LIVRE I, CHAPITRE II
Le gouverneur Yeh était trop habile pour ne pas se placer immédiatement, à son avantage, sur ce nouveau terrain où le débat venait d'être entraîné, et il adressait aux habitants de Canton une proclamation très-résolue dans laquelle on lisait ce paragraphe :
« Vu que les barbares anglais ont soulevé des troubles sous un faux prétexte, leur véritable objet étant d'obtenir un accès dans la ville, le gouverneur général se rappelant les objections unanimes de toute la population de Canton à cette mesure, en 1849, a nettement refusé de consentir et est résolu à ne pas leur accorder leur requête, à quelque degré qu'ils puissent pousser leurs hauts faits et leurs machinations. »
Cette proclamation se terminait en promettant trente^ dollars par tête d'Anglais qu'on lui apporterait.
XXIX. — Devant une semblable attitude, il fallait forcément recommencer les hostilités. — L'attaque directe contre Canton était une dure extrémité, mais dans la position où se trouvaient le ministre plénipotentiaire et l'amiral anglais, il n'y avait pas à hésiter.
Le 28, à une heure de l'après-midi, deux pièces de 36 placées sur la Folie hollandaise ouvraient leur feu, dirigeant leurs premiers boulets sur le palais du gouverneur et sur les maisons qui font face à l'îlot. — Le feu continua régulièrement jusqu'au coucher du soleil ; le but était d'ouvrir une large brèche dans les murs de la ville. Bientôt les bâtiments qui se trouvaient sur la ligne d'attaque furent incendiés.
Le lendemain ramiral , ayant reçu l'avis que les Chinois avaient pendant la nuit monté des canons sur les murs de la ville « ût recommencer le feu dès le lever du jour. — A onze heures, la brèche était devenue prati* cable ; aussitôt les forces dont on pouvait disposer se ralliaient sous les ordres du commodore X. C Elliot ^ pour livrer l'assaut,
XXX» — C'est à deux heures que le signal de l'attaque est donné aux troupes qui viennent de débarquer et qui traînent avec elles deux pièces de campagne. Marins et soldats de marine s'élancent avec une égale^ impétuosité ; le capitaine Bâte paraît le premier sur la brèche et y plante le drapeau de l'Angleterre (!)• ~ Quelques in^nts après , le parapet du mur est couvert de soldats qui s'élancerit dans toutes les directions , et s'emparent des pièces d'artillerie et des points fortifiés entre deux des portes principales.
Les équipages du Calcutta et du Burracoutaoui aperçu le drapeau anglais hissé sur k porte de droite ; conduits par le capitaine HalU ils pénètrent par les rues jusqu'à la grande porte de la ville ; des sacs de poudre placés près
(1) Dépêche du contre-€U(niral M. Seymour à V Amirauté,
«Le débarquement s'effectua à deux heures da l'tprès-midL La troupe et deux pièces de campagne furent conduites à l'attaque par les lieutenants Bushnell et Twysden. Les marins étaient commandés par le commodore Keilh Stewart et les capitaines Bâte ert Rolland ; les soldats de marine, par les capitaines P. C. Penrose et R. Boyie. La conduite du capitaine Bâte a été intrépide. J'ai observé cet officier un drapeau en main et seul sur la brèche. »
hVmX I, CHAPITRE IL 39
de cette porte la brisent en ècUtlB^ -^ Les troopes chiuoises résistent faiblement, se serrant seulement des canons qui couronnent les parapets pour lancer quelques volées dans les rues sur les assiégeants. — De Tintérieur des maisons partent aussi des coups de fusil et des flèches. — Trois soldats de marine tués, onze blessés, tel est le chiffre des pertes essuyées par les compagnies de débarquement qui viennent de pénétrer dans l'intérieur de cette portion de Canton appelée la vilk neuve.
Des premiers est entré l'amiral Seymour,ayec le Commodore et le consul.
XXXI. — «c Au coucher du soleil, écrit-il, nons retournâmes à bord ayant rempli le but que je m'étais proposé, de montrer à Son Excellence Yeh que j'avais le pouvoir de pénétrer dans la ville. >•
Pendant les trois jours qui suivent , l'amiral continue à lancer de temps en temps des boulets et des bombes.
Un grand incendie s'est déclaré dans les faubourgs et la plus grande partie des maisons est réduite en cendres* — Cruelle et facile victoire!
L'amiral Seymour est un brave marin. En attaquant la ville, il ne comptait pas sur une aussi faible résistance, qui rend sa position plus fausse encore.
Le 1" novembre, il se décide à s'adresser personnellement au grand commissaire, pour tenter encore les voies de la conciliation. Mais Yeh se sent sur un trop beau terrain, par suite des nouvelles prétentions des Anglais,
pour vouloir Fabandonner; il répond, comme il a toujours répondu, avec hauteur et arrogance. — Combien est oubliée maintenant la question de r Arrow ! — qui s'en souvient?
L'obstination du commissaire impérial irrite Tamiral. D'ailleurs il n'est plus temps de reculer. Il faudra bien que Yeh cède devant la canonnade, qui va reprendre avec plus d'intensité.
XXXII. — « Ayant le plus grand désir (écrit l'amiral Seymour dont nous suivons pas à pas la correspondance) de ne pas avoir à recourir encore à des mesures coercitives , je m'adressai de nouveau le 3 au grand commissaire, mais n'ayant pu obtenir qu'il admît la justice de nos demandes , je rouvris le feu. »
Yeh, en effet, est loin de regarder la terrible partie qui se joue comme entièrement perdue ; il organise la résistance ; il médite une attaque à la fois contre les factoreries et les vaisseaux anglais, sur lesquels des brûlots sont à tout instant lancés à la dérive. — L'amiral est prévenu de ses projets et abat avec ses boulets toutes les maisons qui peuvent servir d'abri aux Chinois.
Le Barracouta a reçu l'ordre de faire prisonnières, ou de couler bas vingt-trois jonques de guerre qui sont à l'ancre sous la protection d'un fort. — Le Barracouta vient s'embosser à deux cents mètres environ des jonques les plus rapprochées , placées en ligne de bataille et préparées à combattre. Sans se donner le temps de prendre toutes les dispositions nécessaires, trop grand bon-