PE MONTAUBAN
VU
Rapport du général de Hontaaban an Minisire de la dpnerre.
Bîvac de Pa-li-kiao , 12 kilomètres de Pé-kiog, 21 septembre 1860.
Monsieur le maréchal,
La victoire du Chang-Kia nous avait vengés de la félonie du gouvernement chinois. Je devais donc m'attendrek recevoir à mon bivac des explications sur les causes qui avaient pu amener la lutte du 18. Aucune communication n'eut lieu cependant, et des renseignements recueillis pendant les journées du 19 et du 20 m'apprirent que l'armée tartare occupait des camps préparés de longue main et situés à cheval sur la grande route de Pé-king, à deux lieues seulement en avant de nous. Ces dispositions nouvelles révélaient une direction énergique et habile. Elle était due au prince San-Koli-Tsin, qui défendit Tannée dernière les forts du Peï-ho, et qui, sous le titre de sen-wang commande les forces de Fempire. Pendant la première phase de nos opérations, à l'embouchure du Peï-ho, nous n'avions pas acquis de preuves certaines de sa présence. Mais la résistance inattendue qui s'était produite et les rapports des espions ne permettaient plus de douter que le sen-wang, chef du parti de la guerre, ne voulût couvrir en personne, jusqu'à la fin, les approches de la capitale.
Dans la journée du 20, nous résolûmes, le général en chef anglais et moi, d'attaquer l'ennemi le lendemain. Je
fis étudier par le capitaine d'état-major de Cools, de concert avec les officiers d'état- major anglais, les positions qu'occupait l'armée tartare.
En avant de nos bivacs de Chang-Kia-Wang, nous avions, à cinq kilomètres environ, la grande ville de Tung- Tchou (400 000 âmes), qui est reliée à Pé-king par une voie de granit de 12 kilomètres, ouvrage des anciennes dynasties. Cette route traverse, au village de Pa-li-kiao et sur un grand pont de pierre, le canal qui joint le Peï-ho à Pé-king.
Nous résolûmes de négliger Tung-Tchou, où il n'y avait plus un seul soldat, pour nous porter sur ce pont, que nous savions occupé, en avant et en arrière, par les camps du sen-wang. L'armée française devait, marcher directement au pont, tandis que l'armée anglaise, déployée h sa gauche, chercherait un point de passage plus près de Pé-king.
Le 21, h cinq heures et demie du matin, je passai en avant de l'armée anglaise, où mon tour de marche m'appelait, et je laissai mes bagages, sous la protection de deux compagnies d'infanterie, dans un village situé à une lieue en avant de Chang-Kia-Wang. Je m'avançai ensuite jusqu'à environ 3 kilomètres de Pa-li-kiao, et nous rencontrâmes en ce point les premières vedettes tartares. Je pris alors les dispositions suivantes :
Une petite colonne d'avant-garde, composée d'une compagnie du génie, de deux compagnies de chasseurs h pied, d'un détachement de pontonniers, d'une batterie de quatre et de deux pelotons d'artillerie à cheval, reçut l'ordre de se porter en avant sous le commandement du général Collineau. Le général Jamin, avec le reste du bataillon de chasseurs à pied, des fuséens, la batterie de douze et le 101* de ligne, suivit le mouvement. L'avant-garde se trouva bientôt arrêtée devant de fortes masses de cavalerie qui débordaient sa gauche, à la hauteur de laquelle l'armée anglaise n'était pas encore arrivée. Le général Collineau s'arrêta et mit ses pièces en batterie. Je m'apprêtais à le soutenir avec le reste de mes troupes, lorsqu'un feu d'artillerie assez nourri s'ouvrit tout à coup sur ma droite.
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Moi) chef d'étit**P»ior g^^r^l, le ciolonel Scbmits, se porta de Itti-rmôme q» av{int, dan^ la dipectioQ du ciaon de l'ennemi, et vint me rendre compte que le point d'où paiv tait la canonnade semblait être le centre de aa première ligne de défense, Cet officier aupérieur n'hésita paa h dési«gner ce point Qomme indiquant la véritable position du pont qui devait nous étçe caché longtemps encore par des groupes de n^aisons entourées d'arbres et par les masses profondes qui entouraient ses abords. J'ordonnai au général Jamin de faire déployer h droite, face au canon, le bataillon de chasseurs, les fuséens, la batterie de douze, et de faire avancer le plus promptement possible, pour former notre droite, les bataillons du lOl*".
Ce mouvement laissait entre le petit corps du général CoUineau et moi un intervalle qu'il était urgent de remplir. J'envoyai le chef d'escadron Campenon, de l'état-major général, porter l'ordre à ces troupes de se rabattre sur nous ; mais cet ordre ne put s'exécuter avant l'entrée en ligne de l'armée anglaise; car, en ce moment, la cavalerie ennemie débordait nos deux ailes.
Le sen-pwang profita habilement de ces circonstances pour charger en masse, en nous enveloppant de toutes parts. Au centre, la charge répétée plusieurs fois avec des cris sauvages, fut repoussée par les fuséens, la batterie de douïe et les chasseurs à pied. A la gauche^ elle vint se briser contre la petite poignée d'hommes du général Collineau, devant la précision du tir de la batterie Jamont, et devant la cavalerie anglaise qui débouchait sur le champ de bataille. Les cavaliers tartares échouèrent également à notre droite, où ils furent reçus par le 101* de ligne, disposé avec habileté et sang^^froid par son chef, le colonel P^uget.
Comme le 18, nos troupes étaient sorties victorieuses de ce cercle de cavaliers. Ces charges repoussées, la position de ma gauche, où l'armée anglaise vqnait de se déployer, ne me laissait plus d'inquiétude. Je pouvais rapprocher de moi le petit corpa du général CoUineau, et je lui ordonnai,
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par un jDQuvf^ment de conversion & droile, de tourner le village de Pa-li^kiao, en gagnant le bord du canal, tandia que le général Jamîn attaquerait de front en rnarçbant droit au pont; le village, abordé ayec la plus grande vigueur, fut défendu pied k pied par l'infanterie chinoise. On ne peut réellement expliquer que par l'infériorité de son armement les pertes peu considérables qu'un ennemi aussi nombreux et aussi tenace nous a fait subir. Mais la prise du village ne devait pas terminer la lutte. Pondant que le général GoUineau, arrivé sur le bord du canal, apercevait le pont de Pa-U-kieo et le prenait d'écharpe avec son arliK lerie, j'ordonnai au colonel de Benumann de faire avancer les fuséens et la batterie de dou^e pour battre le pont d*enfilade et pour tirer sur les pièces qui le défendaient. Notre infanterie, merchant de maison en maison, était parvenue à s'emparer de celles qui sont sur les bord§ du oanal, et couvrait de son feu tous les abords.
En ce moment, le pont de Pa4i-kiao offrit un spectacle qui, certainement, est un des épisodes les plus remarqua* blés de la journée.
Tous les cavaliers, si ardents le matin, avaient disparu. Sur la chaussée du pont, monument grandiose d'une civilisation vieillie, des fantassins richement velus agitaient des étendards et répondaient à découvert, par un feu heureusement impuissant, à celui de nos pièces et à notre mousqueterie. C'était l'élite de l'armée qui se dévouait pour couvrir une retraite précipitée.
Au bout d'une demi-heure, le feu concentré de nos batteries fit taire le canon de l'ennemi. Le général Collineau, joignant h son avant-garde la compagnie du 101» du capitaine de Moncets, passa le pont. Il s'engagea sur la droite de la route de Pé-king, dans la direction prise par la masse des fuyards, et je le suivis avec le reste de mes troupes. Il était midi, et depuis sept heui:es du matin nous n'avions pas cessé de combattre; l'ennemi avait disparu , dans un état de désorganisation complète, couvrant de ses morts le champ de bataille. J'ordonnai de faire halte, et,
après deux heures de repos, mes troupes étaient établies dans les camps et sous les tentes des soldats du sen-wang, à 12 kilomètres de Pé-king.
Les journées du 18 et du 21 ont valu aux armées alliées cent pièces de canon.
En terminant ce rapport, je sens bien, monsieur le maréchal, que la plume est impuissante h donner une idée vraie de ce qui se passe autour de nous.
L'ennemi nous entourait à perte de vue, les rapports des prisonniers et des espions, reçus après ma première dépêche, pour ne pas parler des plus exagérés, varient, dans l'évaluation des forces chinoises, de 40 à 60 000 hommes.
Tout cela est si étrange que, pour se rendre compte de nos succès, il faut remonter bien haut dans le passé, et se rappeler les victoires constantes de quelques poignées de soldats romains sur les hordes barbares.
Je ne peux pas décerner de nouveaux éloges aux troupes que je commande. Je prie Votre Excellence d'appeler sur tous la bienveillance de l'Empereur et l'intérêt du pays. Ci-joint l'ordre général n° 95 et l'état des tués et blessés.
Agréez, monsieur le maréchal, etc.
Le général commandant en chef V expédition de Chine^