LIVRE I, CHAPITRE I
Si cet amiral n'avait eu avec lui qu'un seul bâtiment, comme le commandant Tricault (1), sa ligne de conduite était inévitablement tracée par les événements euxmêmes, il lui eût fallu retourner en arrière ; mais par suite de la résolution prise par les deux minisires plénipotentiaires de se porter en avant, l'hésitation, avec le nombre de canonnières qu'il avait sous la main, lui eût été reprochée comme un acte de faiblesse inqualifiable en face de semblables ennemis. Les nécessités de la situation diplomatique, les antécédents de la guerre de Chine, la puissance même des moyens dont il disposait, tout lui faisait un devoir de ne pas s'arrêter devant les obstacles matériels que l'on jetait inopinément devant lui.
Mais ce nouvel acte d'hostilités de la part du gouvernement chinois remettait tout en question ; la situation n'était plus la même, et le sang répandu devant le Peïho exigeait une éclatante réparation. — Aussi, les deux ministres alliés pensèrent qu'il était de leur devoir de se retirer et d'attendre de nouvelles instructions relatives aux tristes faits qui venaient de se passer.
XXII. — c En présence d'une situation aussi tranchée (écrivait au ministre des affaires étrangères M. de Boarboulon), nous avons pensé , mon collègue d'Angleterre
(1) La corvette Ducliayla ne pouvait, par suite de son fort tirant d^eau, entrer dans le fleuve et remonter à Tien-tsin.— C'était le petit aviso à vapeur Norzagaray qui devait mener à Tien-tsin le représentant de la France, M. de Bourboulon.
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et moi, qu'il ne pourrait être que compromettant pour la dignité des gouvernements que nous représentons, de demander des explications quelconques à un gouvernement qui se jouait ainsi des engagements les plus solennels, et ne craignait pas, pour se soustraire à Tobligation de les remplir, de recourir à de trattreuses hostilités; qu'il ne nous restait par conséquent, qu'à nous retirer, à attendre, dans uneattitude de réserve de manièreà l'inquiéter sur les suites de sa victoire, les communications qu'il pourra nous adresser, et à laisser à nos gouvernements respectifs le soin de prendre les mesures que les circonstances leur paraîtront réclamer (1). »
De son côté, M. Bruce, mmistpe plénipotentiaire d'Angleterre, écrivait à la même date, au comte de Malmesbury.
c I/amiral Hope m'ayant informé qne les forces, sous son commandement, n'étaient point suffisantes pour ouvrir un passage et remonter la rivière, M. de Bourboulon et moi convinrent qu'il fallait considérer notre mission à Pé-king comme terminée quant à présent, et que nous devions nous retirer à Shang-hai. »
Tel est le récit exact des faits qui se passèrent à l'entrée du Peïho, le 25 juin 1059^ et qui em*ent en France et en Angleterre un si triste retentissement.
Les deux cabinets de Paris et de Londres comprirent toute la gravité d'une semblable situation en face de ce
(1) Dépèche du 30 juin 1859.