‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 114 sur 170 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. — Pendant le temps qui s'était écoulé depuis la bataille de Pa-li-kiao en stériles négociations, plusieurs reconnaissances avancées avaient été poussées pour déterminer autant que possible la nature du pays que Ton allait avoir à traverser, et reconnaître les positions de l'ennemi.

La première eut lieu le 24 ; — les Anglais l'effectuèrent. La reconnaissance partie dans la soirée, avança sans rencontrer d'obstacles sérieux jusqu'à quelques centaines de mètres de la porte sud-est de Pé-king. — Le mur d'enceinte était très-élevé et précédé d'un large fossé, on n'aperçut aucune sentinelle. D'après les renseignements recueillis, l'armée tartare s'était concentrée vers Yuen-mun-yuen, palais d'été de l'Empereur, afin découvrir les approches de cette magnifique résidence.

Deux jours après, 26 septembre, une nouvelle reconnaissance fut ordonnée; elle était composée de troupes anglaises et françaises. — Les troupes françaises avaient

été mises pour cette opération sous les ordres du commandant Campenon, chef d'escadron d'état-major attaché au quartier général du commandant en chef.

Le détachement allié s'approcha très-près de la ville et pénétra même dans un des faubourgs, où la petite troupe rencontra un détachement de cavaliers tartares. — Cette reconnaissance ne fit que confirmer celle du 24, sans apporter d'autres renseignements nouveaux.

IL — Le 5 octobre, l'armée alliée se mit en mouvement vers six heures du matin. — Il avait été convenu entre les commandants en chef, que les deux corps marcheraient réunis, afin d'être prêts à combattre si rennemi, apparaissait tout à coup. — Car il ne fallait pas oublier que treize jours s'étaient écoulés déjà depuis la défaite de l'armée tartare à Pa-li-kiao. Cette armée avait donc pu se remettre de sa démoralisation , et, sous l'impulsion de ses chefs, se représenter de nouveau au combat.

Le général de Montauban pour assurer les communications avec le Peïho, avait laissé au camp de Pa-li kiao, dans Une bonne situation de défense, trois compagnies avec l'ambulance et une partie de l'administration. — Le corps expéditionnaire emportait avec lui cinq jours de vivres.

, L'armée alliée, se tenant sur la droite de la grande route de Taung-Chou à Pé-king, alla asseoir son camp dans un grand village situé à trois lieues de Pa-li-kiao, dans la direction de Pé-king dont on n'était plus qu'à six kilomètres environ. — Du camp on découvrait vague-

LITRE III, CHAPITRE I. Sf^

ment la ville et ses prindp^tix édifice». Quelques cavaliers tartarefi Ée montrèrent en vue des avanl*pa«tes, mais ils n'appffdchërent pas et ne tefntèrent aucune attaque.

Le pays que les troupes venaient de traverser était Xtë^ couvert, semé d'arbres et de hautes cultures; il était en outre coupé dans tous les sens par des routes dont le plus grand nombre aboutissait à des impasses. Aussi Fartilleria éprouva*t-eHe dans sa marche dé grande difficultés. — L'ambassadeur et tout le perBonnetl de Fambassade s'établirent en arrière de l'armée.

Il est difficile de rendre l'impression profonde que produisit sur tous les esprits la première vue de cette ville immense que l'on apercevait se dessiner à l'honzon avec ses hauts monuments d'une arcbiteeturesi bizarre, cité mystérieuse au sein de laquelle bien peu d'Ëuro^ péens avaient pu pénétrer jusqu'alors, et qui devait voir quelques jours après flotter sur ses murailles les dra^ peaux réunis de la France et de l'Angleterre.

D'abord le regard suit la longue ligne des murailles avec ses corps de garde superposés au-dessus des porten. Ici c'est la montagne artificielle et ses cinq pagodes gi«gantesques ; plus loin le palais impérial au centre duquel s'élève la grande pagode en marbre blanc ; tout autour viennent se grouper les différents édifices p«iblics, dont les toits en tuiles jaunes resplendissent aux rayons du soleil. On distingue la ligne 4e démarcation qui sépare la cité chinoise de la cité tartare, c'est^-k-dire la ville militaire, la ville iiiipôriale de ta ville oommeriïiald»

Du haut des énormes fours à briques qui abondent dans le village où sont établis les bivacs, les yeux éblouis ont peine à embrasser cet ensemble prodigieux de maisons, d'édifices et de murailles qui se déploie à Thorizon.

III. — Le lendemain, 6 octobre, les troupes alliées se remettent en marche, formées chacune sur deux colonnes. Presque toutes les habitations que l'ôn.rencontre sont abandonnées.

« Après deux heures d'une marche assez pénible (écrit le général de Montauban), nous arrivâmes à deux mille mètres de l'angle nord-est de Pé-king ; nous flmes la grande halte et nous lançâmes des reconnaissances dans plusieurs directions autour de la ville : — Ces reconnaissances ne signalèrent pas d'une manière certaine la présence de l'ennemi ; mais des Chinois que l'on rencontra et qui furent interrogés nous apprirent qu'il existait vers la direction ouest de la ville, qui a de ce côté un mur de sept mille mètres , un grand camp tartare de dix mille hommes. On apercevait en effet dans cette direction des parapets en terre. »

Les généraux commandants en chef résolurent aussitôt de marcher sans plus tarder sur ce camp et arrêtèrent leur plan d'attaque.

Anglais et Français devaient s'avancer parallèlement formés sur quatre colonnes. Les Anglais tenaient la droite, les Français la gauche. — Le général Collineau avait mission de tourner l'extrême gauche du camp, pendant

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