LIVRE IV, CHAPITRE Ilï. Xi
contre le Célesle-Empire.— Par ses immenses et profonds cours d'eau le Céleste-Empire est vulnérable sur beaucoup de points; livré à l'anarchie, une partie de ses forces est employée à contenir la rébellion qui détend tous les ressorts de l'administration intérieure.
« En Cochinchine, l'organisation générale est trèsforte et l'organisation mililaire elficace. Je crois donc mon opinion sur les difficultés de cette entreprise Irèsvraie, en tout cas elle est sincère. »
LXX. — Mais au moment où l'amiral commandant en chef écrivait ainsi au ministre, la France était livrée à des préoccupations d'un ordre bien supérieur ; elle avait déclaré la guerre à l'Autriche, et par un prodige d'énergie et d'efforts surhumains, qui restera comme le plus glorieux souvenir de notre organisation maritime et militaire, elle jetait, en quinze jours à peine, près de cent mille hommes sur la terre d'Italie, tant de fois arrosée déjà du sang des batailles et dont une nouvelle guerre de l'indépendance allait encore rougir le sol (1). Le drapeau de la France était déployé : une lutte gigantesque allait s'ouvrir, et l'empereur Napoléon III quittait Paris le 10 mai 1859, pour aller prendre en chef le commandement de son armée et de celle du roi do Sardaigne.
Combien devant ces grands préparatifs do guerre qui tenaient en suspens l'attention de l'Europe onlière éniue
(1) Voir la Campagne d'Italie par le même auteur. 2 vol. in-8. Amyot, éditeur.
S54 CAMPAGNE DE COGBINCHINE.
et inquiète, disparaisaient les intérêts de cette petite expédition , jetée sur les côtes de la Cochinchine ! — Comment la voix de cet enfant perdu au delà des mers eût-elle pu se faire entendre au milieu du fracas des batailles qui assourdissait la France et jetait chaque jour aux échos enthousiastes des bulletins de victoire et de triomphe.
Mais la responsabilité qui pesait sur le commandant en chef de cette expédition lointaine n'en était pas moins grande ; chaque jour il voyait s'accroître les embarras de la situation ; des maladies fatales, le choléra et la dyssenterie faisaient dans le corps expéditionnaire de cruels ravages, contre lesquels la science et le dévouement des officiers de santé de la marine restaient impuissants. Chaque mois enlevait près de cent combattants , et le moment peut-être n'était pas loin où ce petit corps, si notablement affaibli, se verrait réduit à l'impuissance et à l'immobilité.
LXXI. — • « J'ai signalé à Votre Excellence les pertes considérables que le corps expéditionnaire a faites (écri« vait alors l'amiral au ministre de la marine) (1). Le chiffre des décès baisse depuis quelques jours, mais le nombre des invalides va sans cesse en croissant. Quatre officiers viennent encore d'être évacués sur Macao. — M. Tabbé Lepeltier, aumônier de la Saône^ le capitaine d'infanterie Loubière et l'aspirant Cyrennes sont au nombre des victimes qui ont succombé. Les compagnies
(1) Dépêche du 15;ut7^n859.