LIVRE II, CHAPITRE IV
Après une heure d'altente causée par un malentendu, trois coups de canon annoncent Tarrivée des deux dignitaires chinois. — A la porte de la salle se tiennent les deux premiers secrétaires d'ambassade; ils introduisent les mandarins, qui entrent escortés d'une suite nombreuse de serviteurs et de mandarins d'ordre inférieur. Tous deux saluent avec affectation, à la manière chinoise, et, conduits chacun par un des secrétaires d'ambassade , ils prennent place aux deux extrémités de l'estrade où sont les ambassadeurs.
Le gouverneur Pee-Kwee est à côté du baroji Gros;— xC général Muh, à côté du comte d'Elgin.
Le plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique prend le premier la parole; après lui, le plénipotentiaire de S. M. Napoléon III. — Leurs Excellences rappellent les vaines tentatives de leurs gouvernements pour terminer par une solution pacifique, un état de choses désormais impossible. Elles retracent aux deux mandarins l'engagement solennel qu'ils prennent envers les alliés en acceptant le gouvernement intérieur de la ville : c'est d'agir loyalement, sans arrière- pensée , ne cherchant à entraver en rien par des menées secrètes ou par des actes hostiles, l'action militaire des commandants en chef. — Les deux corps expéditionnaires occuperont la ville, jusqu'au jour où un plénipotentiaire, revêtu par son Souverain d'un pouvoir égal au leur, viendra résoudre nettement les importantes questions qui ont amené d'aussi regrettables hostilités.
Leurs Excellences , en prévenant 1^ mandarins que le moindre acte de rébellion ou de mauvaise foi serait énergiquement châtié, déclarent que l'occupation militaire ne doit inspirer aucune inquiétude à la population, qu'elle peut revenir sans crainte dans ses foyers, et se livrer à ses occupations et à son commerce. Ses sentiments nationaux seront toujours respectés; les propriétés privées seront protégées contre tout acte de violence, de quelque côté qu'il puisse venir; les criminels et les traîtres auront seuls à trembler. — C'est dans ce but qu'une commission a été instituée, pour agir de concert avec les deux mandarins, et faire cesser tout germe de mésintelligence entre les étrangers et les habitants de Canton.
Tel était en substance le résumé des deux allocutions prononcées par les ambassadeurs.
LXIX. — Pee-Kwee répond en son nom et au nom du général Muh, Il reconnaît les égards que les étrangers ont eus , depuis la prise de la ville, vis-àvis les habitants. Sacs pouvoir présumer en rien des volontés suprêmes du grand empereur de la Chine, il espère qu'un haut fonctionnaire, digne de traiter avec les nobles ambassadeurs, viendra bientôt rétablir la bonne intelligence. Quanta lui, il maintiendra de tout son pouvoir l'ordre intérieur dans la ville de Canton, dont la tranquillité ne peut être mieux assurée que par les efforts réunis de l'autorité du pays jointe à celle des étrangers. « Sans nul doute, ajoute-t-il, chacun fera son devoir, .j>