LIVRE JI, CHAPITRE III
dépêches se succédaienl , plusieurs fois souvent dans la même journée, mais 1^ question principale n'avançait pas.
Le 30 septembre était le dernier jour fixé, et le baron Gros attendait sans grande espérance la réponse définitive du prince Kong; elle arriva en effet à 8 heures du matin ; elle portait la date du 29 au soir et se terminait ainsi :
« Les troupes de votre noble empire sont si près de la capitale que nous éprouvons quelques craintes sur les intentions de Votre Excellence, et qu'il nous est difficile de signer une convention de paix. Je demande donc à Votre Excellence de faire retirer vos troupes jusqu'à Tchang-kia-ouang et dans, un délai de trois jours je ferai transcrire clairement les articles de la convention. J'enverrai un délégué porter cette copie dans un lieu intermédiaire entre Tung-chao et Tchang-kiaouang, et dès qu'elle sera signée , nous conviendrons d'une seconde entrevue pour consolider et perpétuer la paix.
« Quant aux personnes détenues précédemment, elles n'ont pas été insultées et sont traitées avec bienveillance. Dès que vos troupes se seront retirées et que le traité aura été signé, elles seront reconduites auprès de vous.
« Pour moi, je vous ai fait connaître franchement dans ma dernière dépêche quel homme j'étais, je ne trompe personne et je ne manquerai jamais à ma pa-
rôle ; que Votre Excellence ait donc confiance en moi et ne conserve aucun sentinjent de défiance. »
LXVI.--* En réponse à cette communication, le baron Gros, d'accord avec lord Elgin, prévinrent S. A.I. le prince Kong , que les captifs anglais et français n'ayant point été mis en liberté dans la journée du 29, les commandants en chef venaient d'être informés de ce fait, afin qu'ils prissent, en marchant immédiatement sur Pé-king, toutes les mesures nécessaires pour obtenir du gouvernement chinois par la force, ce qui lui avait été vainement demandé par voie de conciliation.
Les affaires furent donc remises de nouveau, le 30 septembre, aux mains des généraux en chef, et un conseil de guerre fut tenu en présence des deux plénipotentiaires au quartier général français pour arrêter le plan des opérations futures.— Marcher sur la capitale du Céleste- Empire avec un efifectif de troupes aussi restreint était une entreprise hasardeuse, et devait donner aux généraux de sérieuses préoccupations. Aussi le mérite réel et indiscutable des chefs de cette expédition lointaine, c'est d'avoir audacieusement et résolument bravé des dangers et des difficultés qui pouvaient tout à coup prendre des proportions formidables.
Nous l'avons dit dans la première partie de ce travail, ce n'était point la guerre avec ses chances ordinaires, ses ressources renouvelées ou augmentées au premier aippel, c'était une expédition au milieu d'un empire immense et d'une population de 400 millions d'habitants.
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avec une poignée d'hommes qui ne pouvaient et ne devaient compter que sur eux seuls.
LXVII. — La conduite du nouveau plénipotentiaire chinois ne devait pas inspirer grande confiance malgré ses protestations de loyauté et son titre de frère de TEmpereur.— Certes, le prince Kong avait un rôle tout tracé; — il eût pu, il eût dû par un sentiment d'honneur et de dignité personnelle montrer, en renvoyant immédiatement les parlementaires arrêtés à Tung-chao, comhien il repoussait toute solidarité avec des actes indignes, et effacer ainsi le souvenir d'une odieuse trahison. Dans les circonstances difficiles où il se trouvait, une semblable détermination eût été un acte de bonne politique; elle eût facilité l'issue des négociations. Mais, loin d'en avoir la pensée, le prince Kong repoussa au contraire les justes demandes qui lui furent adressées à ce sujet. — II ne pouvait ignorer les affreux traitemenlsauxquels avaient déjà succombé au milieu des plus cruelles tortures quelques-uns des malheureux prisonniers livrés à la merci de leurs bourreaux, et il écrivait cependant : « Les personnes arrêtées par les commissaires précédents qui ont mai conduit les affaires n'ont pas été mises à mort. » Et en certifiant dans une de ses dépêches (1), que ces pri-
(1) Le prince Kong au baron Gros,
De 3 octobre 1860.
Dans UQ autre passage de cette dépêche, il disait «m outre:
c J'ai pensé que le coivsul Parkes , étant habile 4 parler et à éociee
sonniers étaient traités avec égard, il ajoutait : « Il serait à «raiiidBe, si la paix ne se rétablissait pas, que vos nationaux ne courussent des dangers réels dans la capitale. » — C'était une menace de mort que le nouveau négociateur faisait planer sur les prisonniers, dans le cas où les relations diplomatiques seraient de nouveau rompues.
Loin d'accéder à la demande que formulait le prince Kong de faire éloigner les troupes, les ambassadeurs, on Ta vu, ont informé les généraux en chef alliés qu'ils devaient agir militairement. Ceux-ci prirent aussitôt toutes leurs dispositions, mais durent attendre pour se mettre en marche l'arrivée des renforts qu'ils avaient mandés de Tien-tsin.
« Mon convoi attendu vient d'arriver (écrit le général de Montauban au ministre de la guerre, en date du 3 octobre), et après-demain, de concert avec le général Grant , nous nous mettrons en marche sur la capitale. »
Par ces nouveaux renforts les forces françaises étaient
le chinois, et que l'un de vos compatriotes, d'Escayrac, le parlant aussi , je devais nommer des délégués qui, dans Pé-king, pourraient s'entendre définitivement avec eux sur le traité de 1858 et sur la convention négociée cette année à Tien-tsin. Dès que tout aura été convenu, Parkes et d'Escayrac adresseront à Votre Excellence une lettre, et j'espère que tout pourra s'arranger.
« Puisque l'on négocie en ce moment sur cet objet , je ne puis pas TOUS renvoyer immédiatement les sujets de votre noble empire.
« Quant à nos troupes, je les ai fait retirer provisoirement; celles de votre noble empire devraient songer à s'éloigner en ce moment. »