LIVRE IV, CflAPITR£ U. 3S
Nous Uavons dit : les autcHîtés anamites avaient toutes abandonné la ville de Saigon, et le même danger qui s'était présenté lors de la prise de Canton, menaçait de se renouveler dans Saigon livrée à elle-même et à la merci des pillards qui déjà se répandaient par bandes, semant partout le désordre, le yol et la destruction. — Les incendies surtout se multipliaient rapidement, outre les destructions barbares des propriétés qu'elles entraînaient, elles pouvaient à un moment donné faire courir des dangers réels aux navires mouillés près des rives du fleuve. L'amiral, pour mettre un terme à cet état de choses, dut employer les moyens les plus énergiques ; quelques exemples, du reste, suffirent pour arrêter le pillage et imprimer aux brigands une salutaire terreur.
Si l'autorité anamite n'avait plus d'agents officiels, elle faisait sentir son pouvoir par des menées occultes qui agitaient sourdement la population contre nous. — Les villages chrétiens qui entourent Saïgon, et qui eussent dû se montrer pleins d'enthousiasme pour la cause que venaient défendre la France et l'Espagne, restaient indifférents ; peut-être la terreur que leur inspiraient les autorités anamites était-elle la cause de cette apathie apparente. Mais il en résultait aux yeux du commandant en chef un fait certain, c'est qu'en entreprenant la guerre dans ces contrées, il ne fallait compter sur aucun auxiliaire, mais uniquement sur ses propres forces, soit que les populations atrophiées de ce pays eussent pour leurs véritables intérêts cette fatale insouciance qui perd les plus nobles et les plus saintes causes, soit qu'elles
craignissent pour l'avenir les résultats de Tenthousiasine qu'elles pourraient nous montrer, et qui se changerait pour elles plus tard en un redoublement de tortures. Chaque pas que faisait le corps expéditionnaire au sein de l'empire anamite montrait que ce gouvernement était loin d'être aussi faible que l'on s'était plu à le représenter, et qu'il serait dangereux de se lancer à la légère dans d'aventureuses expéditions.
XLVIII. — Les nouvelles de Tourane annonçaient que les Gochinchinois se préparaient à une énergique résistance, si nous voulions tenter de nous appro* cher de la capitale de l'empire. — Chaque jour les rapports des espions et les explorations ordonnées par le commandant Thoyon signalaient des préparatifs considérables de défense. Le 6 et le 7 février, l'ennemi encouragé par le départ des bâtiments expéditionnaires avait tenté un nouvel effort pour nous chasser de la rivière et du poste que nous y occupions. — Ces deux affaires très-brillantes pour nos armes étaient la preuve qne les Cochinchinois n'avaient point perdu Tespoir de nous expulser de leurs côtes.
Le commandant Faucon avait vaillamment repoussé leur attaque à la tète des marins et des soldats de la flottille, auxquels étaient venues se joindre en toute hâte les compagnies de débarquement de la rade.
Plusieurs batteries cochinchinoises avaient été enlevées et détruites avec des pertes sensibles pour l'ennemi.