‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 139 sur 170 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

XLIV. — L'expéditioa de Chine si glorieusement accomplie et si heureusement terminée, ne doit point être

appréciée sous le même point de vue que les autres campagnes qui ont illustré en Crimée et en Italie le règne de Napoléon III.

C'est, pour nous servir de l'expression même de l'Empereur « une entreprise sans exemple. » Une poignée de combattants perdus pour ainsi dire dans les contrées lointaines de l'extrême Orient s'est audacieusement lancée jusqu'au cœur même de la Chine, bravant tous les dangers qui naissaient sous chacun de ses pas ; — livrée à elle-même, elle affronte les hasards si redoutables de l'inconnu, fantôme insaisissable qui peut grandir tout à coup et l'envelopper comme dans un linceul. Une nombreuse armée et une cavalerie répulée formidable couvrent les approches de la capitale; — les têtes des ambassadeurs et des commandants en chef sont mises à prix dans cette contrée sauvage où la barbarie et la trahison dressaient chaque jour de sourdes et lâches embûches. Rien n'arrête ces quelques milliers d'hommes, jusqu'à ce qu'ils aient victorieusement planté le drapeau national sur les remparts même de Pé-king.

Ce n'est pas par le nombre des morts laissés sur les champs de bataille que peut et doit se juger une pareille entreprise; c'est par les périls affrontés, c'est par l'énergie déployée, c'est par les résultats obtenus. — Le sang versé n'est pas souvent le dernier mot des batailles; les plus sanglantes sont les plus douloureuses, mais ne sont pas souvent les plus mémorables.

Un grand acte a été accompli qui restera comme un des faits les plus surprenants de ce siècle si fécond en

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