LIVRE IV, CHAPITRE III
recevoir un outrage sanglant. Ce fleuve, évacué par les forces alliées après la paix signée en juin 1858, avait été fortifié à nouveau par les Chinois.
LXXVL — Suivant une clause convenue, les ambassadeurs, porteurs de la ratification des traités, devaient se rendre à Pé-king. — Ils se présentèrent dans ce but à l'entrée du Peï-ho, qu'ils trouvèrent obstruée par des barrages. Sans avoir pu communiquer avec de hautes autorités, ils reçurent, par l'entremise d'un mandarin de rang inférieur, un message qui leur intimait de se rendre à l'embouchure d'un autre fleuve. Là, les ambassadeurs devaient quitter leurs bâtiments, pour être conduits à Pé-king par les autoril^s chinoises, ainsi que l'avait été le ministre américain M. Rééd.
L'amiral anglais Hope, après s'être concerté avec les ambassadeurs, ne crut pas devoir obéir à cette injonction, et quoiqu'il n'eût à sa disposition que des forces insuffisantes, il se mit en mesure de forcer l'entrée. A peine engagé dans la passe, il fut reçu par une vive canonnade, et malgré les efforts héroïques des équipages et des troupes de débarquement, auxquels l'amiral anglais et le commandant Tricault donnèrent le plus noble exemple, il fut contraint de se retirer, après avoir essuyé des perles sensibles (1).
(1) Dans la seconde partie de ce travail, qui comprend la seconde expédition de Chine, nous entrerons dans tous les détails de ce grave événement qui ralluma les hostilités à peine éteintes et amena la glorieuse prise de Pé-king par les armes alliées.
362 CAMPAGNE DE GOGHINGHINE.
La malheureuse issue de cette affaire entratnait après elle, en dehors des résultats matériels du fait lui-même, les plus graves conséquences. — C'était un échec, et cet échec détruisait en un jour, en une heure, le prestige glorieux des armes alliées sur ces côtes lointaines, et l'influence morale dont ce prestige était la base première. — Cet échec enfin effaçait tous les succès passés et déchirait le traité de Tien-tsiu si glorieusement obtenu, en même temps qu'il était une insulte aux pavillons et aux ambassadeurs de la France et de FÂngleterre. Habilement exploité, un semblable fait ne pouvait manquer de prendre les proportions considérables d'une grande victoire, et compromettre à Canton la position du petit corps expéditionnaire qui y tenait garnison.
Il ne fallait pas se le dissimuler, c'était une nouvelle guerre à recommencer de concert avec l'Angleterre, une guerre dans laquelle des moyens d'action beaucoup plus énergiques devront être mis en œuvre.
LXXVIL — Il est facile de comprendre quelle influence cette nouvelle, en arrivant à Tourane, exerça sur les déterminations du commandant en chef des forces navales dans les mers de Chine.
A celte époque, l'amiral Rigault de Genouilly ignorait que la paix était conclue avec l'empereur d'Autriche.
Le ministre de la marine lui avait écrit qu'il ne devait plus compter sur des renforts. — Dans cette occurrence, il comprit qu'en dehors de toute autre préoccupation, il fallait, avant tout, préserver Canton, dont les An-