LIVRE III, CHAPITRE II
incendier lé palais impérial de Yuen-mun-yuen,aux trois quarts détruit dans les journées des 7 et 8 octobre courant, tant par mes troupes que par les Chinois. — Je crois devoir, pour satisfaire aux instructions que j'ai reçues, vous expliquer les motifs de mon refus à coopérer à une semblable expédition. — Elle me paraît d'abord dirigée par un esprit de vengeance de Tacte de barbare perfidie commis sur nos malheureux compatriotes, sans que celte vengeance atteigne le but que Ton se propose.
« D'un autre côté, n'est-il pas probable que l'incendie allumé de nouveau dans le palais impérial jettera la terreur dans l'esprit déjà peu rassuré du prince de Kong et lui fera abandonner les négociations entamées? Dans ce cas, l'attaque du palais impérial de Pé-king deviendra une nécessité, et la perte de la dynastie actuelle la conséquence, ce qui serait diamétralement opposé aux instructions que nous avons reçues.
« Par tous ces motifs, je crois devoir, monsieur le général en chef, ne m'associer en aucune façon à l'œuvre que vous allez accomplir, la considérant comme nuisible aux intérêts du gouvernement français. »»
c De Momtauban. »
XXX.— Le lendemain. 18, le général Grantlui exposait catégoriquement les raisons qui lui faisaient, disait-il, persister dans sa volonté de détruire complètement le palais de Yuen-mun-yuen.
« 1*» C'est dans ce palais que les prisonniers ont été
aOS CAMPAGNE DE CHINE.
tintés avec une barbarie atroce^ c'est là qu'ils sont restés pieds et poings liés pendant trois jours, privés entièrement de nourriture.
c 2<' La nation anglaise ne sera pas satisfaite, si nous n'infligeons pas au gouvernement chinois un châtiment sévère, marque du ressentiment que nous avons éprouvé de la manière barbare avec laquelle ils ont violé le droit des gens.
c Si nous nous bornions à faire la paix, à signer le traité et à nous retirer, le gouvernement chinois croirait qu'il peut impunément saisir et assassiner nos compatriotes, il est nécessaire de le détromper sur ce point.
« Il est vrai que le palais d'été de l'Empereur a été pillé ; mais le dommage infligé peut être réparé en un mois. Le jour même où l'armée française a quitté Yuenmun-yuen, le palais a été réoccupé par les autorités chinoises et cinq Chinois qui ont été pris pillant ont été exécutés par les ordres de ces autorités.
« Mes patrouilles ont trouvé depuis ce jour l'enceinte constamment fermée et les habitations non détruites.
c II nous a été bien démontré que le palais de Yuenmun-yuen est considéré comme une place fort importante» sa destruction est un coup dirigé entièrement non contre le peuple, mais contre le gouvernement chinois qui est le seul auteur des atrocités commises(l). C'est un coup qui sera parfaitement senti par ce gouvernement
(1) Lettre du général Hope Grant, commandant en chef les forces anglaises en Chine , au général de Montauban , commandant en chef les forces fnoçaisei. Quartier géaéral de Pé-king, IS octobre 1860.
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et, d'autre part, on ne peut arguer contre cette opéra* tion d'aucune raison fondée sur des sentiments d'humanité. »
XXXI. — On le voit par cette lettre, la crainte del'opi* nion publique en Angleterre, entraînait, poussait, pour ainsi dire, lés deux chefs anglais à agir, ainsi qu'ils le faisaient ; c'était là la base première, la base fondamentale sur laquelle ils échafaudaient les autres considérations.
oc La nation anglaise ne sera pas satisfaite si nous n'infligeons "l^as au gouvernement chinois un châtiment sévère, marque durable de notre ressentiment. »
En effet, le 18 dans la matinée, un détachement an* glais se dirigea vers le palais d'été avec ordre de l'incendier dans toutes ses parties. Bientôt les magnifiques pagodes, ces merveilles d'élégance et de richesse, devinrent la proie des flammes. On vit s'élever à l'horizon une grande lueur rougeâtre, et monter vers le ciel des nuages d'une épaisse fumée; c'était le palais de Yuen-mun-yuen que l'incendie dévorait, et le soir ce ne fut plus qu'un amas calciné de débris fumants, autour desquels rôdaient des bandes de pillards.
Les Anglais avaient accompli leur vengeance et infligé ce qu'ils appelaient un châtiment sévère, marque durable de leur ressentiment. — Il ne restait plus rien de cette magnifique et merveilleuse habitation que plusieurs siècles avaient respectée.
Le général de Monlauban en fut douloureusement im-
pressionné^ et il écrivait le jour même au commandant en chef anglais :
« Je n'ai pas l'intention d'élever une polémique au sujet de l'acte qui vient d'être commis, contrairement à l'opinion de l'ambassadeur de France et à la mienne.
« Nos gouvernements respectifs sont seuls appelés à juger nos actions, et j'ai l'espoir que le gouvernement français donnera une entière approbation à ma conduite en cette circonstance, quels que soient les regrets qu'il éprouvera comme moi de l'acte déloyal qui nous a enlevé nos malheureux compatriotes. »
XXXIL — Bien que le dernier délai accordé au prince
Kong soit de quelques jours seulement, les chefs anglais
poursuivis par la pensée qu'ils peuvent encore ajouter
une page terrible au drame de leur vengeance, rêvent
! une attaque contre Pé-king même. Us ne cachent pas le
I but politique qui les pousse. — Entraîner la chute de la
1 dynastie tartare. — Ce but n'était pas le nôtre, — le ren*>
\ versement de la dynastie régnante amènerait avec lui
I les plus sanglants désordres et livrerait l'empire à une
anarchie complète. — Les instructions données à notre
ambassadeur sont dans un sens contraire, et le baron
Gros l'avait clairement exposé au prince Kong, dans sa
dépêche du 25 septembre (1).
« Le soussigné, disait-il, croit devoir déclarer formellement à Son Altesse Impériale et aux membres du con-
(1) Voir môme volume, page 241.