LIVRE II, CHAPITRE IV
souffle du vent leurs pavillons de mille couleurs, et chacun d'eux fit successivement un salut de vingt-et-un coups de canon tirés à intervalles égaux.
Devant cette canonnade inattendue, les habitants de Canton purent, pendant un instant, supposer que le bombardement de la ville allait recommencer et réduire en cendres les quartiers que les projectiles avaient épargné les jours précédents, mais les hourrahs et les acclamations, qui, à l'approche des ambassadeurs éclatèrent de toutes parts, leur prouvèrent bientôt que ces coups de canon inoflfensifs n'étaient qu'un honneur rendu aux plénipotentiaires.
Au moment où leurs Excellences atteignirent les hauteurs du nord, accompagnées de tout le personnel de leur ambassade, ce fut un splendide spectacle. Ces positions élevées qui forment un vaste amphithéâtre, étaient garnies par les troupes des deux nations. —L'artillerie de terre, répondait à l'artillerie des bâtiments ; les clairons sonnaient, les tambours battaient au champ, et les vivats remplissaient l'air. — Précédés par ces cris enthousiastes et par ces détonnations qui frappaient les échos lointains, les représentants des deux nations arrivèrent au grand quartier-général établi à City-Hall, où les reçurent les commandants en chef.
LVIII. — Quelques instants après, deux colonnes de fumée semblables à de noirs et gigantesques fantômes, s'élevèrent lentement dans l'espace, puis deux violentes explosions retentirent tout-à-coup, jetant au loin desdé-
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bris de murailles et des pierres calcinées. -^ C'étaient le fort Gouçb et le fort Blue-*Jackett que les mineurs anglais et français faisaient $aut^« Bientôt tous deux ne furent plus qu*un amas de ruines fumantes.
Si, tournant les yeux d'un autre côlré, on abandonnait ce spectacle solennel pour abaisser ses regards sur la ville» c'était un tout autre tableau. Là^ le silence, la destruction; Ih, des maisons désertes, des cadavres oubliés qui gisent à côté les uns des autres, ayant près d'eux leurs armes qui n'avaient pu les défendre; puis vers les portes extérieures, de longues files de Chinois gagnant la campagne et emmenant avec eux leurs femmes et leurs enfants, t^lus loin, ce sont des pillards éhontés qui courent de rues en rues, chargés du iruit de leurs vols, «l des bandes arnoées qui regardent passer avec impassibilité tout ce mouvement et toute cette agitation confuse d'une ville qu*on abandonne;
On devinait auxfluctuationsdela foule indécise, qu'elle hésitait cependant à s'éloigner et à quitter ces foyers, où dormaΣi»t paisibles et vénérés, depuis tant de siècles^ les souvenirs du passé. La population surprise par cet événenaeat subit, flottait entre le désir de venir à nous et de voir la paix rétablie, et la crainte que lui inspiraient les mandarins, surtout l'orgueilleux et implacable Yeh qui était resté dans la ville. Tous les rapports confirmaient cette situation, que des circonstances imprévues pouvaient chaque jour rendre plus difficile.