LIVRE I, CHAPITRE I
te commandant à celte interrogation muette , nous ne forcerons pas la passe, la lutte est impossible. Voyez autour de vous. »
XIV. — En ce moment le spectacle qu'offrait le pont du Plover était affreux. Les morts et les blessés encombrent la canonnière au milieu des débris de toute nature, et leurs derniers gémissements se perdent dans le bruit assourdissant de la canonnade. — Autour de la pièce de 68 placée à l'avant, est entassé un monceau de chair humaine. Cette pièce, dont les servants ont déjà été renouvelés plusieurs fois, tant le tir de l'ennemi est précis et régulier, est littéralement baignée dans le sang de ses défenseurs. — Le doiite n'est plus permis sur l'issue d'un combat aussi inégal.
L'amiral, toujours à la même place, conserve le même sang-froid. — Le commandant du Plover^ le lieutenant Rason, s'approche de lui ; il vient lui dire que tout son monde est hors de combat et qu'il est impossible de tenir plus longtemps dans une semblable position.
Pendant que le capitaine parlait, l'amiral Hope regardait attentivement avec sa lorgnette un des forts les plus rapprochés.
« — Capitaine , répondit-il froidement en étendant le bras vers ce fort, il y a là-bas une pièce qui nous fait beaucoup de mal, il faut la démonter. »^
Ce furent les seules paroles qu'il prononça.
Le capitaine Rason, jeune et intrépide marin qui avait déployé, depuis le commencement du combat, une
énergie sans égale s'éloigne pour tenter encore d'exécuter ce dernier ordre; mais, à peine a-l-il fait quelques pas, qu'un boulet lui emporte la tête. — Un boulet vient aussi briser la chaîne du Plovei\ qui dérive aussitôt en arrière. Cette canonnière est coraplétenient désemparée.
En passant devant rOpossum^ qui, moins maltraité, se maintient encore dans sa position, le Plover parvient à s'accrocher à lui, et l'amiral Hope s'élance sur ce bâtiment avec le commandant Tricault. Mais au moment où il veut monter sur le posle élevé qu'il avait déjà choisi sur le Plover, il est renversé sur le pont et a une côte enfoncée. Chacun en le voyant étendu à terre le croit frappé mortellement; mais l'amiral reprend bientôt connaissance, et repoussant les soins que le chirurgien veut lui donner, il reste debout sur le pont, assistant à celte scène de désastre avec un courage que rien ne peut ébranler; on dirait qu'il cherche obstinément la mort qui ne veut pas l'alteindre.
Tous les coups de l'ennemi se sont concentrés sur VOpossurUy qui bientôt dérive à son tour jusqu'à la queue de la ligne d'embossage, auprès du Norzagaray.
XV. — L'amiral souffre cruellement de ses deux blessures, à peine s'il peut se soutenir; mais sa volonté morale est plus forte que ses souffrances : il veut parcourir la ligne des bâtiments, questionner chacun d'eux et planter son pavillon, là où le feu est le plus vif et le danger le plus grand. S'il a perdu l'espoir de vaincre,