LIVRE I, CHAPITRE II
désordre se met bientôl parmi eux , et un grand nombre se jette dans la rivière pour rejoâidne les baleaux des mandarins qui s'éloignent
Les autres forts, du côté opposé à l'entrée du Bogue, sont aussi emportés, après une résistance toujours ineflicaee, mais qui de jour en jour prend un caractère plus sérieux.
« Maître aujourd'hui du cours du Heuve (écriTait l'amiral en date du 14) , je n'ai pas en vue d'autres opé* rations. J'attends donc la décision du gouvernement chinois. »
L'amiral se trompait; il allait être fatalement contraint à conlinuer ses attaques et ses destructions, s'il ne voulait perdre le fruit de tout ce qu'il venait de faire , et les mois devaient se succéder, amenant des combats partiels, sans importance comme sans résultat réel.
Le gouverneur général de Canton ne cessait d'exciter^ contre les barbares du Nord, les habitants de la ville, et continuait à mettre leurs tètes à prix , en portant la récompense promise de trente à cent taëis.
XXXV. — M. de Courcy, chargé d'affaires de France, crut même devoir, en l'absence de M. de Bourbonlon, protester énergiquement contre cet acte odieux de barbarie , et écrivait en ces termes au vice-roi :
ft M. le vice-consul de Sa Majesté Impériale à Canton vient de m'adresser des exemplaires d'une proclamation et d'un avis qui ont été affichés sur les murs de la ville.
La première promet trente livres sterling au nom de Votre Excellence, et la seconde cent laéls au nom du comité de coopération, à tout Chinois qui coupera la tôle d'un Anglais. Bien que ces documents soient revêtus de caractères qui paraissent en attester Tauthenticilé, je ne puis croire, noble commissaire impérial, qu'ils émanent de votre initiative ou que vous les ayez autorisés. Votre Excellence sait bien que ce n'est pas ainsi que les nations civilisées se font la guerre , et que la raison et l'équité prolestent hautement contre cet encouragement donné à la perfidie et à l'assassinat. Mes nationaux et les sujets de Sa Majesté Britannique portent le costume européen. Il pourrait donc arriver que , les instincts pervers de la populace venant à être excités par ces odieuses proclamations, elle ne confondît, dans l'accomplissement de ses aveugles vengeances, les Français et les Anglais. S'il arrivait qu'un des sujets de mon grand empire en devînt la victime , je me verrais dans l'obligation de considérer le gouvernement de Votre Excellence comme responsable de ce forfait. »
XXXVr. — Depuis le commencemept de cette malheureuse entreprise, toutes les tentatives de conciliation échouaient l'une après l'autre, et chacune emportait avec elle un des derniers lambeaux de l'influence morale des Anglais, en donnant une nouvelle confiance au gouverneur dans ses propres ressources et dans la position qu'il s'était créée. Il se disait que les Anglais compre-