LIVRE II, CHAPJTRtI IV
Aujourd'hui» le succès est venu dire le dernier mot sur cette question alors obscure; il a démontré que cette population aveuglée et se croyant inexpugnabiement abritée , devait à peine , dans sa stupéfaction , essayer de défendre contre nos troupes ses murailles démantelées par les boulets de nos bâtiments. -^ Mais alors c'était rinconnu, l'inconnu à six mille lieues de la patrie» et il faut apprécier Ténergique résolution des chefs qui n'ont pas hésité devant une attaque de vive force, et devant la responsabilité des faits ultérieurs qui pouvaient, à chaque instant, créer des difficultés nouvelles et im-prévues.
Cette action militaire, par ses heureux résultats, mettait entre nos mains un gage important pour le succès des négociations futures, succès éloigné peut-être encore, mais vers lequel on venait de faire un grand pas.
LXXIV. — Les journées du 28 et du 29 décembre frappaient au jcœur l'orgueil héréditaire de ce peuple si confiant en lui-même et en ses invincibles forces.
Qu'était devenue l'inexpugnabilité de cette redoutable enceinte de pierres qui devait à jamais protéger la ville et ses habitants contre les tentatives insensées de leurs ennemis? — C'était devant une poignée de ces barbares, si méprisables aux yeux des Chinois par leiir petit nombre, que tombaient ces grandes promesses de victoire, ces menaces d'anéantissement placardées dans toute la ville, proclamées dans toute la province; et le viceroi Yeh, dont le nom seul et la toute-puissance faisaient
]80 CAMPAGNE DE CHLNE.
trembler une population de plus d'un million d'âmes avait Tainement cherché un refuge loin de son yamoun incendié. — Fait prisonnier avec le général tartare et le gouverneur Pee-Kwee , il était sur un des bâtiments de la flotte alliée, méditant, dans le silence et l'abaissement de sa fortune , sur cette marche invincible de la civilisation européenne.
Quel plus grand résultat pouvait-on espérer dans la situation présente, la victoire eût-elle été achetée par des flots de sang, que de voir le gouverneur de la ville de Canton et le général tartare accepter de reprendre l'exercice de leurs fonctions sous la juridiction militaire dos puissances alliées?
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