‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 87 sur 187 · UVRE III, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

UVRE III, CHAPITRE I

Mais la diplomatie était à l'avant-garde.— Si elle ne tranche pas les nœuds gordiens , elle cherche toujours à les dénouer, et y réussit parfois.

Certes, la diplomatie a un grand rôle et une large part dans les intérêts les plus chers d'un pays ; et c'est elle, plutôt que le Souverain lui-même, qui tient réellement dans ses mains la paix ou la guerre. —Elle apaise les colères, voile les irritations, et tourne les difficultés, trop redoutables pour être abordées de face. — Mais que de détours, hélas! il lui faut faire avant d'arriver au but; chaque phrase, dans la bouche ou dans l'écrit d'un diplomate, a une valeur, qu'il doit strictement peser et considérer sous toutes ses faces.— La diplomatie chinoise a des mystères étranges, des lenteurs inconnues, des aveuglements, des illusions, des préjugés qui datent de plusieurs siècles; elle a surtout une grande puissance d'inertie qui ne cesse que devant l'emploi de la force.

XIII. — Les difficultés inhérentes à la nature même de cette politique et aux formes du gouvernement chinois, se compliquaient par le dédain instinctif que ce peuple professe envers les étrangers. — Pour en avoir une idée à peu près exacte, il suffit de lire un rapport (1) adressé par l'ancien vice-roi de Canton à l'empereur de la Chine, au sujet des négociations pendantes avec les Européens,

(l) Ce mémoire fut trouvé dans les archives du vice-roi Yeh. Nous le donnons en son entier aux pièces justificatives.

lors des derniers traités de 1845, ce document montre h quel point cet orgueilleux dédain était poussé.

On y trouve les passages suivants : '

« Bien qu'il puisse être utile sans doute d'agir envers eux en employant de bons procédés, il est beaucoup plus prudent de les mener par la ruse. Dans quelques occasions, il faut leur faire connaître les motifs qui dirigent notre conduite ; dans d'autres, au contraire, leur susceptibilité ne peut être adoucie que par des démonstrations de nature à faire évanouir leurs soupçons.

« Quelquefois il est bon de chercher à leur plaire et à exciter leur reconnaissance, en les traitant sur le pied d'une égalité parfaite, et dans quelques cas, avant d'arriver aux résultats qu'il est possible d'obtenir, il faut faire semblant de ne pas s'apercevoir de leur fourberie. »

Et plus loin, le vice-roi Ki-ying ajoute :

« Ils affectent avec orgueil un style qu'ils n'ont aucun droit de parler, et semblent vouloir se donner des airs de grande puissance

c Avec des gens aussi peu civilisés qu'ils le sont, aussi stupides et inintelligents dans leur style et dans leur langage, et aussi obstinément attachés à leurs formules dans leur correspondance officielle, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de ne donner aucune attention à leurs usages et de ne pas s'apercevoir de tout cela. (Littéralement, de se fendre la lèvre et de se cautériser la langue). »

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