LIVRE III, CHAPITRE I
une attitude défensive : le lieutenant de Pina s'avança, son revolver à la main suivi de M. Butte et de quelques marins, pensant bien que les Chinois mettraient bas les armes à son approche. Tout au contraire, les Chinois, dont on pouvait estimer le nombre à une centaine environ, s'avancèrent pour barrer le passage.— La nuit approchait, M. de Pina s'élança aussitôt résolument vers la grande porte, afin de l'ouvrir et de livrer ainsi passage au reste de l'avant-garde qui n'avait pas encore pénéti'é dans le palais; mais les Chinois lui disputèrent le chemin, et à son second coup de revolver, le lieutenant recevait sur la main droite un violent coup de sabre qui le blessait grièvement. D'instants en instants, le nombre des Chinois augmentait et menaçait d'envelopper les quelques marins qui, seuls de ce côté, soutenaient la lutte. — Fort heureusement, des renforts arrivèrent presque immédiatement, et les Chinois jugeant toute résistance inutile, se retirèrent, laissant deux ou trois morts sur les dalles de marbre. — Quelques coups de fusil furent tirés sur les fuyards par les deux détachements de droite et de gauche, et, comme l'obscurité était entièrement venue, cette fusillade dont la direction n'était pas très-certaine, jointe à plusieurs coups de feu ripostés par les Tartares par-dessus les murs, causèrent un moment d'éionnement et même de désordre parmi le détachement d'avant-garde. Cette émotion gagna les premières troupes qui s'apprêtaient à camper, et qui crurent à une attaque subite des Tartares ; — mais cette émotion passagère s'apaisa près-
que aussitôt à la voix des chefs, et tout rentra dans Tordre.
Le général de Hontauban, qui était accouru an pre* mier bruit de la fusillade, fit venir le général Gollineau avec sa brigade et fit occuper fortement la première cour du palais, ne jugeant pas prudent de s'engager plus avant dans l'intérieur du palais, au milieu de l'obs* curité. Les diverses issues furent gardées par de forts détachements, dans la crainte d'une surprise; ils avaient ordre de ne laisser entrer personne dans l'intérieur du palais, avant que cette consigne fui levée. — Le général de Montauban remit en effet au lendemain pour parcourir le palais, voulant (ainsi qu'il l'écrit au ministre) que nos alliés absents fussent au moins représentés dans cette première visite. On se souvient qu'un régiment de cavalerie sous les ordres du brigadier Pattle, s'était joint dans la journée au général en chef français.
VII. — Mais qu'étaient devenus les Anglais que le brigadier avait complètement perdus de vue après une heure de marche environ ? Au milieu de ce pays traversé par un grand nombre de routes et couverts de bois épais qui interceptaient la vue, Us s'étaient égarés et n'avaient puatteindre le rendez-vous convenu.
« Le général Grant et moi, nous étions convenus (écrit le général de Montauban), de nous rendre à Yuen-munyuen, palais d'été que l'Empereur habite presque toujours. Ce pays est tellement coupé de roules, de bois, etc.,