LIVRE IV, CHAPITRE III
leurstravaux défeusifs. Le corps expéditionnaire français comptait quarante-cinq hommes hors de combat, et nos alliés trente-trois. — Parmi les blessés était le sous-lieutenant Garcia atteint de deux coups de fou ; le brave capitaine Morhoat était tombé frappé à mort d'un . biscaïen en pleine poitrine.
D'après les rapports des espions, les forces anamites comptaient dix mille hommes; sept cents environ avaient été mis hors de combat.
La journée du 8 mai portait avec elle de graves enseignements. L'examen, dans leur ensemble, des travaux exécutés par les Anamites démontrait une intelligence de la guerre, qui toute inférieure qu'elle était à celle des nations européennes, pouvait néanmoins créer de sérieuses difficultés ; il était évident que l'ennemi faisant appel à toutes ses forces vives, disposait de ressources considérables pour arrêter notre marche dans l'intérieur du royaume et défendre par d'énerçiques efforts l'entrée de la capitale.
D'après les obstacles accumulés près de la rivière de Tourane, on pouvait aisément se faire une idée de ceux qui devaient couvrir les abords de Hué et de la rivière qui y conduit.
Cet accroissement perpétuel de défenses et la facilité àe reciutement que l'armée anamite trouvait dans les milices, amenaient la nécessité d'un déploiement de forces plus important, que rendaient impraticables Teffectif si restreint du corps expéditionnaire et Timpossibilité de se procurer les moyens matériels d'exécution.
3i)2 CAMPAGNE DE COCHINCHINE.
Une semblable situation était grave ; car toutes les entreprises qui eussent pu exercer une pression imniédiate étaient paralysées.
LXIX. — Les événements prouvaient chaque jour plus clairement à l'amiral Rigault de Genouilly combien les renseignements donnés au gouvernement de TEmpereur sur l'état de la Cochinchine avaient été erronés ; ils démontraient surtout qu'il ne fallait tenir aucun compte de ces auxiliaires puissants que l'on comptait trouver dans les populations chrétiennes, et même, avait-on dit, dans les populations païennes de ces contrées.— Courbées toutes deux sous le joug des mandarins, elles n'avaient tenté aucun soulèvement; nous restions isolés, et les réalités venaient démentir les suppositions qui avaient présidé à l'envoi des troupes en Cochinchine. Certes, si un soulèvement énergique se fût manifesté à notre approche, il eût jeté une grande perturbation sur plusieurs points du royaume. Mais les populations depuis longtemps écrasées par des persécutions tyranniques osent rarement lever la télé, dans la crainte, si la victoire n'accompagne pas leurs libérateurs, de retomber plus cruellement encore sous un joug impitoyable.
« A mesure que Ton pénètre dans la situation de l'empire anamite (écrivait l'amiral Rigault de Genouilly au Ministre de la marine, en date du 16 mai 1859), à mesure que les voiles se lèvent, que les assertions inexactes disparaissent, il est impossible de ne pas reconnaître qu'une guerrj^ontre ce pays est plus difficile qu'une guerre
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