‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 143 sur 170 · LIVRE m, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE

après avoir, à l'aide de la longue-vue, jelé un regard attentif sur celte ville d'un très -grand développement et qu'aucun Européen n'a pu encore visiter jusqu'à ce jour.

LII. — A Nangazaki , le général de Montauban trouva Tamiral Page.

L'amiral se rendait à Yeddo avec deux bâtiments de guerre, sur la demande du consul de France, M. de Bellecourt, qui n'avait pu obtenir du gouvernement japonais satisfaction d'un attentat commis contre un de ses agents, à la porte môme du consulat. — Le lendemain, le contre-amiral anglais Jones arrivait, de son côté, avec trois bâtiments de guerre, pour montrer aussi dans les mers du Japon le drapeau de l'Angleterre. — Bientôt l'amiral Protêt vint les rejoindre avec deux autres bâtiments, ce qui portait, y compris le Forbin, au nombre de cinq, les bâtiments de guerre français qui se trouvaient ainsi réunis dans le port de Nangasaki.

Le 16, au soir, le général de Montauban était de retour à Shang-hai. •— Les troupes qui devaient hiverner dans cette ville étaient arrivées du Peï ho le 12 du même mois, mais le débarquement, contrarié par l'état de la mer, n'était pas terminé.

Le retour du corps expéditionnaire à Shang-hai n'était pas sans importance, car les rebelles, rendus chaque jour plus audacieux par la crainte qu'ils inspiraient au gouvernement chinois et par son impuissance à les combattre, menaçaient toujours d'envahir les établissements européens.

LUI. — A tort ou à raison, car il ne nous appartient pas de discuter cette question, on croyait généralement à Shang-hai que les Anglais eussent vu sans regret le renversement de la dynastie actuelle et, par suite peutêtre, ie partage de l'empire et la création d'un royaume du Sud sous leur patronage. On donnait pour preuve de cette assertion la résistance que les chefs anglais avaient toujours opposée lorsqu'il s'était agi de marcher sérieusement contre ces bandes dévastatrices, toutes les fois qu'il en avait été question, pour la sécurité des intérêts européens à Shang-hai ; et cependant, les Anglais étaient les plus intéressés à la reprise des affaires et du commerce entièrement ruiné dans le Yang-tse-kiang par la juste terreur que la rébellion croissante inspire aux populations paisibles.

Si nous enregistrons ces bruits, qu'avait accrédités l'attitude de lord Ëlgin en diverses circonstances, nous ne voulons pas entrer dans le vif de cette question, qui nous entraînerait sur un terrain d'appréciation politique en dehors du cadre de ce travail. — * L'Angleterre, la nation la plus avide de l'extension de son commerce extérieur, comprenait bien ce qu'elle pourrait gagner à une révolution dont les résultats immédiats pour elle seraient d'importantes concessions. La politique des nations a des profondeurs secrètes qu'il ne faut pas fouiller ; elle sème dans le présent pour récolter dans l'avenir, et marche vers un' but que l'on peut pressentir; ce but est placé, pour les uns, dans les régions élevées d'un grand intérêt général, pour les autres dans

Page 1