LIVRE III, CHAPITRE i
et nous les eussions repoussés avec horreur, s'ils ne montraient à quelle sauvage barbarie appartiennent encore ce peuple et les chefs indignes qu'un pouvoir dégradé et corrompu meta sa tète.
Les communications avaient continué avec le Gouvernement chinois pendant la marche des deux armées.
La reddition des prisonniers était toujours restée la condition première, et, le 7, Hang-kî un des délégués du haut commissaire impérial avait en outre été prévenu que la conduite déloyale des autorités chinoises empêchant que l'on put avoir en elles aucune conflance, une des portes de la ville serait occupée par une fraction des deux armées, avant que les ambassadeurs ne fissent leur entrée à Pé-king. — Les commandants en chef auraient à décider quelle porte devrait ainsi leur être remise.
II était évident que le prince Kong, malgré ses protestations, suivant les mêmes errements de cette politique évasive, ne céderait qu'au dernier jour et réduit à toute extrémité. — Cependant les armées alliées sont devant Pé-king et campent à quatre kilomètres environ de la capitale.
Cette position était difficile et pouvait être compromise par bien des événements, et surtout par Thiver qui avançait à grands pas avec ses désastres redoutables. Il fallait plus que jamais arriver à une solution prompte, et par une attitude menaçante forcer le prince Kong dans ses derniers retranchements. — Aussi le général de Montauban, après s'être préalablement entendu avec son collègue anglais le général Grant, adressa la note
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saivante au plénîpoteûtiaire chinois. Elle porte la date dit tO octobre I86O :
XVI. — « Son Altesse Impériale est informée par la présente note que d'après la communication déjà faite (1), les commandants en chef se décident à demander l'occupation de la porte de Am-ting, vers laquelle seront envoyées deux colonnes détachées respectivement des deux armées. Cette occupation aura lieu à midi, le 12 du courant.
« Si la porte est rendue sans opposition, il ne sera permis â aucun soldat d'entrer dans la ville, ni d'inquiéter les habitants. L'escorte d'honneur qui accompagnera toujours les ambassadeurs pénétrera seule dans la ville.
» Si, au contraire, la porte n'est pas rendue, on fera brèche à la muraille. On va dresser immédiatement des épaulemenls pour y mettre les canons, dans le cas où un refus rendrait l'attaque nécessaire.
« Le soussigné ayant appris parHang-ki que le prince Kong craignait que son retour à Pé-king ne fût intercepté par les forces alliées, déclare à Son Altesse Impériale que de pareils attentats contre ceux qui ne portent pas les armes sont contraires aux usages des
(1) Le 7 du même mois M. Wade, secrétaire chinois de Sa Majesté Britannique, avait eu une conférence avec le mandarin Hang-ki, dé-^ légué du prince Kong, et l'avait informé dans une note officielle, ainsi que nous l'avons dit plus haut, des intentions des commandants en chef, reîativemenl â Toccupation d*un« des portes de ï*é-kiQg.
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nations occidentales^ et que les mouvements de Son Altesse Impériale ne seront nullement gênés par les forces qu'il commande en chef. »
Les termes fermes et précis de celte lettre ne purent manquer de peser puissamment dans les décisions du frère de l'Empereur.
XVIL — Les deux généraux en chef, accompagnés des chefs de l'artillerie et du génie, vinrent en effet le jour même reconnaître l'emplacement des batteries de brèche, et les travaux commencèrent immédiatement sôus les yeux mêmes des Chinois à soixante mètres des murailles, afin de bien prouver au prince Kong que ce n'était point une vaine menace, mais une résolution définitivement arrêtée. — Les Français mettaient en batterie quatre pièces de douze et les Anglais quatre pièces de siège. Le tracé des batteries est en avant du temple de Lhama, un des grands temples qui s'élèvent aux environs de Pé-king. L'ennemi n'essaya pas de troubler un seul instant ces travaux, dont il semblait au contraire du haut des remparts suivre le développement avec curiosité.
Le prince Kong dans une dépêche adressée au baron Gros et entourée comme toujours de raisonnements évasifs, consentit en principe à l'occupation d'une porté de Pé-king par l'armée alliée.
c Les portes de la capitale (disait'-il) sont sous la garde d'un fonctionnaire, si aujourd'hui je les faisais ouvrir, il serait à craindre que les bandits ne profitassent de cette circonstance pour causer des désordres; il y a donc
2Bk CAMPAGNE DE CHINE.
des mesures à prendre, les troupes françaises doivent occuper la porte Am-Ting, est-il dit dans une dépêche de votre noble empire. J'y consens, puisque les deux empires sont en paix. — Seulement, il faut me faire connaître les conditions de cette occupation. »
Le prince terminait sa lettre ainsi : « J*ai, il est vrai, reçu une dépêche de voire général en chef, mais comme la paix est conclue, c'est à Votre Excellence que j'adresse nécessairement cette communication. »
XVIII. — Une conférence eut lieu dans la matinée du 13, entre le mandarin Hang-Ki, envoyé par le prince Kong, les commandants Gampenon, Stevenson et M. Parkes. Cette conférence se tint dans un yamoun du ^ faubourg ouest de la ville, et il y fut décidé que la porte Am-ting serait ouverte aux alliés le même jour à midi.
Quatre cents hommes, dont deux cents pris dans chacun des deux corps expéditionnaires devaient former les détachements destinés à occuper cette position. — Les commandants Gampenon et Stevenson, après être convenus entre eux que le rendez-vous serait devant la porte Am-ting et que là, les deux détachements alliés réunis feraient simultanément leur entrée dans la capitale, se rendirent en toute hâte à leur camp respectif. Les bivacs français étaient plus éloignés de ce point, que ceux des Anglais et il restait fort peu de temps avant l'heure indiquée.
Le général de Montauban désigna tout aussitôt son chef d'état-major général, le colonel Schmitz, pour se