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LIVRE II, CHAPITRE IV

LXI. — Peu d'instants après, la porte de la salle s'ouvre de nouveau, et le gouverneur de la ville, Pee-Kwee, parait entouré de soldats anglais. Gomme le général, le gouverneur avait été trouvé tranquillement installé dans son yamoun ; mais la stupéfaction que lui causa l'arrivée subite des soldats qui envahirent sa demeure, ne dura pas longtemps, et bientôt il reprit sa physionomie habituelle. — D'une taille moyenne, il a l'air très-fin et trèsrusé; ses yeux sont vifs et perçants. Il est vêtu, ainsi que le général tartare, d'une longue robe, et porte, comme lui, les bottes de satin.

LXII. — Pendant qup. le général Muh et le gouverneur Pee-Kwee étaient ainsi amenés prisonniers au quartiergénéral, nos alliés faisaient une capture bien plus importante, en s'emparant de la personne du Vice-roi. — Yeh fut reconnu, à son extrême corpulence, par le consul anglais Parkes, au moment où il cherchait à s'échapper par un passage secret qui donnait sur des jardins.

Introduit dans une pièce particulière, le grand commissaire impérial ne put dissimuler la profonde irritation qu'il ressentait ; cette irritation se révélait dans l'expression haineuse et farouche de son visage. Mais, si ses traits dénotent une grande énergie, et laissent devinercette férocité, qui fiusait trembler tous les habitants delà province de Canton, ils portent aussi l'empreinte caractéristique d'une intelligence très-ordinaire, fort au-dessous de la haute position à laquelle il avait été appelé. — Lorsqu'un des interprètes lui adresse la parole au nom des ami-

raux, îl répond à peine quelques mots, avec hauteur et dédain. A le voir, à suivre Texpression sauvage et méprisante de sa physionomie, on devine qu'il regarde notre mansuétude à son égard, comme une preuve évidente de notre faiblesse et de la juste terreur qu'il nous inspire. — Si les rôles étaient changés, et que les chefs alliés fussent ses prisonniers, déjà depuis longtemps, il eût donné Tordre de leur trancher la tête.

C'était un étrange tableau de voir ces trois hommes, hier encore tout puissants, aujourd'hui réunis par la captivité , et dans les mains de ceux là mêmes qu'ils croyaient pouvoir si facilement anéantir.

Le général Muh tournait dans ses mains un fong éventail, et semblait ne se préoccuper en rien de ce qui se passait autour de lui.— Le gouverneur suivait au contraire d'un œil attentif Fexpressibn des physionomies, les gestes des assistants, et son regard, brillant et interrogateur, parcourait tous les coins de la salle.

Toute la politique chinoise était représentée par ces trois hommes :— aveuglement stupide, astuce et férocité.

Le vice-roi Yéh fut presque aussitôt dirigé vers le fteuve et embarqué sur le steamer britannique T/nflexible ; — les deux autres prisonniers furent retenus au quartier-général.

LXIIT. — Les événements de cette journée avaient une très- grande importance; ils frappaient la ville atterrée d'Ut! dernier coup par la capture des trois chefs quï la gouvernaient. — Maïs, si, par cet heureux ré-

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