parti d'Anamiles (mille hommes environ) qui avait engagé une vive fusillade contre Tune de nos compagnies d'infanterie de marine ; il donne aussitôt l'ordre au colonel espagnol Lanzarole de les rejeter au delà de Taroyo qui longe la face nord du fort. — Le colonel, impatient d'entrer, lui aussi, en action, s'élance et exécute cet ordre avec autant de rapidité que d'énergie. — Dès ce moment, le corps expéditionnaire cessa d'être inquiété au dehors.
Nous sommes maîtres de la citadelle sur laquelle
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floUent les pavillons français et espagnols. — Les portes sont ouvertes par nos sapeurs, et le bataillon de marins du commandant Breschin vient se joindre aux troupes qui déjà ont pris possession de cet ouvrage contre lequel l'ennemi espérait voir se briser nos efforts impuissants. — A dix heures, les obusiers du capitaine Lacour et les obusiers de montagne de la» division sont installés dans la citadelle môme, prêts à défendre notre conquête contre tout retour offensif.
A midi, les compagnies de débarquement rallient leurs bâtiments. L'amiral a établi son quartier général dans l'arsenal de la citadelle. —Toutes les troupes françaises et espagnoles sont distribuées sur les quatre faces du fort et en occupent les nombreux casernements. — Nos obusiers arment les bastions et peuvent faire feu"" au premier signal.
Ce succès important n'avait été acheté qu'au prix de pertes insignifiantes qui se réduisaient à un petit nombre* de tués et blessés. Mais celles de l'ennemi avaient dû être considérables.
XLIU. — La rapidité des opérations qui s'étaient succédé sans relâche depuis l'entrée de la division navale en rivière, avait imposé à tous de grandes fatigues qui devaient s'appesantir plus cruellement encore sur le corps expéditionnaire, à peine échappé aux fatales influences des maladies qui sévissaient à Tourane. Mais le zèle, l'énergie de chacun, n'avaient pas un seul instant failli dans ces conditions difficiles, et les dévoue-
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ments étaient doutés par cette pensée que tous» depuis le chef jusqu'au soldat, avaient en garde, dans ces contrées loitaines, l'honneur des drapeaux de la France et de l'Espagne.
La place de Saigon, une des citadelles les plus importantes de la Gochinchine, n'était habitée que par les employés du gouvernement anamite et par la garnison destinée à la défendre, -r- Aucun habitant du pays ne pouvait y pénétrer. Quatre portes y donnaient accès, et toutes quatre avaient été solidement barricadées au moyen de pierres et de sacs à terre; tout le pourtour de la place était un large boulevard. Au {milieu s'élevaient d'immenses bâtiments destinés à emmagasiner l'impôt payé en riz par les provinces du Sud ; on trouva ces èâtiments très-grandement approvisionnés. — De nombreuses casernes, des magasins d'armes et une très-belle poudrière occupaient les autres emplacements; la poudrière contenait une grande quantité de poudre.
Quelques habitations de hauts mandarins venaient seules, par leur architecture bizarre et par les brillantes couleurs dont elles étaient couvertes, rompre la sombre et triste monotonie de ces grands b&timents; mais toutes avaient été abandonnées en grande hâte, et les mandarins avaient emporté avec eux les objets les plus précieux.
L'écurie des éléphants de guerre occupait aussi un assez grand espace ; il y avait place pour dix éléphants. On y trouva de grands mannequins qui servaient à habituer ces animaux à la vue des hommes. — A c6té de ces