LIVRE IV, CHAPITRE III
Aussitôt les embarcations , par un mouvement rapide et simultané, jettent à terre, à l'extrême droite et à l'extrême gauche, les compagnies de débarquement sur les points indiqués. — La colonne de droite se forme à l'abri des dunes de sable qui bordent la côte, et la colonne de gauche près de la batterie des Rosiers^ qu'elle se dispose à enlever à la baïonnette. — La colonne du centre, entassée derrière les ruines du fort de l'Ouest, est prête à s'élancer sur le fort du barrage, élevé presque sur la rive, et qui forme de ce côté l'angle le plus avancé des ouvrages ennemis.
LXV. — Il est six heures du matin "et pourtant la chaleur est ardente ; pas un nuage ne vient tempérer les l'ayons étouffants d'un soleil de feu ; il faut marcher pendant de longs espaces sur des sables brûlants. Gest à la fois un spectacle triste et beau de voir ces braves marins et soldats, la plupart aux vis|iges pâles, creusés et blêmis par les cruelles maladies auxquelles ils viennent à peine d'échapper, retrouver leur énergie au moment de combattre et oublier la fatigue qui brise leurs membres épuisés pour courir à l'ennemi. Parfois les forces trahissent tout à coup ces nobles courages et ces grands dévouements; des officiers et des soldats frappés d'insolation tombent foudroyés sur un sol qui les brûle.
Déjà les principaux ouvrages ennemis qui se développent dans celte large plaine sont abordés à la baïonnette. Les Anamites, avec un sentiment de défense trèsintelligent, ont, nous l'avons dit, accumulé les obstacles ;
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un grand nombre de ces ouvrages présentent un relief considérable, et les épaulemenls fort épais ont résisté à peu près partout aux boulets du plus gros calibre. Tous sont entourés de fossés profonds, quelquefois doubles. Les revers et les fonds de ces fossés sont semés de piquants de bambous profondément fichés en terre. Des piquants pareils garnissent à grande distance les glacis des ouvrages dont les approches sont encore entourées de trous de loup ; enfin les parapets sont défendus par d'innombrables chevaux de frise armés de pointes aiguës. — Aussi les Anamites, pleins de confiance, attendent les troupes alliées de pied ferme et combattent sur plusieurs poirits avec une ténacité sans égale; il fa\it pour les expulser déployer les plus énergiques efforts,
A droite, le capitaine de vaisseau Reynaud avec sa colonne a dépassé la grande pagode, puis chassant l'ennemi de plusieurs poinlg que l'artillerie ne défendait pas, il aborde résolument les batteries qui sont échelonnées sur la ligne de défense, pendant qu'un détachement appuyant sur la gauche, en arrière, s'empare d'une batterie armée de 4 pièces qui s'élève sur un terrain montueux, protégée par une tranchée à angle aigu, à une distance de 400 mètres de la ligne principale.
LXVI, — C'est sur le grand camp retranché dit du Miradorj que se dirige le gros de la colonne. — Là, elle doit rallier la colonne de gauche pour pénétrer dans ce camp sur lequel converge l'ensemble des forces aU