LIVRE IV, CHAPITRE II
L'amiral était impatient de reprendre au plus tôt la route de Tourane avec sa division navale, car les dépêches du ministre lui annonçaient un prochain envoi de matériel d'artillerie et de munitions de guerre, bien nécessaires pour parer aux éventualités qui se préparaient et qui pouvaient subitement prendre un grand caractère de gravité.
XLIX. — Le 8 mars, tout était prêt pour faire sauter la citadelle de Saigon.
Son armement avait été évacué. — Trente -deux fourneaux de mine furent mis en action, et bientôt les bastions et les courtines n'otTrirent plus qu'un amas de ruines et de débris fumants. L'explosion fut si effroyable que la terre sembla tressaillir jusqu'au fond de ses entrailles. D'immenses blocs de pierre furent projetés au loin et s'enfoncèrent, en retombant profondément dans le sol, pour attester à jamais l'œuvre de destruction qui venait de s'accomplir. — Pendant plusieurs jours, les flammes se firent jour à travers les monceaux de pierres calcinées, achevant de dévorer ce que la mine avait épargné; l'incendie dura plusieurs mois.
Les bâtiments qui stationnaient devant la citadelle ont reçu l'ordre de descendre le fleuve et de se réunir à ceux qui se trouvent devant le fort du Sud. — - C'est ce fort qui doit servir de point d'appui à la subdivision navale qui restera en rivière. — Malheureusement les travaux n'y avancent que lentement; car les
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matériaux de construction manquent et Ton ne peut s'en procurer qu'à grand'peine , tant est grande la terreur qu'inspirent, quoique absentes, les autorités anamites.
Peu de jours avant la destruction de la citadelle, l'amiral avait appris qu'un rassemblement de troupes s'était formé dans les environs du quartier chinois; on l'estimait à 1000 hommes environ. Aussitôt il donna ordre au lieutenant colonel Reybaud de se diriger sur ce point avec un détachement composé de troupes françaises et espagnoles, et de chasser ce gros d'ennemis des positions qu'il occupait. L'opération eut un» plein succès; les Cochinchinois, débusqués d'une pagode qui formait leur principale défense, laissèrent sur le terrain un grand nombre de morts, et en notre pouvoir cinq pièces d'artillerie en bronze qui furent rapportées au fort et embarquées le lendemain.
Cette petite expédition fut signalée par un triste événement ; un sergent espagnol et un soldat tagal qui s'étaient attardés au retour de la colonne, furent cernés et horriblement massacrés. Ce double meurtre méritait un châtiment. Le lendemain, le commandant Des Pallières à la tète d'un détachement franco-espagnol se rendit sur les lieux où ces meurtres avaient été commis; les maisons des assassins furent rasées, et quatre d'entre eux fusillés dans le village même.
L. — Les travaux du fort avancent. — L'amiral .a déjà dirigé sur Tourâné les bâtiments qui doivent y rentrer.