LIVRE II, CHAPITRE IIV
matique, mise en regard de l'action militaire, fera mieux comprendre les faits accomplis et apprécier ceux qui devaient s'accomplir et atteindre enfin le but depuis si longtemps poursuivi.
La dépêche que le baron Gros adressa alors au prince Kong est une pièce diplomatique qu'il est important de connaître en son entier, car elle joint à la loyauté et à la fermeté du langage une éloquence pleine de dignité.
. 25 septembre 1860.
« Le soussigné a reçu la dépêche que S. A. le prince Kong lui a fait Thonneur de lui écrire le 23 de ce mois, et qui semble devoir aggraver la position du gouvernement chinois, si celui-ci, mû par un de ces sentiments d'honneur et d'équité qui se produisent chez les nations civilisées, eût renvoyé immédiatement dans les camps des alliés les individus qui, en violation du droit des gens et des principes de l'honneur, ont été détenus, alors que, se confiant à la parole des commissaires impériaux, ils revenaient de Tung-chao, où ils avaient été reçus comme parlementaires , la paix aurait été signée dans peu de jours, et le pays n'aurait plus à souffrir des maux que la guerre entraîne nécessairement avec elle.
« Les commandants alliés ont pris, les armes à la main, bien des soldats tartares et leur ont rendu la Jiberté. Quant aux blessés ennemis relevés sur le champ de bataille , ils sont dans nos hôpitaux , où ils reçoivent les mêmes soins que nous donnons à nos soldats. Que le II 16
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gouvernemeal chinois compare sa conduite à la nôtre , peut-être sera-t-il honteux de celle qu'il a tenue.
« Le soussigné croit ne pouvoir mieux faire, pour répondre à la dépêche du prince Kong, que de lui envoyer celle qu'il avait écrite au commissaire .impérial, prince Tsaï , et qu'il allait lui faire parvenir, lorsque le prince Kong a adressé au soussigné sa communication du 21 de ce mois. Le soussigné donne aujourd'hui à cette ancienne dépêche toute la valeur qu'elle avait, et il s'adresse au prince Kong , en le priant seulement de vouloir bien substituer son nom à celui du commissaire impérial Tsaï (1).
(1) Communications aux commissaires impériaux Tsaî et Muhj envoyée au prince Kong, le 26 décembre 1860.
Le soussigné a reçu la lettre que Leurs Exoellences lui ont fait remettre par le premier secrétaire de son ambassade qui avait eu l'honneur de les voir à Tung-chao ; mais les graves événements qui se sont passés depuis ce jour-là ont empêché le soussigné d'y répondre.
Lorsque, pour mettre à exécution les arrangements convenus entre Leurs Excellences et le soussigné, et dont la dépèche en question était la pleine confirmation de la part des commissaires impériaux , les troupes alliées de la France et de l'Angleterre se sont avancées, pleines de confiance , vers le terrain sur lequel il avait été convenu qu'elles établiraient leur camp, et elles en étaient encore assez éloignées, lorsque l'armée tartare, violant avec perfidie le droit des gens et les simples notions de l'honneur, a laissé blesser ou tuer des Européens qui revenaient paisiblement de Tung-chao, où ils s'étaient rendus comme parlementaires, et pour y prendre quelques arrangements relatifs à la position que la paix allait créer ; dans son orgueil, le commandant en chef tartare a cru pouvoir attaquer l'avant-garde des alliés et a subi une déroute complète.
Les troupes alliées , par suite de cette conduite , se sont trouvées dé liées des engagements qu'elles avaient pris, et qu'elles remplissaient avec honneur; elles ont, à leur tour, attaqué le camp de Pa-K-fctao,