LIVRE II, CHAPITRE lll
rompirent, les débandèrent et les mirent en déroute. — Une portion des sicks se joignit à eux et compléta la déroute de l'ennemi qui se dispersa dans toutes les directions. — La colonne du général Grant, voyant cette cavalerie se répandre confusément sur la gauche, se mit à sa poursuite, pendant que les projectiles des canons armstrong éclataient dans ses rangs et augmentaient le désordre en abattant hommes et chevaux.
LUI. — Dans la direction que suivait cette colonne, les Tartares avaient plusieurs camps, les Anglais trouvèrent les tentes encore debout et les détruisirent. A mesure qu'ils approchaient de ces différents camps par des chemins très-difficiles, ils voyaient l'ennemi les abandonner & la hâte, sans même tenter de s'y défendre. — Il n'essaya de résistance que dans un seul qui était entouré de terrains boisés dans lesquels l'infanterie retranchée ouvrit un feu assez vif, mais elle en fut rapidement délogée. — Cette colonne, après avoir marché pendant quelque temps le long du canal, dans la direction de Pé-king, rejoignit la 2« brigade qui était déjà arrivée au pont de bois, en chassant successivement devant elle quelques groupes d'infanterie et de cavalerie tartare embusqués dans les bois.
Ce pont devant lequel les Anglais se trouvèrent étant infranchissable pour leur artillerie, ils n'allèrent pas plus avant. — D'ailleurs la bataille était gagnée, et déjà le général Collineau avait enlevé de son côté le grand pont de Pa-ll-kiao, centre de résistance de l'armée tartare.
Les deux corps expéditionnaires établirent leurs bivacs dans les positions respectives qu'ils occupaient.
Pendant quelque temps encore on entendit çà et là quelques coups de fusil isolés, tirés par l'ennemi dans sa retraite sur les patrouilles envoyées en reconnaissance dans différentes directions au delà du canal; puis la nuit vint, et avec elle un silence profond, étrange contraste avec ce formidable tumulte d'hommes, d^ chevaux et de canons, qui quelques heures auparavant retentissait dans cette immense plaine où venaient de s'anéantir les dernières espérances et se briser les suprêmes efforts de l'armée lartare.
LIV. — Le lendemain, le pont de Pa-li-kiao et ses abords offraient un lugubre spectacle. Sur les côtés du pont sont entassés pêle-mêle des monceaux de cadavres chinois, quelques-uns sont presque entièrement consumés par le feu. En effet, les fantassins tartares portent sur la poitrine une cartouchière remplie de poudre et ont une mèche enroulée autour du bras, c'est avec cette mèche qu'ils allument l'amorce de leur mousquet. —Les malheureux étaient tombés ayant encore cette mèche allumée qui avait mis le feu à la poudre des cartouchières. Ces corps calcinés ont un aspect affreux. — C'est la mort sous son plus sinistre aspect. D'autres ont la tète emportée par les boulets et sont couchés sur les chevaux éventrés par nos projectiles. — Les prisonniers tartares sont employés à enterrer les morts.
La journée du 21 septembre mettait en notre pouvoir