‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 30 sur 187 · LIVRE I, CHAPITRE llï · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE llï

allier l'énergie d'un intrépide marin au tact que commandaient les exigences d'une position difficile.

L'emploi des forces militaires était un cas prévu dans les éventualités possibles, mais les deux gouvernements de France et d'Angleterre espéraient alors que la diplomatie parviendrait à triompher delà situation et à régler les différends qui avaient amené de si regrettables hostilités.— Il ne faut pas se le dissimuler, toutes les fois que deux nations alliées réunissent leurs drapeaux pour combattre un ennemi commun, ou stipuler avec lui un traité de paix dans lequel sont engagés leurs intérêts réciproques, il se produit toujours des susceptibilités de part et d'autre. — La guerre de Crimée l'avait prouvé surabondamment.

Les intérêts commerciaux de la Grande-Bretagne, beaucoup plus considérables que les nôtres dans ces lointains parages, avaient nécessité de la part du gouvernement anglais l'envoi d'une station navale plus importante. L'honneur de son pavillon sérieusement engagé lui ordonnait^ pour conserver son prestige et son influence, un déploiement de forces, dont les proportions n'étaient point en rapport avec celles que la France mettait sous les ordres de l'amiral Rigault de Genouilly.

LIL —Malgré cette infériorité numérique, commandée parles circonstances tout exceptionnelles dans lesquelles se trouvait l'Angleterre, la France devait peser du même poids dans la balance des événements qui pouvaient se

produire, et sa dignité personnelle, comme le bant rang qu'elle occupe au sein des nations européennes, ne lui permettaient pas de paraître se traîner à la remorque des intérêts anglais dans les mers de Chine.

Lord Elgin, en effet, dans un discours public qu'il avait prononcé tout récemment à la communauté de Singapour, attribuait à la Grande-Bretagne le patronage exclusif de ces contrées, et ne faisait point mention de Talliance française.

Le nouveau commandant en chef sut tout d'abord apprécier cette situation délicate, et il résumait ainsi la ligne de conduite qu'il croyait devoir tenir.

c Maintenir l'intimité de l'alliance avec les Anglais, mais en ayant soin de bien établir près des autorités chinoises, que la France agit proprio motu et que son rang dans le monde, la puissance du grand souverain qui la gouverne lui donnent les mêmes titres qu'à l'Angleterre pour sauvegarder et régler, non-seulement les intérêts particuliers, mais l'ensemble des intérêts européens dans le Céleste^Empire. »

Lin.— Le 23 juin, lord Elgin quittait SingapcHU- pour se rendre à Hong-kong, et avant son départ, répétait à l'amiral français que la guerre, dans sa pensée, était une mesure extrême, à laquelle il espérait bien n'être pas forcé d'avoir recours. — En effet la révolte des Indes faisait chaque jour de rapides progrès ; elle réclamait toutes les forces vives de l'Angleterre sur un autre champ de bataille, et devait conseiller, plus que jamais,

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