LIVRE IV, CHAPITRE lil
(lait, arriva au pas de course et joignit ses compagnies aux deux compagnies combattantes.
LXXXIII. — L'action s'engageait dans une plaine semée de bouquets de bois épais et entrecoupée de marais, sur lesquels étaient pratiquées des chaussées assez larges pour donner passage à cinq ou six hommes de front.
En arrière, près d'une grande route que l'on supposait être celle de Hué à Pai-Foh , s'étendaient des bois immenses qui devaient, en cas d'échec, servir de refuge à l'ennemi et dérober sa retraite.
Le corps anamite , composé d'environ trois mille hommes, avait avec lui dix éléphants de guerre ; il s'était déployé sur une longue ligne de bataille, ayant de distance en distance des éléphants comme soutien. Ces animaux d'une taille colossale portaient chacun une petite tour sur laquelle étaient deux pierriers et six hommes armés de fusils. — Du haut de cette tour partaient des décharges de mitraille et de mousqueterie.
Deux compagnies espagnoles sont aussi accourues par ordre de l'amiral et se sont jointes à la réserve du commandant Breschin. — Cette colonne a déployé ses tirailleurs ; elle approche l'ennemi à une distance de trois cents mètres; celui-p reste immobile, continuant un feu très-vif auquel on riposte vigoureusement. — Notre fusillade, très-nourrie et bien dirigée, fait bientôt de nombreuses trouées dans les rangs anamites. L'ennemi se replie vivement en arrière, puis s'arrête encore
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pour recommencer le feu, mais cette fois à plus longue distance.
En vain les troupes alliées, bravant les chaleurs étouf-fantes d'un soleil de feu, s'élancent plusieurs fois dans l'espoir d'aborder les Gochinchinois à la baïonnette; ceux-ci évitent avec soin toute rencontre corps à corps,, et refoulés ainsi jusqu'à la route, disparaissent bientôt dans les bois avec leurs éléphants.
Nos hommes harassés de fatigue ne peuvent continuer à les poursuivre. Plusieurs tombent foudroyés par la chaleur pour ne plus se relever.
Des sentinelles sont placées pour garder la roule.
LXXXIV. — Pendant que les colonnes d'attaque envahissaient si vigoureusement la longue ligne des dé-fenses ennemies, la flottille franco-espagnole, sous les ordres du commandant Liscoat, attaquait avec les embarcations tous les ouvrages de la rive droite qui pouvaient nous contre-battre et gêner nos mouvements ; elle détruisait aussi la batterie de l'Ilot situé au milieu de la rivière.
De son côté le Laplace^ commandant Kerjégu, placé à bonne portée, balayait de ses feux la route dite de Hué et ses abords. — Il est à remarquer que dans cette journée de combat l'artillerie du Laplaçe fut la seule qui pût être mise en jeu, les difficultés des terrains à traverser et le manque d'attelages n'avaient point permis d'amener avec les colonnes d'attaque un seul obusier de montagne.