‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 123 sur 170 · LIVRE lïl, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE lïl, CHAPITRE I

rendre au rendez-vous avec \u\ bataillon du 101", commandé par le colonel Pouget et prendre possession de la partie des remparts que devaient occuper les Français. Mais malgré toute la promptitude que put mettre ce détachement, l'heure était passée de quelques minutes lorsqu'il arriva devant la porte Am-ting. Les Anglais qui avaient une distance moins grande à parcourir, nous y avaient précédés et avaient déjà pris possession de cette porte.

Quelques récits publiés sur cette campagne ont donné à ce petit incident une importance sérieuse qui n'existe que dans leur appréciation, car le général de Montauban, gardien sévère de toutes les prérogatives de l'armée qu'il avait l'honneur de commander, n'a pas cru devoir en faire mention, même dans sa correspondance particulfère avec le ministre.

Il est vrai pourtant que les Anglais si susceptibles sur les questions d'étiquette et de droit eussent pu attendre l'arrivée du détachement français pour cette opération toute pacifique. — Le canon ne grondait pas et il ne s'agissait point de combattre.

XIX. — Les alliés prirent donc sur les remparts les positions convenues; elles comprenaient l'espace d'un kilomètre à droite et à gauche de la porte Am-ling. Les postes alliés s'établirent sur une grande place en avant de la porte. Une corde fut tendue pour empêcher la population chinoise d'approcher les factionnaires, et pendant toute la journée les agents de la police chinoise

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eurent grand'peine à maintenir la foule qui 6e pressait avec curiosité aux abords de l'espace qui nous était dévolu. Toutes les mesures de guerre nécessaires furent prises contre les éventualités d'une trahison, et des bouches de canon braquées contre la ville étaient prêtes & jeter l'incendie et la mort dans la capitale au moindre signe de mauvaise foi.

Dans la journée, le général de Montauban se rendit sur les remparts. Ces murailles formidables, armées de pièces d'un très-fort calibre, ont quatorze mètres quarante de hauteur du côté de la campagne, et treize mètres cinquante du côté de la ville. Le terre-plein a treize mètres de hauteur et dix-neuf mètres vingt de largeur entre les deux revêtements. Leur épaisseur totale, en y comprenant ces revêtements est donc de vingt mètres cinquante au sommet, et de vingt-six à la base.

Les deux généraux en chef durent s'applaudir grandement de l'occupation pacifique de cette porte, car il eut été bien difficile de faire brèche dans de semblables murailles avec les faibles moyens de siège et les muni-» tions limitées dont ils disposaient ; mais les fusées et les bombes incendiaires eussent du moins ravagé les quartiers populeux de cette capitale et détruit sans aucun doute le palais impérial de Pé-king,

XX. — Le lendemain de l'occupation de la porte Amting, Je prince Kong exprimait au baron Gros toute »a satisfaction de l'altitude prise par les troupes du commandant en chef français. — Ces diverses correspon-

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(lances, dont nous tenons à citer le texte pour donner à ce travail un caractère indiscutable de vérité historique, n'ont peut-être pas aujourd'hui une grande importance, mais peuvent en acquérir dans l'avenir, si des appréciations erronées se produisaient. — Pendant toute la campagne de Chine, les négociations diplomatiques furent la base sur laquelle s'appuyait l'action militaire ; il est donc utile, selon nous, d'en suivre les détails multiples pour bien en apprécier la portée et les résultats.

« Je viens d'apprendre (écrivait le prince Kong, le 14 octobre), que les soldats de l'escorte de Votre Excellence sont entrés dans la ville. La sage discipline qu'ils ont soin d'observer a ramené la tranquillité parmi la population et dissipé son inquiétude et ses craintes. Il est démontré que les intentions pacifiques de Votre Excellence sont sincères; je suis heureux de le savoir, et de mon côlé, je dois agir avec la même sincérité. J'ai donc donné l'ordre à Heng-hi, directeur de l'arsenal, de s'entendre avec le délégué que Votre Excellence désignera, pour régler tout ce qui est relatif à la signature de la convention préparée à Tien-tsin et pour fixer le jour de l'échange des ratifications du Irailé de 1858, afin que je puisse tout faire préparer eh conséquence. »

XXI. — L'armée fraD<?aise a quitté les bivacs qu'elle occupait pour camper dans le faubourg qui précède la porte Am-ting; des détachements ont été envoyés dans les casernes abandonnées parles Tar lares. — La situation militaire, on le voit, avait fait un grand pas, et il était

impérieux que la question politique eût une solution prompte et radicale, car les signes précurseurs de l'hiver se faisaient déjà sentir. — Les montagnes qui avoisinent Pé-king étaient déjà couvertes de neige et le vent du nord soufflait parfoisavec une grande violence.

Aussi le général de Montauban, par une lettre adressée au général Grant, le 15 octobre, lui faisait part de la résolution qu'il avait prise de partir le !•' novembre pour Tien-tsin, si les affaires traînaient encore en longueur, sans amener de résultats définitifs.

« Après avoir réfléchi à la position actuelle de mes troupes (disaille général à son collègue), j'ai dû conférer avec le baron Gros sur la nécessité dans laquelle je me trouverais de faire rentrer mon armée à Tien-tsin, dans le cas où les négociations diplomatiques n'auraient amené aucune solution pacifique avant le 1" novembre. — Il me paraît évident que si, avant cette époque, le gouvernement chinois n'a pas signé le traité dont il a accepté toutes les conditions, c'est qu'il y aura de sa part un nouvel acte de mauvaise foi ayant pour but d'obtenir un délai, jusqu'à ce que le mauvais temps et les froids, si intenses dans ce pays, viennent compromettre le salut des armées alliées. Nous aurions à nous entendre sur ce qui resterait à faire. Dansions les cas, ma détermination bien arrêtée est de partir pour Tien-tsin le l"' novembre prochain. »

XXII. — Ainsi c'était un point très-arrêté dans la pensée du général en chef, auquel étaient confiées les des-

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