LIYJ^E II, CHAPITRE III
tombés sur nous, comme des tourbillons, au plus léger symptôme d'échec. Repoussées d'un endroit, ces masses, qui agitaient des drapeaux et jetaient des cris perçants, reparaissaient sur un autre, sorte de ceinture vivante dont les plis se déroulafent tumultueusement sur le flanc des collines.
Les porteurs d'échelles d'escalade venaient d'arriver, et s'établissaient dans un ravin sous la protection des bataillons.
A mesure que la jourilée tirait à sa fin, le tir de la place se ralentissait sensiblement sur la gauche. Mais, sur la droite, où se déployait la brigade navale anglaise, conduite par. l'amiral Seymour, le feu des Chinois continuait avec vivacité. Sans doute les forces déployées de ce côté, faisaient supposer à l'ennemi que nous voulions attaquer le fort Gough et les positions adjacentes. — Protégés par des bosquets de bambous assez toufTus, quelques partis de Braves ^ plus audacieux que d'autres, engageaient parfois une vive fusillade avec leurs longs mousquets, et cherchaient , sans oser cependant nous attaquer sérieusement, à reprendre les positions dont ils avaient été chassés.
Deux obusiers, pointés à toute volée par le corps de débarquement français, soutenaient en avant le mouvement de la brigade navale britannique.
Les Anglais bivouaquèrent la nuit dans les bosquets de bambous très -favorables au campement de leur brigade.
XLV. — En avant et au pied de la ligne, occupée par le corps de débarquement français, se trouvaient une pagode et un village ; la route qui conduisait aux remparts de la ville, tournait autour de ce village. Comme son occupation garantissait les troupes contre les sorties, du reste peu probables, de la place, Tamiral y installa plusieurs compagnies, et y fit descendre deux obusiers qui, établissurune esplanade, ouvrirent immédiatement leur feu dans la direction de la porte de l'est (1).
Cette porte, ainsi que toute la partie du rempart qui ravwsinait, était battue par le feu des canonnières anglaises et françaises.
Cependant la nuit se faisait , nuit, splendide et calme. La lune, qui s'élevait graduellement dans le ciel, répandait au loin ses blanches clartés sur cette ville réputée imprenable par les Chinois, et qui le lendemain devait voir flotter sur le sommet de ses remparts les drapeaux victorieux de la France et de l'Angleterre.
(1) Journal de Vattaque de Canton tenu par le lieutenant de vaisseau Bibourty aide de camp dM commandant en chef, 28 décembre 1857.
3 h. 1/2. •— L'amiral fait fouiller le village et la grande pagode située entre le fort Lyn et la porte de l'est.
Etabli deux obusiers sur cette position pour répondre au feu assez rapproché des murailles.
Les deux obusiers du mamelon continuent leur feu tantôt sur les faubourgs, tantôt sur la porte de Test. Le fort Gough envoie de temps à autre des boulets dans la direction du quartier général. Des fusées fréquentes partent des faubourgs et des murailles.
6 h. 1/2. — Fusillade assez vive au poste avancé du village. Fait renforcer ce poste qui se replie à gauche sur la grande route du camp. —Nuit tranquille.— Nombreux incendies dans la ville.
LIYRB II, CHAPiTRC IH. 15I
XLVI. — Selon les ordres des commandants en chef, les bâtiments embossés devant Canton avaient modifié leur feu à la tombée de la nuit ; mais jusqu'au jour leur tir continua lent et précis, et Ton pouvait suivre du regard les sillons enflammés que les projectiles tra* çaientdans l'espace. Parfais ces feux, partis de différents points, se réunissaient tout à coup, puis se dispersaiept de nouveau en gerbes étincelantes. — * CSes détonations régulières de notre artillerie, et quelques rares coups da canon tirés de la place, troublaient seuls les dernières heures, pendant lesquelles pouvait encore se bercer dans ses dédaigneuses illusions, l'orgueilleux vice^-roi Yeh. Les incendies, qui se déclaraient sur plusieurs points de la ville, éclairaient les bivouacs endoirmis.
Le général YanStraubenzee avait mis à la disposition de l'amiral français deux de ses officiers, le capitaine Rommer et le lieutenant Stewarl, du génie. — De son côté, l'amiral avait envoyé auprès du général l'enseigne de vaisseau de Grancey.
XLYIL -^ Le lendemain , 29 décembre, à àx heures du matin, les troupes étaient sur pied et prêtes à par* tir. — Celait l'heure convenue entre les chefs alliés.
Une heure auparavant, les deux amiraux et le gé^ nérat anglais s'étaient dirigés vers le fort Lyn avec leurs états-majors et s'étaient concertés sur les opérations da la journée.
A leur retour, l'ordre est donné aux troupes de se mettre en marche*
Il est sept heures.
Le 59" régiment anglais se répand en tirailleurs sur le front d'attaque pour déloger les défenseurs des remparts. Notre batterie d'obusiers et une batterie anglaise, commandée par le capitaine Roltem, s'avancent sous la protection du 1*^ bataillon de débarquement français, formé en colonnes par pelotons ; toutes deux devaient prendre position pour abattre le parapet et faire brèche.
Avec le second bataillon, se tenaient les porteurs d*échelles, abrités par la grande pagode du village situé en avant du bivouac.
XLVIII. — Aussitôt que l'amiral Rigault de Genouilly s'est assuré que ces premières dipositions ont été prises, il s'avance, avec son état-major, pour reconnaître le point le plus favorable à l'escalade.— Un fossé rempli d'eau, communiquant avec la rivière, s'étendait à petite distance le long des remparts. Sapeurs et pionniers se mettent aussitôt à l'œuvre sous la direction de l'amiral et du lieutenant Stewart ; ils entassent des pierres , des bois de construction de toute sorte enlevés au village, et établissent en quelques instants un passage praticable. Alors les porteurs d'échelles et le brave commandant Collier, qui marche à leur tête , s'élancent au pas de course sous le feu de la place qui redouble en ce moment de vivacité et viennent se poster derrière quelques constructions.
Pendant ce temps, les batteries, placées à petite dis-