LIVRE I, CHAPITRE III
LVII. — Il était évident à tous que la situation des Anglais devenait chaque jour plus difficile, car Tamirai Seymour ne pouvait se dissimuler un seul instant l'inefficacité de la guerre qui se faisait depuis plusieurs mois dans la rivière de Canton. — A Hong-kong, on était impatient d'une solution, et les personnages les plus influents de tîette colonie pressaient lord Elgin de prendre une résolution énergique , sans laisser par de plus longs retards empirer encore une position devenue l'objet des railleries et du dédain des hautes autorités chinoises.
La crainte de voir la France prendre sa large iiart d'influence et d'éclat dans les événements futurs n'était pas étrangère aux pressantes sollicitations de ces meneurs de l'opinion publique.
Sous cette impression, lord Elgin annonça à l'amiral Rigault de Genouilly son intention de partir, dans un bref délai, pour le golfe de Pe4chi4i, afin d'y porter ses sommations à la cour de Pé-king.
LVIIL — L'amiral écrit à ce sujet, en date du 22 juil- \/ let 1857 :
c Les raisons de Son Excellence pour tenter cette démarche étaient : que la situation inactive à Hpngkong ne pourrait se prolonger sans dommage, tant pour l'importance de sa mission, que pour l'influence de l'Angleterre et du plénipotentiaire qu'elle avait choisi. Lord Elgin ajoutait encore, qu'à cette époque de l'année,
le golfe de Pe-tchi-li était accessible, qu'il ne le serait plus passé le mois de septembre, et qu'il craignait de perdre une année, s'il ajournait son voyage. Sa Seigneurie m'annonça- d'ailleurs qu'elle avait écrit à M. de Bourboulon pour lui proposer de l'accompagner à l'embouchure du Peï-ho; mais que le ministre de France avait décliné toute démarche semblable, dont il devait laisser l'initiative à M. le baron Gros.
« Quoique je n'eusse pas d'opinion officielle à émettre sur les projets de lord Elgin, Sa Seigneurie paraissant très-désireuse de connaître mon avis, j'ai dû combattre son projet. Je l'ai donc combattu tout d'abord, au point de vue exclusivement anglais, faisant remarquer à Son Excellence que, si en remontant jusqu'au Peï-ho , elle allait poser un ultimatum , il serait fâcheux que la présentation de cet ultimatum , s'il était rejeté ou bien dédaigneusement accueilli, comme c'était probable, ne pût être suivi d'une entrée en action, que rendait impossible renvoi dans Tlnde des troupes destinées à la Chine. J'ajoutai encore que de puissants steamers pouvaient séjourner dans le golfe de Pe-tchi-li jusqu'au mois de novembre, et je citai le précédent de l'expédition des États-Unis. Plus tard, dans une autre conversation sur le même sujet, je représentai à Son Excellence, combien il serait regrettable qu'elle n'attendît pas la venue de M. le baron Gros pour commencer l'action diplomatique ; que cette action divisée perdrait beaucoup de sa force et laisserait aux Chinois l'espoir de rompre le concert de la France et de TAngleterre. Je lui dis encore :