‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 39 sur 187 · LIVRE I, CHAPITRE lll · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE lll

Lord Elgîn trouva les affaires de Chine dam le môme état qu'il les avait laissées. — Le blocus de la rivière de €anton continuait, et donnait de temps à autre à l'escadre anglaise l'occasion de quelques prises fructueuses. Trois canonnières et les embarcations de deux bâtiments avaient attaqué deux villages de la rivière pour amener . ia destruction de quelques jonques. Le commandant Cocbrane, du Niger^ qui conduisait une des embarcations, avait été grièvement blessé.

Lord Elgin ne songeait plus à se présenter en personne au golfe de Pé-tchî-lî pour entrer en communication avec le gouvernement de Pé--king, mais à y envoyer une des personnes attachées à sa légation. — L'amoindrissement des forces sur lesquelles il comptait en cas d'hostilités avec le Céleste-Empire, le laissait dans une grande perplexité, et il était loin d'être rassuré sur les conséquences des opérations projetées contre Canton avec le petit nombre de troupes annoncées à Tamiral Seymour. Ces troupes se composaient de quinze à dixhuit cents Marines (infanterie et artillerie) expédiés d'Angleterre, et auxquels devaient s'adjoindre les Marines de l'escadre et une brigade de matelots. En y joignant le contingent français , c'était encore un effectif • bien restreint, non pour attaquer Canton et s'cmparenr ^es hauteurs , mais pour s'y maintenir solidement. -^ Serait-il possible, avec un si petit nombre d'hommes, de réprimer, dans cette ville d'un million d*âmes, les désordres et les brigandages de toute sorte auxquels se livrerait infailliblement la population chinoise, cruels

excès dont la responsabilité retomberait sans doute sur les pavillons de la France et de l'Angleterre?

LXVIII. — Si cette préoccupation était grande chez Tamiral anglais, elle n'était pas moindre chez l'amiral français, qui craignait de voir les armes de la France engagées dans une lutte peut-être sans issue. Il n'arrêtait pas seulement son regard sur la question présente, et envisageait l'avenir de notre position dans ces lointaines contrées', jusque-là presque entièrement abandonnées à l'influence de l'Angleterre et de la Russie.

La part que la France allait prendre dans les affaires de la Chine ne devait pas se mesurer exactement sur nos intérêts actuels en cet extrême orient, mais se proportionner plutôt aux intérêts, considérables peut-être, que nous promettait l'avenir.

Il était regrettable que la question italienne, qui déjà grondait sourdement, recelant dans son sein la tempête, ne permit pas au gouvernement de la France, d'envoyer dans les mers de Chine un accroissement de. forces devenu doublement nécessaire par l'éloignement des troupes britanniques, absorbées, aussitôt leur arrivée, par la révolte des Indes. — Il eût été à désirer que la France, entrant en lice dans une question où ses armes pouvaient d'un moment à l'autre être en jeu, s'y fût présentée, non pas dans la limite stricte de l'importance que cette question avait pour elle, mais avec des moyens répondant à sa grandeur et à sa puissance.

Telles étaient les appréhensions que faisaient naître

Page 1