LIVRE III, CHAPITRE III
tante une haute intelligence militaire. — Hélas ! Tannée devait bientôt perdre ce brillant et énergique' soldat si miraculeusement échappé aux boulets de Sébastopol. — Et ce n'était pas sur un champ de bataille qu'il devait mourir en combattant les ennemis de la France! Envoyé, quelques mois plus tard, en Gochinchine, il succombait frappé par ce climat si fatal à nous autres Européens. — Grande perte pour Tarmée qui avait su si justement apprécier les nobles qualités du chef qu'elle perdait (1).
Le général de Montauban se rendità Tché-ou, et vi- «ita le petit camp qu'il y avait laissé, lorsque le corps expéditionnaire s'était dirigé vers le nord. Toutes les montagnes étaient déjà couvertes de neige et le froid très-intense. Mais le général de Montauban regardait Tché-ou comme une station trop importante pour l'abandonner entièrement; il y maintint donc 250 hommes, formant ainsi un poste intermédiaire suffisant entre Shang-hai et Tien-tsin, avec lequel, sous peu, la congélation des eaux du Peï ho ne permettrait plus de communication que par la voie de terre.
LI. — Avant de se rendre à Shang-hai, le général en chef français se trouvant à quarante-huit heures de
(1) Le général CoUineau restait à Tien-tsin avec le 101* régiment de ligne, un bataillon du 102*; deux batteries d'arlillefie et une jcoihpagnie du génie , près de trois mille hommes.
Le reste des troupes s'embarqua pour Shang-hai qu'elles atleigaaienl le n àécembre.
3â8 CAMPAGNE DE CHINE.
Nankasaki, résolut d'aller visiter ce port japonais, où il entra sur le Forbin, après avoir traversé un bosphore aussi splendide que celui de Gonstantinople.
Ne pouvant se rendre à Yeddo, le général de Montauban tenta d'aller à Ozakia , dans la mer intérieure.
« On navigue (écrivait-il à cette époque), dans une succession de cinq à six lacs bordés de montagnes du plus riant aspect et couvertes d'arbustes auxquels le temps a donné une grandeur et une grosseur prodigieuses, portant, ceux-ci un feuillage vert , ceux-là des fleurs de toute sorte. — Au pied de ces montagnes, des villes et des villages se succèdent sans interruption; dans les ports se pressent des jonques de toutes formes et de toutes couleurs ; la mer intérieure est, du reste, remplie de jonques de commerce et de bateaux de pêcheurs, le poisson étant la principale nourriture des habitants. — Les maisons sont entourées de jardins; ces jardins regorgent d'orangers chargés de fruits, de bananiers et présentent celte végétation luxuriante qui appartient à ces riches et fertiles contrées. »
Après trois jours de marche à travers ces bassins successifs, leForbin arriva devant Ozakia, mais seulement en grande rade, les bâtiments d'un fort tirant d'eau ne pouvant approcher de terre.
Vainement le général, qui tenait à conserver son incognito, demanda l'autorisation de visiter la ville. Après vingt-quatre heures d'attente et de réponses ambiguës, comprenant que cette autorisation ne lui serait pas accordée, il donnai l'ordre de retourner àNangasaki,