‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 79 sur 187 · LIVRE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV

Le gouverneur Pee-Kwee parlait avec volubilité, sans hésitation, et le général tartare, qui, pendant tout ce temps, jouait machinalement avec le riche collier d'ambre passé à son cou, inclinait de temps à autre la ièie en signe d'approbation, sans que l'expression de son visage perdît rien de son impassibilité.

Les deux interprètes, MM. Wade et Marqués, traduisaient successivement, en langues anglaise et française .les paroles prononcées.

Les pouvoirs qui rétablissaient les deux mandarins dans les fonctions dont ils étaient investis avant la prise • de la ville, furent alors remis entre leurs mains, et une salve de vingt-un coups de canon annonça la fin de la cérémonie.

LXX. — L'acte qui venait de s'accomplir avait, dans^ la situation actuelle , une immense importance : car si Pee-Kwee n'eût pas accepté les propositions, son refus eût livré la ville aux désordres les plus sanglants, et ces^ désordres eussent fatalement conduit à des actions de guerre, dont les suites funestes pour la malheureuseville de Canton né pouvaient être calculées.

Grâce à la prudence énergique et aux heureuses combinaisons des plénipotentiaires de France et d'Angleterre et des chefs militaires alliés, les événements qui venaient de se passer avaient déjà amené de grands résultats; ils devaient, sans aucun doute, peser puissam-ment dans la balance, quelles que fussent d'ailleurs les péripéties nouvelles que l'avenir tenait en réserve.

Les faits dont nous venons de retracer le récit formçnt la première période de cette première expédition de la France et de l'Angleterre dans les mers de la Chine.

LXXI. — A la guerre, c'est le plus souvent par le nombre des morts que se compte et se calcule la gloire des vivants. Sous ce point de vue, la prise de Canton ne pouvait être regardée comme un fait de guerre mémorable ; car c'était sans une grande effusion de sang, relative toutefois au petit nombre des assaillants, que cet important succès avait été obtenu. — Il ne faut pas néanmoins en méconnaître l'importance et la portée.

Avant de dire quels eu étaient les résultats , il est bon d'examiner dans quelles conditions l'attaque avait été résolue, préparée et exécutée.

La ville, comme nous l'avons dit, était enveloppée dans toute son étendue d'une large muraille bastionnée, derrière laquelle des défenseurs, animés d'une foi superstitieuse et d'une haine instinctive contre les Européens, pouvaient se défendre jusqu'à la dernière extrémité. La population compte plus d'un million d'habitants; la garnison nombreuse était commandée par un général tartare qui avait avec lui des troupes réputées les meilleures de l'empire. — On n'ignorait pas, en outre, que la milice de cette ville, connue sous le nom de Braves de Canton, jouissait d'une grande renommée

Page 1