‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 6 sur 187 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

gouverné qu'il y ait sur la terre ; la véritable, la seule armée de la Chine est celle représentée parles Tartares, qui* se servent encore de fusils à mèche et d*arcs. Ces guerriers mantchoux sont des hommes robustes et braves, mais dans la plus complète ignorance de la stratégie militaire. En dehors des Tartares, les troupes chinoises n'ont qu'une valeur fictive impuissante, même contre ces bandes de pillards et de voleurs grossies par la misère, qui bouleversent, ravagent souvent l'intérieur de l'empire et mettent parfois ses destinées en péril. »

VIL — Avant de terminer ces considérations générales qui nous ont semblé assez importantes à développer, et de commencer le récit des événements récents qui se sont passés en Chine, il nous reste quelques mots à dire au sujet des lettrés, qui ont une si grande part dans le gouvernement du Céleste-Empire. Un savant, M. Abel Rémusat, a beaucoup écrit sur l'organisation politique et administrative des Chinois et en particulier sur les lettrés. « Ils forment, dit-il, une association perpétuelle qui se recrute indistinctement dans tous les rangs de la nation, et c'est entre les mains de cette association que résident principalement la force publique et le gouvernement ; l'administration de l'État dépend tout entière de cette oligarchie littéraire. »

Tel était le principe sur lequel était basée cette grande association qui ne compose point en Chine une classe à part comme les Ulémas en Turquie, ou les Brahmes dans rindoustan. Les lettrés ne^ont point les interprètes delà

loi religieuse; on pourrait tout au plus les considérer comme les gardiens de la loi civile.

Nous avons indiqué le point de départ, ce qui devait être, ce qui était il y a deux mille ans ; mais peu à peu, l'intrigue, la corruption, la vénalité se sont glissées dans <;ette institution, comme partout, et ont miné d*annéeen année cette base si solide. La dynastie des Mantchoux lui a porté le dernier coup. Il n'en reste plus que le fantôme insaisissable, mais la réalité est tombée en décadence, comme toute l'organisation de l'Empire chinois qui s'est affaissée sur elle-même, n'offrant plus aujourd'hui que le triste tableau d'une décomposition qui, chaque jour, mine davantage les forces vitales du pays.

VIII . — Pour avoir une idée des études infinies auxquelles devaient se livrer les lettrés, il faut se rappeler que la langue des Chinois diffère entièrement de celle des autres peuples. L'écriture est fondée sur un prin- <;ipe tout particulier. Dans les caractères, on a cherché à peindre les idées et non à exprimer des sons. Les objets matériels ont été représentés par des traits qui rappellent leur forme. Les notions abstraites, les sentiments, les passions, les opérations de l'esprit ont été figurés par des symboles ou des combinaisons de symboles. (1)

Tout lettré qui aspirait aux grades, c'est-à-dire aux emplois, devait passer des examens très-sérieux; il fallait, nous dit M. Abel Rémusat, qu'il prît pour texte de ses

(1) Voir M. Abel Rémusat, Mélanges posthumes d'histoire et de litiérature orientales. 1843.

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