LIVRE II, CHAPITRE IV
de bravoure. L'énergie qu'ils pourraient déployer ne devait-elle pas être doublée par les proclamations du Yic.e*roi, qui exaltaient leur foi patriotique, et les appelaient tous au combat, en présentant l'attaque des Européens comme le signal de leur abaissement et de leur ruine certaine.
De plus, l'intérieur de la ville était complètement inconnu. Les seuls renseignements recueillis à cet égard étaient très-vagues et venaient parfois se contredire les uns les autres. — On disait que les Chinois , prévenus depuis longtemps delà possibilité d'une attaque, avaient pris, dans l'intérieur de la ville, des dispositions qui intercepteraient toute circulation et éterniseraient la défense au milieu de celte succession de rues étroites et tortueuses, très-favorables aux embuscades, genre de guerre fort en usage parmi les Chinois. On assurait, en outre, que les positions dominantes au nord de la ville étaient toutes minées, et que les assaillants, s'ils parvenaient à s'en emparer, y seraient anéantis jusqu'au dernier. — Le caractère bien connu du Vice-roi donnait toute créance à ces bruits, que lui-même sans doute répandait volontairement, pour arrêter dans son principe toute tentavive sérieuse des alités de ce côté.
LXXII. — Certes, ces considérations eussent été sans grande valeur, si la ville eût été attaquée dans les cond^ lions ordinaires d'un siège. — Mais, si les troupes appelées à la défense de Canton pouvaient s'accroître de jour en jour dans une proportion considérable et inconnue ,
vm €AmkGm de chine.
les assiégeants Don-seulemeDt n'avaient à leur disposition qu'un nombre très-restremt de combattants, mais ne pouvaient espérer de longtemps aucun renfort. — Les Chinois savaient bien que Calcutta était la seule voie rapide pour les arrivages, et que la révolte des Indes enveloppait dans son tourbillon sanglant toutes les troupes qui eussent pu être destinées à la Chine.
£n admettant que l'attaque combinée réussît dans toutes ses parties, la grande difficulté consistait à se maintenir et à ne pas perdre, petit à petit, vis-à-vis d'attaques perpétuellement renouvelées, l'avantage des positions conquises; il était, ea outre, d'une importance capitale de dominer cette population tumultueuse, à laquelle était venu se joindre un grand nombre de voleurs, de pillards et d'assasûns alléchés par l'appât des proclamations du Vice-roi qui mettait à haut prix la tète des Européens.
Le succès enfin, dans la position où se trouvait le corps fix;péditionnaire allié, était impérieusement con^ mandé : car, dans les relations des peuples occidentaux avec les Chinois, tout insuccès, même partiel , pouvait amienerles plus désafiireuses conséquences, non-seoiement sous le point ée vue militaire présent , mais pour l'avenir de ces relations et pour le prestige de nos armes.
LXXIIL — Telles étaient les différentes éventualités ^ui devaient se présenter à l'esprit des commandants en chef et qu'il fallait résolument envisager.