‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 34 sur 187 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

que les deux gouvernements s'étant complètement entendus, pour que le plénipotentiaire extraordinaire de S. M. l'empereur des Français agit de concert avec le plénipotentiaire extraordinaire de S. M. la reine de la Grande-Bretagne, le gouvernement français éprouverait au moins un étonnement pénible^ pour ne pas dire plus, qu'on n'attendît pas son envoyé pour commencer les négociations, surtout en présence des circonstances actuelles , qui ajournaient forcément à plusieurs mois l'action militaire.

« Ces raisons exposées nettement, loyalement, et appuyées, je dois le dire, de toute l'influence de M. l'amiral Seymour, auquel j'avais manifesté toutes mes inquiétudes sur le projet delordEIgin, ébranlèrent d'abord Son Excellence et finirent par la décider à abandonner son projet de voyage au golfe de Pe-tchi-li. »

LIX. — Lord Elgin toutefois ne resta pas à Hongkong et partit aussitôt pour Singapour et Calcutta.

En renonçant à son projet, le plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique fit preuve de sagacité et de loyauté diplomatique. — L'union et le parfait accord des démarches faites par les puissances alliées étaient en effet, aux yeux des Chinois eux-mêmes, d'une haute importance, afin qu'ils ne pussent pas supposer pouvoir désunir cette alliance par quelque menée sourde de leur diplomatie astucieuse. La France avait son rang à conquérir dans l'appréciation du peuple chinois, un rang digne d'elle et du noble but qu'elle se proposait. Il

importait que la cour de Pé-king, si dédaigneuse pour les peuples occidentaux, fût réellement éclairée par des faits sur la valeur respective des grands pouvoirs européens.

Espérer une favorable conclusion par les voies pacifiques, était une illusion qui pouvait bien un instant traverser l'esprit, mais il eût fallu méconnaître Tessence même du caractère chinois pour la conserver longtemps ; il eût fallu oublier le profond mépris que la cour de Pé-king avait toujours professé pour les nations occidentales , mépris mal dissimulé sous des apparences factices de bonnes relations à l'extérieur, et ne pas se rappeler que cette cour n'avait jamais vouhi admettre dans l'intérieur de l'Empire aucun ambassadeur, si ce n'est comme porteur de tributs. Sir John Bowring et l'amiral Seymour, qui tous deux sentaient profondément la position embarrassante que les derniers événements avaient faite à l'Angleterre , ne tardèrent pas à faire tomber cette illusion du cœur de lord Elgin (1).

(1) Cet extrait d'une lettre adressée plus tard par le comte d'Elgin à lord Clarendon , prouve que ce n*était point à un fait séparé qu'il fallait s'attaquer, mais aux racines profondes du mépris traditionnel du gouyemement chinois pour les souverains européens.

a Un cas notoire , et qui fixe parfaitement sur la nature de cette politique cauteleuse et déloyale que Ton suit partout en Chine, en d'autres lieux aussi bien qu'à Canton, c'est que le comte Kleczskçwski secrétaire de la mission française , et lui-même un savant chinois de premier ordre, avait eu récemment à intervenir en faveur de ses nationaux résidant à Shang-haï, au sujet d'un terrain qui leur avait été cédé par traité. Il n'est pas .de difficultés qu'on ne leur eût d'abord opposées, à cet endroit, jusqu'à ce qu'enfin le principe admis, il fut

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