‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 163 sur 187 · LIVRE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE III

qu'imposait le commandement en chef dans ces lointains parages.

LXXIII. — Après beaucoup de difficultés, des rapports s'étaient ouverts avec le mandarin commandant en chef les armées cochinchinoises. Il fut décidé qu'une conférence aurait lieu avec des délégués de ce mandarin.

Le capitaine Lafont, aide de camp de l'amiral, fut chargé de se rendre auprès de ces délégués. Les instructions de son chef étaient précises sur les bases générales du traité de paix à coulure, bases semblables à celles du traité conclu avec la Chine : —Nomination d'un plénipotentiaire , — liberté religieuse pour les missionnaires et les chrétiens anamites, — liberté commerciale, — cession d'un point territorial comme garantie.

Le 22 juin fut le jour fixé pour la première entrevue. Les Cochinchinois devaient bâtir à mi-chemin, entre leurs positions et les nôtres, une grande hutte en paille dans laquelle la conférence aurait lieu.

Les délégués seraient accompagnés par vingt soldats sans armes, et le capitaine Lafont par le même nombre d'hommes d'escorte. — Il avait en outre été stipulé qu'il y aurait armistice pendant le temps des conférences, et qu'un pavillon blanc serait arboré sur le lieu où eHes se tiendraient.

Le 22 juin, à sept heures du matin, le capitaine Latouty accompagné de deux missionnaires comme interprètes, quittait à cheval le quartier général avec son escorte et traversait la plaine qui le séparait du lieu du

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rendez-YOQS. G^était par une de ces splendides journées, pendant lesquelles le soleil jetait à profusion ses rayons les plus étincelants.

Lorsque l'envoyé de l'amiral parut en vue de la cabane élevée pour les conférences, les délégués anamites» au nombre de deux, étaient arrivés déjà. Us se tenaient sur le seuil de la porte ; leur escorte , qu'à la chemise rouge on reconnaissait comme faisant partie de la garde impériale, était rangée sur les côtés, et deux soldats tenaient chacun un parasol au-dessus de la tête des mandarins. — Ceux-ci étaient vêtus de longues robes en damas de soie bleue broché tombant jusqu'à terre; ils portaient des souliers de satin et avaient un turban bleu enroulé autour de la tète. Leurs physionomies étaient très-intelligentes et leurs manières pleines de distinction.

LXXIV. — A son arrivée, le capitaine Lafont fut reçu avec de grandes démonstrations de déférence; les délégués anamites le firent asseoir devant une table chargée de fruits, de confitures et de sucreries de toutes sortes; on servit du thé, et l'envoyé français dut accepter cette collation avant d'expliquer aux mandarins l'objet de sa mission.

Après ces préliminaires, qui sont chez les AnamiteSy aussi bien que chez les Chinois, des témoignages de haute considération, l'envoyé français fil exposer de vive voix par les missionnaires le but de cette conférence et les demandes adressées par le commandant en chef au gouvernement anamite. — Les délégués cochinchinoîSy

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après avoir silencieusement écouté, lui donnèrent l'assurance que les propositions de paix dont il était porteur, et qui avaient été écrites en chinois, seraient remises au mandarin militaire commandant en chef de l'armée qui avait, disaient-ils, reçu de sa cour les pouvoirs nécessaires pour traiter.

A dix heures du matin, le capitaine Lafont était rentré au camp de Tourane.

Les mandarins s'étaient abstenus de toute discussion à laquelle ils n'étaient point autorisés ; aussi, rien ne faisait présager que ces propositions seraient acceptées, ni même qu'elles dussent amener dans le sens de la paix de sérieuses négociations. — Le peuple, d'après le rapport des espions, était très-misérable; écrasé de corvées et de travaux, en proie au choléra et à la famine, il désirait vivement la paix. Mais ce désir devait-il être écouté ou partagé par les mandarins? Les défiances profondes qu'avait causées le bruit mensonger de nos projets de conquête et de renversement de dynastie n'empêcheraient-elles pas les hautes autorités de ce pays, si soupçonneuses et si crédules à la trahison, d'avoir foi dans la sincérité de nos propositions de paix ?

Sur ces différents points, les investigations et les recherches restaient sans résultat. Le plus grand secret était gardé sur les intentions du gouvernement anamite.

Les semaines s'écoulaient et les pourparlers se traînaient à travers d'interminables longueurs. Diverses entrevues avaient eu lieu ; tantôt les délégués annonçaient que leur gouvernement était tout disposé à accepter les

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propositions de la France; tanlôt, au contraire, ils élevaient des difficultés imprévues pour atténuer l'effet des paroles conciliatrices prononcées dans les précédentes conférences.

LXXV. — Évidemment, il serait impossible d'obtenir une solution catégorique, bien qu'un armistice d'un mois eût été accordé sur loulc la côte, et que les mandai ins délégués eussent paru considérer cet acte tout pacifique comme très-important pour décider leur cour à accepter nos demandes.

« Probablement (écrit l'amiral en date du 15 juillet) le gouvernement anamite aura su par ses agents de Hong-kong et de Singapour la guen*e qui existe en Europe, et ils lui auront communiqué la nouvelle donnée par les journaux de ces localités que le gouvernement français abandonnait l'expédition de la Gochinchine. — Ils veulent donc gagner du temps. D'ailleurs, comme ils n'ont jamais conclu de traité avec aucune nation européenne, tout leur est suspect, aussi bien la forme que le fonds ; en toutes choses, ils voient des pièges. »

Cependant le mandarin de Saigon avait fait, de son côté , des ouvertures de paix au commandant Jauréguiberry. Mais un événement imprévu devait venir encore aggraver les embarras d'une situation déjà si tendue et entraver les préliminaires bien fragiles des négociations entamées.

Les armes de la France et de l'Angleterre, imprudemment engagées à l'embouchure du Peï-bo, venaient de

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