‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 13 sur 170 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

difficultés de ia marclie redoublent ; tantôt les hommes enfoncent à mi-jambes dans la vase amollie ; tantôt les pieds rencontrent tout à coup un terrain plus solide, qui presque aussitôt les abandonne. — Des boulets, des balles, des flèches, de la mitraille, partent sans cesse des remparts. Il n'est point possible, dans ces terrains mouvants, de conserver aucun ordre de marche, et bientôt les hommes, selon le degré de leur force s'espacent par groupes séparés les uns des autres. Mutilés par les projectiles ennemis, ils avancent péniblement et cherchent à se rallier aux cris de leurs chefs, dont la voix les appelle et les ranime. — C'est ainsi que ces compagnies arrivent enfin, mais par lambeaux, devant le premier fossé.

Là on s'arrête, on se regarde, on se compte, et ceux dont les armes, pendant la traversée du fleuve, n'ont pas été mises hors de service, répondent par une fusillade de quelques instants au feu qui les assaille. — Ce premier fossé n'a point d'eau, il est facilement franchi ; mais à très-petite distance de celui-là, se trouve un second très-large et très-profond ; l'eau y a été maintenue, sans doute au moyen d'une écluse. Quelques hommes se jettent à la nnge et le traversent, d'autres se servent d'une échelle de bambous déjà brisée pour atteindre le glacis du fossé qui touche les murailles et offre un certain abri contre les projectiles. La nuit est entièrement venue, etbien peu sont parvenus jusqu'au pied des remparts, dont les Chinois garnissent tumultueusement la crête, en jetant des cris de menace et de

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défi à cette poignée d'hommes isolés que leurs armes mêmes ne peuvent plus défendre.

Le commandant Tricault a autour de lui quelques-uns de ses marins, il cherche à rallier au milieu de Tobscurité ceux de ses compagnons qui ont pu arriver jusqu'aux murailles. Bientôt il est rejoint par un groupe de matelots du Duchayla, avec lequel sont le lieutenant de vaisseau Claverie, l'aspirant volontaire Viguier, et l'aspirant de deuxième classe Bary, qui est presque aussitôt frappé d'une balle dans le flanc (1).— Une cinquantaine d'hommes environ composent la force totale des alliés réunis au pied du rempart.

Le commander Heath commande le groupe anglais, car le colonel Lémon et les capitaines Vansittart et Shadwell ont été grièvement blessés , dès le début du débarquement.

XIX. — Les artifices que lancent les Chinois pour diriger leurs coups éclairent la plaine par intervalles et montrent combien est petit le nombre des assaillants. A chaque instant la position devient plus critique. — Sans armes, car les cartouches sont mouillées et ne peuvent servir, sans échelles, sans aucun moyen d'attaque, comment ces quelques combattants perdus au milieu de la nuit, et que nul renfort ne viendra soutenir , iront-ils tenter l'assaut contre ces parapets d'argile desséchée

(1) L*aspirant Bary mourut à Shang-hai des suites de cette blessure, le 22 juillet.

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sur lesquels les baulets des canonnières n'ont produit aucun éboulement.

Geivendant, le commandant Tricault et le commander ETeatli ne peuvent se décider à abandonner une position, prix de si cruels efforts ; ils appellent à eux les restes des compagnies dont ils espèrent toujours la venue, el qu'ont forcément disséminées les difficultés du terrain- Mais leur voix couverte par le bruit du canon et par la fusillade reste sans écho. — Après une attente inutile, il ne leur reste plus qu'à, ordonner la retraite et à la surveiller pour qu'elle se fasse en bon ordre, sans laisser de blessés derrière soi.

Au moment où le commandant Tricau]t vient de franchir de nouveau le dernier fossé, une balle lui traverse le bras gauche.

XX. — Pour rejoindre le rivage, déplus grandes difficultés attendaient encore les braves marins qui venaient d'accomplir cet acte stérile d'audacieux courage. — Pendant les quelques heures qui se sont écoulées, la mer a monté, et l'eau couvre presque entièrement et à une certaine hauteur celte plaine fangeuse qu'ils ont traversée en quittant les canots ; l'obscurité est profonde, les groupes se resserrent pour ne pas s'égarer dans cette marche périlleuse.

Le rembarquement fut long et pénible par suite de la rangée de pilotis qui gênait les manœuvres àes embarrcations et les empêchait d'approcher du rivage ; il dura une grande partie de la nuit, et présenta de sérieuses

difficultés, surtout pour le transport des blessés.— « Ce mouvement de marée montante a eu d'aiïreuses conséquences (écrit le commandant Tricault, en terminant son rapport) ; non-seulement les cadavres qui n'avaient pas été retirés au premier moment sont restés sur le terrain, mais encore tous les blessés hors d'état d'appeler à leur secours ou de se soulever eux-mêmes, ont été infailliblement noyés. »

Les pertçs en hommes et en bâtiments étaient grandes. Le Cormorant, qui avait tenu pendant toute la journée la tête de la ligne d'embossage, et qui s'était défendu dans cette lutte inégale avec une inébranlable énergie, avait été affreusement mutilé par l'artillerie des forts; il coulait bas pendant la soirée, ainsi que quatre autres canonnières anglaises. Sur ces cinq bâtiments, trois devaient entièrement périr, Plover, Lee et Cormorant; les deux autres purent être relevés. — L'amiral anglais fit achever la destruction de ceux pour lesquels tous les efforts de sauvetage étaient restés inutiles. Les Anglais comptaient plus de quatre cents hommes tués ou blessés, parmi lesquels un grand nombre d'officiers. — Quant à nous, nous avions plus du cinquième de notre petit effectif hors de combat.

XXI. — La journée du 25 juin était un désastre ; mais il faut l'ajouter, un désastre dans lequel l'honneur des armes était sauf. L'amiral Hope avait montré une fois de plus cette énergie indomptable et ce sang-froid dans le commandement qui en font un des premiers marins de l'Angleterre.

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