LIVRE H, CHAPITRE I
décontenancé de l'insuccès de ses démarches auprès de la cour de Pé-king; mais il gardait le plus complet silence sur ses infructueuses tentatives pour obtenir accès dans la capitale de l'empire.
De son côté, le vice-roi Yeh, sans paraître se préoccuper des hostililés imminentes, armait un grand nombre de jonques pour aller combattre les rebelles, doublait les garnisons des forts extérieurs et élevait de nouvelles batteries.
XL — L'amiral français a été ravitailler son escadre à Macao, et se tient prêt à déclarer le blocus de la rivière de Canton, dès que le baron Gros lui en aura adressé la réquisition.
Bientôt celte réquisition lui parvient; il reçoit en outre l'avis que le texte de la dernière communication officielle des plénipotentiaires au Vice-roi est convenu, rédigé et doit être porté à Canton par des parlementaires. — L'amiral expédie la canonnièft la Dragonne à Hong-kong, où le baron Gros s'est rendu pour conférer une dernière fois avec son collègue, le comte d'EIgin.
A bord de la Dragonne est l'aide de camp du commandant en chef, le lieutenant de vaisseau Ribourt, porteur de la notification de blocus de l'amiral. Cet officier doit se joindre aux personnes attachées à l'ambassade française , que S. Exe. le baron Gros désignera pour cette mission.
Le 9 f la Dragonne remonte la rivière et fait route pour Bocca-tigris, emmenant le premier secrétaire d'ambas-
sade, M. Duchesne de Beliecoort et un attaché, M. de Trévise.
M. Wade, secrétaire de lord Elgin, part le même jour pour la même destination, à bord d*une canonnière anglaise. — C'est au mouillage de Bocca-tigris que se trouve Tamiral anglais avec sa flotte.
Le 10 décembre, les deux canonnières, naviguant de concert, y touchent vers quatre heures du matin.
XII. — Le lieutenant de vaisseau Ribourt se rend aussitôt à bord du Calcutta y /jui porte le pavillon de l'amiral anglais, pour lui remettre un pli de l'amiral Rigault de Genouilly et recevoir les instructions relatives à la marche qu'il doit suivre pour se rendre à Canton. Le capitaine Bâte accompagne M. Wade, et le capitaine Shadwell du Highflyer, qui commande la station du fort Macao, doit s'entendre avec l'aide de camp du commandant en chef français pour tout ce qui concerne le départ des* canonnières et les mesures de sûreté ■ commandées par les circonstances. L'ingénieur hydrographe français, M. Ploix, est chargé de faire des relèvements nombreux sur la deuxième barre, passage difficile et très-étroit, afin d'assurer la marche future des bâtiments dans ces parages.
A sept heures du soir, la Dragonne mouille en tète de la station anglaise avec le Highflyer qui l'accompagne. Pendant toute la nuit, des canots armés font la ronde avec la plus stricte régularité ; car les brûlots que les Chinois lancent, à tout instant, au courant de la rivière
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sont 1res à craindre. Chaque bâtiment iM>r(e à son avant un pare à brûlots j formé de trois forts espars disposés en triangle.
Le lendemain, M. Wade fait parvenir au gouverneur Yeh une note confldentielle qui le prévient que le 12, à midi, deux bâtiments parlementaires, portant pavillon blanc, se présenteront à la pointe-nord de l'tle d*Honan pour remettre les notes des plénipotentiaires et la notification de blocus de l'amiral français (1).
« L'amiral Seymour (écrit le lieutenant Ribourt dans son rapport) craignant quelque guet-apens de la part des Chinois a donné Tordre à deux canonnières de se tenir sous vapeur : — la première, accostée au fort Macao, est
(1) Notification du blocus de la rivière de Ccmton
par l'escadre française,
c Je soussigné; contre- amiral commandant en chef les forces navales de Sa Majesté l'Empereur des Français dans les mers de la Chine et de rinde ;
« Après m*être entendu avec le haut commissaire de Sa Majesté Impériale sur les difficultés pendantes entre le gouvernement de la France et celui de la Chine, sur les moyens d'y mettre un terme, sur la résolution des gouvernements de France et d'Angleterre de poursuivre en commun les réparations qui leur sont dues , et en vertu des pouvoirs qui m'appartiennent comme commandant en chef, déclare :
a A partir du 12 du courant, la rivière et le port de Canton et leurs issues seront tenus en état de blocus effectif par les forces navales placées sous mon commandement , agissant de concert avec les forces navales de Sa Majesté Britannique.
« Il sera procédé contre tout bâtiment qui essayerait de violer le blocus , conformément aux lois internationales et aux traités en vigueur avec les puissances neutres. »
A bord de la frégate de Sa Majesté Impériale, la Némésis. Rade de- Macao, le 10 décembre 1857.
Signé: Higault de Genodillt.
prête à prendre des troupes; la deuxième, à deux encablures au nord du fort, tient à sa remorque une chaloupe et quatre canots armés en guerre. »
XIII. — Le 1^ décembre, à onze heures et demie préjcises, ainsi qu'il en avait été convenu la veille, les deux canonnières appareillent ensemble et marchent côte à côte, ayant chacune un pavillon parlementaire déployé au mât de misaine. — A un demi mille de Canton , elles voient une jonque mandarine amarrée sur des piquets. Sur cette jonque, on agitait un long pavillon blanc portant en caractères chinois le nom de l'envoyé (1); mais les canonnières, voulant démasquer complètement la passe, pour se rendre un compte exact des localités, continuèrent leur marche vers la pointe d'Honan, lieu désigné dans la note au Vice-roi.
Là seulement les canonnières stoppèrent, et le lieutenant Ribourt, se jetant tout aussitôt dans une embarcation avec MM. de Bellecourt et de Trévise, s'avança au milieu du canal, où apparaissait de son côté la yole anglaise.
« Nous attendîmes ainsi côte à côte (écrit le lieutenant Ribourt) pendant quelques minutes l'arrivée de la jonque mandarine. Nous fûmes introduits près du mandarin de sixième classe, Hièn-Ven-Chen, et les notes furent remises à l'envoyé du commissaire impérial (midi et demi). »
(1) C'était le nom du mandarin sous-inspecteur de Nanaï, village de la pointe d'Honan.