LIVRE IV, CHAPITRE III
gie, mais aussi avec une sage prudence par son chef, elle avait toujours et partout montré les drapeaux alliés victorieux ; mais elle avait apporté un grave et utile enseignement pour l'avenir des actions militaires, qui seraient dirigées vers ces contrées lointaines et inconnues. Elle avait prouvé combien étaient incomplets et erronés les renseignements sur la foi desquels on avait lancé vers la Cçchinchine des bâtiments de guerre , et quels moyens considérables en troupes et en navires appropriés à la navigation des fleuves peu profonds il faudrait employer pour arriver à des résultats sérieux. — La réalité , cette limite aride et inexorable 'des rêves trompeurs et des espérances fugitives, était venue se dévoiler peu à peu sous le sillage de nos bâtiments et sous les pas de nos soldats.
Le gouvernement anamite, plein de force et de vitalité, malgré les tableaux désastreux que Ton avait faits de sa décadence morale et administrative,' possédait des ressources considérables ; nation compacte , pliée à l'obéissance et bien plus guerrière que celle de la Chine, elle avait au milieu des sauvages et vieilles traditions du passé, des notions sur l'art de la guerre, qu'elle tenait de son frottement avec les Européens pendant le siècle dernier. — Les discordes civiles ne minaient pas le royaume au dedans, pendant que ses ennemis l'attaquaient au dehors. — Enfin les défaites successives qu'avait essuyées l'armée anamite semblaient plutôt l'instruire que la terrifier; se rejetant dans l'intérieur des terres, après chaque revers, elle pouvait fatiguer les
378 CAMPAGNE DE GOGHINGHINE.
vainqueurs à la poursuite des vaincus, et compter parmi ses auxiliaires les plus redoutables, son climat si fatal aux Européens.
Certes toutes ces difficultés seraient surmontées par la résolution et Télan de nos troupes, mais elles exigeaient un déploiement de forces, un renouvellement d'effectifs et de matériel et une constitution nouvelle du corps expéditionnaire.
Toutes ces considérations, le vice-amiral Rigault de Genouilly les avait mûrement approfondies, et il rapportait en France Texpérience si utile de cette première campagne, qui devait servir de base et de point de départ à celle que la France allait envoyer bientôt dans ces mêmes parages.