LIVRE II, CHAPITRE III
« Le soussigné attendra , pendant les trois joui's qui suivront la date de cette dépêche, la réponse que Son Altesse voudra bien lui faire; si le gouvernement chinois accepte les propositions qu'elle contient , dès que tout aura été terminé à Tung-chao et à Pé-king, l'armée française se retirera à Tien-tsin, où elle devra hiverner, parce que la mauvaise foi du gouvernement chinois et les retards qu'elle a fait naître, rendent bien difficile maintenant le départ des troupes* alliées avant l'hiver. Le gouvernement chmois doit subir la peine de ses fautes.
a Si, à l'expiration du délai accordé, une réponse satisfaisante n'est pas envoyée au soussigné, les commandants en chef des armées alliées auront à prendre les mesure? qu'ils jugeront convenables pour s'établir dans la capitale de l'empire, et pour prouver au gouvernement chinois que le droit des gens ne peut être impunément violé dans la personne des sujets de S. M. l'empereur des Français et des sujets de S. M. la reine de la Grande-Bretagne. »
LIX. — Il n'était certes point possible d'entrer plus nettement au cœur de la question, afin d'amener de la part du nouveau commissaire impérial une réponse catégorique. Mais le prince Kong ne comprend pas ou ne veut pas comprendre ce qu'on attend de lui. Si le négociateur est changé, la pensée qui dirige cette politique à double face est restée la même; ce sont les mômes idées reproduites sous une autre forme, les mêmes désaveux des actes accomplis, les mêmes assurances de loyauté et de sincérité.
« Si précédemment les affaires ont été mal conduites, (écrit le prince Kong)(l), je nç puis en être responsable, car je n'avais pas à m'en mêler....
« Votre Excellence me dit^ dans sa dépêche , que la dynastie court quelques périls ; il eût été convenable de ne pas me tenir un tel langage.
« Votre Excellence fixe un délai de trois jours pour recevoir une réponse; mais pourquoi les troupes de votre noble empire s'avancent-elles en colonnes? ce n'est pas là le moyen de rétablir la paix, et, au mo* ment de la conclure , ne serait-il pas déplorable de vous voir rompre toutes les négociations ?
« Si vos troupes veulent réellement attaquer la capitale , nos soldats , qui sont dans la ville avec leurs familles, se défendront jusqu'à la mort, et cette guerre ne pourra pas être comparée aux précédentes. Nous avons aussi, hors la ville, des milices nombreuses et redoutables, et quand vous attaquerez la ville, non-seulement vos nationaux seront sacrifiés , mais votre armée coupée dans sa retraite, ne pourra l'effectuer peut-être que difficilement.
« Quant aux individus de votre noble empire, qui sont détenus dans Pé-king,ils ont été arrêtés par les commissaires précédents qui ont mal conduit les affaires; mais j'ai reçu de l'Empereur toute l'autorité nécessaire pour traiter cette question , et ces individus n'ont pas été mis
(1) Dépêche du prince Kong à S. Exe. le baron GroSj 27 septembre 1860.