LIVRE Iir, CHAPITRE I. m
XIV. — Le haut fonctionnaire qui écrivait ce mémoire adressé à l'empereur Tao-kouang était un des hommes politiques les plus justement renommés en Chine ; ce fat le signataire des cinq traités, et à travers les étranges appréciations portées sur les Européens et Srur leurs mœurs, on trouve souvent le cachet d'une intelligence très-fine, rompue à toutes les subtilités d'une politique qui asseoit sur la ruse et sur le profond mépris des autres peuples, les bases fondamentales de sa diplomatie traditionnelle.
En face de tels négociateurs, tout était à craindre; le prestige de la force était le seul qui pût avoir quelque valeur à leurs yeux, et il ne fallait pas leur laisser le temps de se relever de la stupéfaction dans laquelle ils étaient plongés.
Les plénipotentiaires résolurent de se porter dans le nord pour agir sur la cour de Pé-king, soit pacifiquement, soit par intimidation, selon les événements futurs* L'amiral français, justement préoccupé des ordres nouveaux de son Souverain au sujet de la Cochinchine, insistait d'ailleurs vivement auprès des ambassadeurs, pour que ce mouvement important eut lieu dans le plus bref délai.
Des raisons matérielles et navales exigeaient, en outre, impérieusement qu'une action militaire dans les mers de Chine, si elle devait avoir lieu, fût achevée avant l'époque dangereuse des chaleurs qui pouvaient subitement amener des vides considérables dans les cadres d'un effectif déjà très-reslreint, qu'affaiblirait encore l'ab-
sence des troupes forcément réservées à l'occupation de Canton.
XV. — Dans l'intérêt des nouvelles négociations, le baron Gros et lord Elgin pensèrent qu'il était d'une bonne politique de notifier officiellement la suspension des hostilités en Chine, sauf à Canlon, où les commandants en chef restaient libres de prendre toutes les mesures de guerre nécessaires au maintien de la conquête. — Cette suspension partielle du caractère belligérant par les nations alliées avait pour but principal de permettre aux ministres de Russie et des États-Unis de se joindre à elles, pour adresser au gouvernement de Pé-king une sommation analogue à celle que devaient lui faire parvenir les hauts commissaires de France et d'Angleterre.
Le minisire des États-Unis, M. Reed, accepta avec le plus vif empressement la proposition qui lui était faite à ce sujet, mais il déclara toutefois à l'avance ne pouvoir promettre le concours des forces navales des États- Unis, pour les mesures de guerre auxquelles les événements ultérieurs pourraient contraindre les deux puissances alliées.
L'amiral Poutiatine était placé dans une position plus embarrassante, par suite des vues d'agrandissement de la Russie sur le territoire chinois , du côté du fleuve Amour; après quelque hésitation, il accepta aussi.
Cette proposition lui permettait, disait-il, de renouveler ses communications avec Pé-king, et de joindre ses