LIVRE 111, CHAPITRE K
tinées de la petite armée française, de ne pas s'exposer aux désastres que pouvait apporter l'hiver dans ce pays lointain et inconnu, sans communication possible, par suite des glaces, avec Tien-tsin, sa seule base d'opérations. Cette sage détermination n'était pas, en ce moment, entièrement conforme à la pensée de nos alliés qui avaient agité la question d'hiverner dans ces parages.
Il était donc impérieux de fixer un dernier délai après lequel l'armée alliée, avant de se retirer, laisserait, par la destruction du palais impérial, un de ces souvenirs terribles qui saignent longtemps au cœur d'une capitale.
Mais la dépèche du prince Kong que nous avons citée, et par laquelle il consentait à la reddition d'une des portes de la ville, contenait des reproches amers sur la continuation des hostilités et sur les faits qui s'étaient passés au palais d'été de FËmpereur.
« Pourquoi (écrivait-il) les soldats français ont-ils pillé le palais d'été de l'Empereur? La France est un empire civilisé; les soldats sont soumis à la discipline, comment donc ont-ils de leur propre autorité brûlé le palais impérial? — Les généraux et Votre Excellence paraissent l'ignorer. Il est nécessaire que Votre Excellence m'informe en me répondant, comment elle entend vider le différend actuel.
XXIII. — Cette dépèche coïncidant avec le retour de M. d'Escayrac de Lauture, brisé par d'odieux traitements, et avec la découverte des vêtements ensanglann 19
29a CAMPAGNE DE CHINE.
tés appartenant à plusieurs des malheureux prisonniers, irrita au plus haut degré le baron Gros qui avait jusque-là montré beaucoup plus de modération que son collègue d'Angleterre; et en envoyant le projet de la note qu'il adressait à ce sujet au prince Kong dans les termes les plus nets et les plus justement indignés, il écrivait à lord Ëlgin :
Mon cher lord,
« II me semble impossible de laisser sans réponse la singulière dépêche du prince Kong dont je vous envoie traduction. Voici également le projet de note que je me propose de lui faire parvenir et que je vous soumets. Cette note rétablit la vérité dénaturée par le prince et fait des réserves pour obtenir satisfaction du meurtre de quelques-uns de nos malheureux compatriotes, dont malheureusement il ne nous est plus permis de douter. En outre la force des armes ayant mis entre nos mains des propriétés françaises confisquées dans Pé-king, c'està-dire des églises et des cimetières que l'empereur Tac Kouang avait promis par un édit impérial de rendre aux chrétiens» je voudrais régulariser pour l'avenir une conquête que la force des armes me donne aujourd'hui. Vous avez repris à Ta-kou les canons que les Chinois vous avait enlevés en 1859, je reprends dans Pé-king les propriétés françaises que les gouvernements précédents nous avaient confisquées, et la dernière fois en 1830. Le rétablissement du culte chrétien dans la capitale et la permanence des légations européennes auprès de
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l'Empereur me semblent être les deux battants de la porte à ouvrir» pour que la civilisation moderne puisse entrer dans l'empire.
« Si vous avez quelques observations à me faire, vous savez que mon désir le plus vif est de marcher autant que possible toujours parallèlement à vous.»
Cette communication de notre ambassadeur au plénipotentiaire chinois reçut l'entière approbation de son collègue qui envoyait, de son côté, ime dépêche qui contenait les mêmes protestations.
XXrV. — Il était bien difficile d'échapper plus longtemps à la logique implacable des faits.
, Le baron Gros après avoir résumé tous les événements qui s'étaient passés depuis la prise des forts de Ta-kou et rectifié les appréciations erronées du prince Kong, ajoutait:
c Le prince en refusant de rendre les détenus a forcé les alliés à marcher sur la capitale.
« C'est pendant cette marche et par conséquent pendant la guerre, que les troupes alliées ont pris le palais d'été de l'Empereur ; elles ne l'ont point pillé comme le dit Son Altesse Impériale, elles n'ont f£^it que partager entre elles, conformément au droit de la guerre, une conquête que le sort des armes avait fait tomber entre leurs mains, et le prince doit savoir que si le palais a été ensuite saccagé et incendié, c'est par les bandes dQ brigands chinois qui se trouvent partout, et sur lesquelles, à Kho-seyou, par
exemple, les alliés ohl^ été obligés de tirer, lorsqu'elles sont venues pour piller et ravager dans ce village les habitations de leurs propres compatriotes.
« Ceci étant bien établi, et Son Altesse Impériale étant un prince trop éclairé pour en méconnaître la justesse, le soussigné consent encore à saisir Toccasion qui se présente de conclure la paix, si le gouvernement chinois, abandonnant le système de fourberie et de déloyauté qui lui a si mal réussi jusqu'à présent, veut enfin traiter les affaires avec droiture et ne pas oublier que chaque fois qu'il a manqué à sa parole, il a délié le soussigné des engagements contractés par lui, et lui a rendu tous les droits que lui donnent les victoires successives remportées sur les armées de l'empire.
« Il serait bien difficile au soussigné d'avoir maintenant confiance dans un gouvernement qui ne se fait aucun scrupule de manquer à sa parole, et qui pousse l'oubli des lois de l'honneur et de sa propre dignité jusqu'à faire arrêter et sacrifier de la manière la plus barbare des gens sans armes, qui, sous la protection du drapeau parlementaire, étaient venus se confier à lui. Le soussigné ne peut plus entrer dans Pé-kîng avec une simple escorte d'honneur, il lui faut une garde qui puisse le préserver de quelque trahison, et lorsqu'il se trouvera dans l'une des habitations de la ville que l'on aura fait disposer pour lui et pour sa garde, des conférences pourront s'ouvrir.
« La persistance que le prince Kong a mise à ne jamais vouloir rendre, avant la signature de la paix, les infor-