LIVRE I, CHAPITRE
morale de prestige et d'influence existait aussi; il fallait rentrer en vainqueur dans une ville que, suivant les Chinois, on avait été obligé de quitter en vaincus. Il y avait aussi un intérêt d'une grande portée politique à occuper Canton.
c L'invincibilité de cette ville et de ses habitants par les barbares, écrivait encore l'amiral, est vantée dans tout le Céleste-Empire, il faut faire disparaître cette croyance qui pourrait abuser la cour de Pé-king, sur ses moyens de résistance aux forces européennes. Canton n'a jamais été pris ; la ville a payé une rançon dans la guerre de 1840 pour n'être pas occupée par lord Gough et son armée; mais cette rançon, soldée par les mandairins et connue d'eux seuls, a été transformée en victoire. Les barbares ont été, disent-ils, rejetés à la mer. » — Telle était l'opinion généralement répandue dans l'intérieur de l'Empire.
Canton pris pouvait être dominé, en tenant les hauteurs du nord qu'il faudrait évidemment entourer d'un camp retranché, car on devait s'attendre à des retours offensifs de la part des troupes tartares et des milices chinoises, connues sous le nom de Braves de la campagne.
LXIL — L'occupation de Chusan en commun par les alliés était aussi une opération importante et facilement exécutable, mais le grand canal qui a son débouché dans le Yang-tse-kiang était occupé par les rebelles chinois. Les rapports parvenus aux Anglais et ceux transmis par nos missionnaires constataient, que ce grand canal était
dans un tel état de dégradation dans la partie nord, qu'il était presque fermé à la navigation, et ne pouvait que très difficilement senir à transporter vers la capitale les produits du sud de la Chine. — Le gouveniement de Pé-king, en proie fort souvent à des embarras financiers très-sérieux, a retranché les fonds appliqués à la conservation de ces ouvrages d*art qui demandent un entretien continuel. Cette admirable canalisation, unique dans le monde, paralysée sur plusieurs points, est ainsi menacée d'une complète et prochaîne destruclion.
On savait en outre que les convois de jonques, qui portent les approvisionnements de riz et de sel, partent aujourd'hui de Shang-haï, descendent le Yang-tse-kiang, remontant vers le nord dans le golfe de Pe-tchi-li, et arrivent à Pé-ktng par le Peï-ho. Un blocus de Yang-tsekiang combiné avec un blocus du Peï-ho arrêterait efficacement tous ces convois, si l'on pouvait mettre en campagne un nombre suffisant de bâtiments légers propres à passer sur toutes les barres et à y suivre les jonques.
Telles étaient les différentes combinaisons qui pouvaient , à un moment donné , être mises à exécution,
La grande préoccupation de l'amiral, en attendant la venue du baron Gros, était de recueillir tous les renseignements capables d'éclairer, dès son arrivée, le ministre plénipotentiaire de France, tant sous le côté moral, que sous le côté matériel.