‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 158 sur 170 · DE MONTAUBAN · texte numérisé non relu

DE MONTAUBAN

Rapport fin g^énérAl de IHontaoban au Ministre de la guerre.

^ Quartier général sous Pé-king, le 8 octobre 1860.

Monsieur le maréôhal.

Nous étions convenus, le général Grant et moi, de nous rendre à Yuen-Nincg-Yuen, maison d'été que l'empereur occupe presque toujours, à quatre lieues au nord de Péktng.

Ce pays est tellement coupé de routes, de bois, etc., que le général Grant s'est égaré avec son armée, et que je suis arrivé seul, le soir, devant le palais, gardé par une garde tarlare.

Malgré une marche longue et pénible, j'ai fait occuper le palais à sept heures du soir, et, en y entrant de vive force, j'ai eu deux officiers et quelques soldats blessés. Les Tartares ont évacué le palais confié h leur garde et ont perdu quelques hommes, dont un petit mandarin tué dans la cour même. J'ai fait occuper le palais, et, le lendemain au jour, je m'y suis rendu. Il m'est impossible, monsieur le maréchal, de vous dire ici toutes les merveilles de cette habitation impériale; rien dans notre Europe ne peut donner l'idée d'un luxe pareil; je n'essayerai pas d'en décrire les splendeurs dans ces lignes si rapides. J'aurai l'honneur d'écrire, longuement k Votre Excellence, par le prochain courrier, pour vous faire une description complète.

J'ai fait garder par des postes assez farts les diverses

S82 nÈCÊ& JUSTIFICATIVES^

issues du palais, afin que rien ne fût dérangé avant l'arrivée de nos alliés, que j'ai fait prévenir de suite. Quelques heures après, ils sont arrivés, et comme une partie de leur cavalerie avait rallié ma colonne, j'ai fait désigner deux officiers anglais et deux officiers français pour que rien ne fût touché et que les deux armées exerçassent conjointement une surveillance sévère.

Le général Grant et lord Elgîn étant arrivés, nous avons nommé trois commiisaires de ehaque nation pour prooéder au partage des objets les plus préeieux. Dans ce partage, j'ai recommandé à nos commissaires de ne s'attacher qu'aux objets ayant de la valeur au point de vue de l'art du par leur antiquité; j'eôpère «nvoyer k Votre Excellence, pour S. M. l'Empereur et pour les grandes collections du gouvernement, ou pour le Muèéê d'artillerie, dés curioaités assez rares en France.

En ce moment j'attends l'arrivée du baron Gros, qui doit me rejoindre ici, où se trouve aussi lord Elgin. Une sorte de convention a eu lieu entre le prince Kong, régent de l'empire, et le général anglais, au nom des deux généraux en chef. J'avais consenti k un armistice, afin que le prince vînt à Pé-king pour traiter. Il s'est retiré à huit lieues, et l'empereur est en Tarlarie.

Veuillez excuser, motisieur le maréchal, l'incorrection de c^tte lettre que je vous écris à la hâte; je resterai ici demain et même jusqu'à ce que Pé<*king soit occupé de gré ou par la force, et j'aurai l'honneur de Vous rendre officiellement un compte détaillé.

Recevez, monsieur le maréchal, etc<

Le général commandant en chef l'expédition de Chine^

0« D£ Moi<TAUBAN.

PifiCSS lOSTIFICATIlrtS. 383

de I» gnerre.

Quartier général doyant Pé-kiogi n oetobre 1960.

Monsieur U maréchali

J*ai Thonneur de vous adrosser aujourd'hui, à tête Té*» posée et d'une manière plu» complète) le récit des derniers événements que je vous ai fait connaître très-âuccinctement par ma lettre du 8 octobre courant.

Ainsi que je l'annonçais à Votre Excellence par ma lettre (cabinet n"» 119) datée du d, de Pa-li-^kiao, l'armée a quitté cette position le 5 pour se porter sur Pé-'king. j'avais laissé à Pa-li«kiao, pour assurer mes communications avec le Peï-ho, trois compagnies dans une bonne position de défense, avec l'ambulance et une partie de Tadminis^ tration, et je m'étais mis en route avec le surplus de IW pédition et une ambulance légère, et cinq jours de vivres*

Je suis allé asseoir mon camp, le même jour^ dans un grand villagCi à trois lieues en avant de Pa-li'^ktao, di* rection de Pé-king, dont je n'étais plus qu'à 6000 mètres environ ; de mon camp, on découvrait parfaitement la ville, ainsi que je l'avais déjà su par une grande reconnaissance que j'avais fait faire la veille. Quelques cavaliers tartares étaient en vue de mes avant-postes, mais ils n'approchèrent pas«

Le 6 au matin, nous reprîmes^ le général anglais etmoi^ notre marche sur Pé^king, après nous être formés sur deux

384 PIËGËS JUSTIFICATIVES.

colonnes chacun, car le pays est très-couvert et traversé dans tous les sens par des routes dont quelques-unes sont carrossables et d'autres aboutissent à des impasses; je n'ai jamais vu de pays plus difficile pour des colonnes marchant avec de grosse artillerie.

Après deux heures d'une marche assez pénible, nous arrivâmes à 2000 mètres de l'angle nord-est de Pé-king ; nous iimes la grande halte et nous lançâmes des reconnaissances dans plusieurs directions autour de la ville.

Des Chinois interrogés nous dirent qu'il existait vers l.i direction ouest de la ville, qui a un mur de 7000 mètres de ce côté, un grand camp tartare de 10 000 hommes.

Mous nous mimes en marche immédiatement sur ce camp dont nous apercevions le parapet en terre; nous marchions à la même hauteur avec le général anglais; il devait attaquer la droite et moi la gauche. La colonne Collineau devait tourner la gauche du camp, les Anglais tourner la droite, et le général Jamin attaquer le front; le camp a été évacué dans la nuit.

Le général Grant me 6t alors prévenir que ses espions l'informaient que l'armée tartare s'était retirée à Yuen- Ming-Yuen, magnifique résidence impériale, à un mille et demi du point où nous étions, et il me proposait de marcher contre elle : l'heure était peu avancée, les troupes n'étaient pas fatiguées, elles étaient pleines d'ardeur; un mille et demi dans ces conditions devait être promptement * franchi.

Après une marche assez longue et difficile, nous arrivâmes à sept heures au village de Yuen-Ming-Yuen ; nous suivions une route en dalles de granit et nous traversâmes un pont magnifique qui conduit au château impérial, situé à 200 mètres du pont et dont l'entrée est en face; la route, entre le pont et le palais, est bordée à gauche, d'arbres épais et d'une belle venue ; à droite, une grande place k laquelle s'appuie une rangée de belles maisons, habitations des principaux mandarins.

Avant de m'établir'au bivac, je voulus faire fouiller

PIÈCES JtlSTIFIGATlYES. 385

l'entrée du palais, qui était fermée par une petite porte trèssolide et par des barrières à droite et à gauche; on prétendait que les Tartares étaient dans les cours et dans les jardins derrière ces portes.

J'envoyai de suite deux compagnies d'infanterie de marine pour fouiller rentrée du palais et le bois en arrière, ainsi que mon officier d'ordonnance, le lieutenant devaisseau de Pina.

Cet officier, entendant du bruit dans l'intérieur, fit sommer d'ouvrir les portes, et voyant que personne rie répondait, il fit apporter une échelle et escalada le mur, suivi par M. ViVenon, enseigne de vaisseau. A peine étaient-ils sur la crête qu'ils reconnurent les Tartares armés de piques, de flèches et de fusils, qui paraissaient vouloir défendre la porte.

A l'aspect des officiers, ces hommes se retirèrent, et M. de Pina franchit le mur afin d'ouvrir la porte à la troupe.

En ce moment les Tartares revinrent sur M. de Pina, et une lutte s'engagea entre lui et les hommes qui accouraient. Il soutint bravement celle attaque, tira quelques-coups do revolver, et fut blessé à la main gauche et au poignet droit. Les soldats d'infanterie de marine vinrent à son secours et à celui de leur officier, M. Vivenon, qui avait reçu une balle dans le côté, et les Tartares, après une résistance inutile, prirent la fuite en désordre, laissant derrière eux trois des leurs tués, et emmenant plusieurs blessés.

Le bruit de la fusillade m'ayant attiré, je fis venir le général Collineau avec sa brigade, et je fis occuper fortement la première cour du palais, ne voulant pas pénétrer plus avant pendant la nuit dans un lieu inconnu; 7 ou 800 Tartares qui se trouvaient derrière* les palais successifs aboutissant aux bois auraient pu tenter d'inquiéter nos hommes. La nuit se passa sans événements, et le lendemain, de grand matin, je me rendis au palais, accopipagné des généraux Jamin et Collineau, de mon chef d'état^major et du brigadier anglais Fattle, avec lequel était le major II 25

386 PIfiOB» JDSTIFICATiVEg^

Sley des dragoas de la reine et le eolonei Fowley; une compagnie d'infanterie nous précédait pour assurer notre marche; mais les palais étaient complètement évacués par les Tar tares.

Je tenais à te que nos alliés fussent représentés dans cette première visite au palais, que je soupçonnais devoir renfermer de grandes richesses» Après avoir visité des appartements dont la splendeur est indescriptible, je fis placer partout des sentinelles et je désignai deux officiers d'artillerie pour veiller k ce que personne ne pût pénétrer dans le palais, et pour que tout fût conservé intact jusqu'à l'arrivée du général Grant, que le brigadier Fattle fit prévenir de suite.

Les chefs anglais arrivés, nous nous coticertàmes sur ce qu'il convenait de faire de tant de richesses, et nous désignâmes pour chaque nation trois commissaires chargés de faire mettre à part les objets les plus précieux comme curiosités, afin qu'un partage égal en fût fait; il eût été impossible de songer à emporter la totalité de ce qui existait, nos moyens de transport étant très^bornés*

Un peu- plus tard, de nouvelles fouilles amenèrent la dé-couverte d'une somme d'environ 800 CfOO francs en petits lingots d'or et d'argent; la même commission procéda éga-^ lement au partage égal entre les deux armées, ce qui eon« stitua une part de prise d'environ 80 francs pour chacun de nos Boldats; la répartition en a été faite par une commission composée de tous les chefs de corps et de service présidée par M. le général Jamin ; la même commission, réunie et consultée au nom de l'armée, déclara que celle-ci désirait faire un cadeau h, titre de souvenir à S. M. l'Empereur de la totalité des objets curieux enlevés dans le palais, ainsi qu'à 8. M.- l'Impératrice et au Prince impérial.

L'armée a été unanime pour cette offrande au chef de l'État, qui la considérera comme un souvenir de reconnais^ sance de ses soldats pour l'expédition la plus lointaine qui ait jamais été entreprise.

Au moment du partage entre les deux armées, j'ai tenu^

P1È6b8 Jll§TrfldAfïVËfe. 387

m nom Aé YEiùpëvèiifi h ce que lord Elgifl fit le premier choi* foui* 8; M: la reine d'Arigletelrë:

Lord Elgin a choisi un bâWn de èOntiiiàndemeili dé l'empereur de Chine, eh jade vert du |)lus grand prix et monté en or. Un seéond bâlotij semblable en tout à celui-ci, ayant été trouvé, lord Elgin, à son tour, a voulu qu'il fût pour S. M. l'Empereur; Il y à donc eu parité paipfàîté dans ce premier choix.

Il me serait impéssiblè, monsieur le maréchal, de vous dire la magnificence dés constructions nombreuses qui se succèdent stir unie étendue dé quitte lieties et que Ton appelle le palais d'été dé Ferapereur ; succession de pagodes renfermant toutes des dieux d'or et d'argent du de bronzé d'une dimension gigantesque. Ainsi un seul dieu en bronze, un Bouddha, a une hauteur d'environ 70 pieds, et tout le reste est à Tavenànt : jardins, lacs et objets curieux entassés deptiis des siècles dans des bâtiments eh marbre blanc, couverts de iuïles éblouissantes, vernies et dé toutes couleurs; ajoutez k celaf des poihtè de vue d'ùtié Campagne admirable, et Votre Eicellèriée n'aura qu'ûfie faible idée de ce que fiotis avons viî.

Danô chacune de ces pagodes il existe, non pas des objets, mais dès magasins d'objets de toute espèce. Pour ne vous parler que d'un seul fait, il existe tant de soieries dii tissu le plus fin, que noiis avons fait emballer avec des pièces de soie t<ms les objets que je fais expédier à Sa Mâjesié.

Ge qui éilâÉië étt milieu dé taiités ces Srplerideurs dri pasèé^ c'est rifiéûrîé et l'abandon du gouvernement afcluel et des deux ou trois gouvernements qui Tont précédé; rien n'est enfretehu, et les plus belles choses, à l'exception de celles qui garôîssent lé palais que l'empereur habite, soïït dans un état déployable de dégf adatîotï.

Dans l'une des pagodes, celle des voitures, k une demiliétïé dô palais habité, nous avonfs trouvé' détrx voitures magnifiques anglaîSres, présent dé' l'àmbassàdè de lord Ma- €ftr»néjr; èlleôr étdetiU àîÉfsi que leurs haïnaié dofés, dans

la même place oii elles avaient dû être mises, il y a quarante-quatre ans» sans qu'un grain de la poussière qui les couvre ait jamais été enlevé.

Il faudrait un volume pour dépeindre tout ce que j'ai vu; mon plus grand regret, c'est de n'avoir pas, dans l'expédition, un photographe pour reproduire aux yeux de TEmpe* reur ce que la parole est impuissante à exprimer.

Après quarante-huit heures de séjour h Yuen-Ming- Yuen, je songeai à rejoindre l'armée anglaise devant Péking; mais, avant de quitter le palais impérial, je constatai que les effets de plusieurs de nos malheureux prisonniers, par suite de la trahison du 18 septembre, étaient placés dans une chambre de Tune des maisons qui avoisinent l'habitation de l'empereur.

Parmi ces effets figuraient ceux du colonel FouLlon-Grandchamp, de l'artillerie, un carnet et des effets de sellerie h M. Ader, comptable des hôpitaux, et enfin quinze selles complètes de sikhs, et diverses autres choses ayant été reconnues par des officiers anglais comme appartenant à ceux des leurs pris le même jour 18 septembre.

Je suis donc revenu le 9 devant Pé-king, espérant recevoir des nouvelles de nos malheureux nationaux, car j'avais appris déjà que M. d'Ëscayrac de Lauture et quatre soldats avaient été renvoyés pendant ma séparation du camp anglais au général en chef.

Mais les prisonniers ayant été séparés les uns des autres, ceux-ci ne purent nous donner aucun renseignement; seulement, je pus préjuger, par les traitements horribles in-' fligés par un ennemi barbare, quel devait être le sort de ceux restés entre les mains du gouvernement tartare.

Aujourd'hui 15 octobre, que je continue cette lettre commencée le 12, il ne m'est plus permis d'avoir des doutes : MM. le colonel Foullon-Grandchamp; Dubut, sous-intendant militaire; Ader, comptable, ainsi que quatre de nos soldats, sont morts : trop heureux s'ils ont été tués de suite, car il est impossible de se faire une idée des tortures barbares que quelques prisonniers ont subies avant de mourir.

Tout cela se passait pendant que je faisais recueillir et soigner dans nos ambulances les prisonniers tartares aussi bien que nos blessés.

Devant Pé-king, 17 octobre 1860.

Après avoir campé à 4 kilomètres environ de Pé-king, j*ai adressé, de concert avec le général anglais, au prince Kong, une note concluant à l'occupation d'une des portes de la ville par nos troupes. Nous avions fait établir des batteries de siège à 60 mètres des murailles; le prince a immédiatement donné Tordre d'ouvrir la porte vis-à-vis le camp français. Cette porte a été occupée par un bataillon de chacune des deux armées.

Je me suis rendu sur le rempart, qui a une largeur de 17 mètres; il était armé de pièces d'un très-fort calibre et d'un très-beau bronze ; toutes les mesures de précaution ont été prises pour assurer notre position; mais la population paraît beaucoup plus curieuse qu'hostile.

J'ai fait rapprocher mon camp et placé des hommes dans les casernes abandonnées par les Tartares. Les montagnes qui nous avoisinent sont couvertes de neige et le vent du nord souffle avec une grande violence; ces signes précurseurs du plus mauvais temps m'ont fait prendre la ferme résolution de ne pas prolonger mon séjour ici au delà des premiers jours de novembre.

18 octobre 1860.

Au moment oîi j'allais reprendre ce rapide récit, bien souvent interrompu, j'ai reçu trois nouveaux cercueils contenant les corps de M. l'intendant Dubut et de deux de nos soldats; il ne reste plus que l'abbé Duluc, mais il ne m'est plus possible de douter de sa mort.

En résumé, sur 26 prisonniers anglais, 13 sont morts et 13 sont rentrés; sur 13 prisonniers français, 7 sont morts et & nous sont rendus.

390 PIÈGES JUSTIFIGi^TIYpS.

Hier 17 oçtpbre ^ eu ]i^u d^i^a le cii^^gtière pussQ Pinhumation des Àpglai^ victimes du guetrapens dvi 18 septembre; nous avons assisté à cette triste céréiDonie. Aujourd'hui, j'ai profité de l'occasion de l'enterrement de nos compatriotes pour faire venir de Pé-king chez moi deux mandarins d'un grade élevé, pour leur dire que je savais leur respect pour les morts, et que je désirais faire enterrer les rester de nos prisonniers dans l'ancieii çiinçtièrp français que l'empereur Kang-IJi av^it autrefois açpûr4é aux missionnaires catholiques; ils m'ont affirmé Que rien n'était pli|s convenable, et qu'ils allaient i|:()n()édia(em^nt prendre dps dispositiops |3n coi^séquçnc^.

Recevez, etc.

Le général commandant en chef l'expédition de Chine^

Proelamation du géuéval de If a

18 Otfîtobre 1860.

he général de Montauban, commandant en chef dft l'armée française en Chine, adresse la proclamatiQifi suivftnte aux habitants de la capitale et des campagnes environnantes.

Le général en chef fait savoir aujç pp.puUtians paisibles de U capitçiile et de^c^mpï^g^e^ environnantes que plusieurs officier^ ?ipparteç^apt aux s^ti^&es do \^ France q\ de l'Angleterre, qui, avec le caractère sacré 4^ partemenli^iFes^qi^e

PIECES JUST1FICAT1Y1E9. 391

les naliona eivilisé^s respectent eommo inviolable, et du oonfienienvent des eommissaires impéri^ui: Tsai et Mou]), avaient été envoyés à Tong-tcheou afin d'y préparer les aiv rangements que les ftn^bQsg^djQurs avaient k prendre pour conclure la paix, dont les clauses avaient été déjà couver nues entre eux et les commissaires impériaux, ont été arrêtés, le 18 septembre dernier, par San-ko-li-tsin et d'autres chefs qui, ayant voulu aussi attaquer les alliés le même jour, ont été mis dans la déi^oute la plus complète.

Les troupes françaises et anglaises se trouvent aujourT d'hui devant Pé-king, leur drapeau flotte sur les murs de la ville; elle est en leur pouvoir, et c'est par bienveillance pour les habitants inoffensifs qu'elle renferme que les alliés n'ont pas voulu en occuper l'intérieur.

Depuis cette époque, les ambassadeurs et les commaur dants alliés ont appris avec une douloureuse indignation que les personnes ainsi arrêtées coqtre toutes les lois de l'honneur avaient été traitées avec une barbarie sans exemple dans l'histoire et que la moitié d'entre elles avait succombé dans les tortures.

Un tel acte de perfidie et de cruauté doit être expié par le gouvernement chinois, responsable du crime commis par ses agents; et il faut qu'en flétrissant comme elle le mérite la conduite de ceux d'entre e\x\ qui se soqt rendus coupables d'un tel forfait, il donne une indemnité convenable aux malheureuses victimes de leur cruauté et à la famille de eelles dont ils ont causé la mprt.

De nouvelles conditions de paix sont offertes par les ambassadeurs de France et d'Apgleterre au prince Kong. Si elles sont acceptées dans le délai fixé, les autorités et les habitants de la ville seront respectés dans leur personne et dans leurs prppriétés, dans le cas, bien entendu, où elles ne commettraient aucun acte d'hostilité contre les alliés; mais si le gouvernement impérial rejetait ces propositions ou s'il les laissait sans réponse, le commandant en chef ne serait pas responsable des malheurs qu^ ^^ autorités chinoises auraient attirés sur I4 vjllp,

Cette proclamation est adressée aux habitants de Péking et des campagnes environnantes par bienveillance pour eux.

Fait au quartier général français, sur les remparts de la ville, à la porte Nganting.

Le 18 octobre 1860.

Convention de paix additionnelle an traité entre la Franee et la Chine» dn S7 Juin iSSS» eonelne & Pé-kin|[p le SS oetobre 1860.

S. M. l'empereur des Français et S. M. l'empereur de la Chine, voulant mettre un terme au différend qui s'est élevé entre les deux empires et rétablir et assurer à jamais les relations de paix et d'amitié qui existaient entre eux et que de regrettables événements ont interrompues, ont nommé pour leurs plénipotentiaires respectifs, savoir :

S. M. l'empereur des Français, le sieur Jean-Baptiste- Louis baron Gros, sénateur de l'Empire, ambassadeur et haut commissaire de France en Chine, grand officier de l'ordre impérial de la Légion d'honneur, chevalier grandcroix de plusieurs ordres, etc., etc., etc.;

Et S. M. l'empereur de la Chine, le prince Kong, membre de la famille impériale et haut commissaire ;

Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :

Art. 1". S. M. l'empereur de la Chine a vu avec peine la conduite que les autorités militaires chinoises ont tenue à

l'embouchure de la rivière de Tien-lsin, dans le mois de juin de Tannée dernière, au moment où les ministres plénipotentiaires de France et d'Angleterre s'y présentaient pour se rendre k Pé-king, afin d'y procéder à l'échange des ratifications des traités de Tien-tsin.

Art. 2. Lorsque l'ambassadeur, haut commissaire de S. M. l'empereur des Français se trouvera dans Pé-king pour y procéder k l'échange des ratifications des traités de Tien-tsin, il sera traité pendant son séjour dans la capitale avec les honneurs dus à son rang^ et toutes les facilités possibles lui seront données par les autorités chinoises pour qu'il puisse remplir sans obstacle la haute mission qui lui est confiée.

Art. 3. Le traité signé à Tien-tsin le 27 juin 1858 sera fidèlement mis à exécution dans toutes ses clauses immédiatement après l'échange des ratifications dont il est parlé dans l'arlicle précédent, sauf, bien entendu, les modifications que peut y apporter la présente convention.

Art. 4. L'arlicle 4 du traité de Tien-tsin, par lequel S. M. l'empereur de la Chine s'engage à faire payer au gouvernement français une indemnité de 2 millions de taëls, est annulé et remplacé par le présent article, qui élève à la somme de 8 millions de taëls le montant de celle indemnité.

Il est convenu que les sommes déjà payées par la douane de Canton à compte sur la somme de 2 millions de taëls stipulée par le traité de Tien-lsin, seront considérées comme ayant été payées d'avance et à compte sur les 8 millions de taëls dont il est question dans cet article.

Les dispositions prises dans l'arlicle 4 du traité de Tienlsin sur le mode de payement établi au sujet des 2 millions de taëls sont annulées. Le montant de la somme qui reste à payer par le gouvernement chinois sur les 8 millions de taëls stipulés par la présente convention le sera en y affectant le cinquième des revenus bruts des douanes des ports ouverts au commerce étranger, et de trois mois en trois mois, le premier terme commençant au l*"" octobre

i%k PIÈCES JUSTIFICATIVES.

de cette année et finissant au 31 décembre suivant, Cette somme, spépialeinent réservée pour le payement de Tin^ demnité due à la France, sera comptée en piastres mexi<r eaines ou en argent au f^ours du jour du payement, entre les mains du ministre de France ou de ses délégués.

Une somme de 500 OOÛ taêls sera payée cependant à compte, d'avance, en une seule fois, et à Tien-^tsin, le SO novembre prochain, ou plus tôt si le gouvernement chi*nois le juge convenable.

Une commission mixte, nommée par le ministre de France et par les autorités chinoises, déterminera les règles à suivre pour effectuer les payements de toute l'indemnité, en vérifier le montant, en donner quittance, et remplir enfin touteïi le^ formalités que la comptabilité exige en pareil cas.

Art. 5. La somme de 8 millions de taëls est allouée au gouvernement français pour l'indemniser des dépenses que ses armements contre la Chine l'ont obligé de faire , comme aussi pour dédommager les Français et les protégés de la France qui ont été spoliés lors de l'incendie des factoreries de Canton, et indemniser aussi les missionnaires catholiques qui ont souffert dans leurs personnes ou leurs propriétés. Le gouvernement français répartira cette somme entre les parties intéressées dont les droits ont été légalement établis devant lui, et en raison de ces mêmes droits; il est convenu entre les parties contractantes que 1 million de taëls sera destiné à indemniser les sujets français ou protégés par la France, des perles qu'ils ont éprouvées ou des traitements qu'ils ont subis, et que les 7 millions de taëls restants seront affectés aux dépenses' occasionnées par la guerre.

Art. 6, Conformément h l'édit impérial rendu le 20 mars 1846, par l'auguste empereur Fao-Kouang, les établissements religieux et de bienfaisance qui ont été confisqués aux chrétiens, pendant les persécutions dont ils ont été les victimes, seront rendus k leurs propriétaire^ par l'entremise de S, Ë. le ministre de France en QhiuiB, aur

PIËÇP^ JUSTlFieATlVËS, 895

quçl Ip gauverneinent impérial lea fera délivrer avec les cimetières et les autres édifices qui en dépendaient.

Arl, 7. Lft ville et le port dp Tien^tsin, 4aDs la prpvjnç^ du Petchpl, 3erQi)t ouverts aii commerça étranger, ^ux ménies ponditiop^ que le sept les autres villes et ports 4P l'^mpiFis ùb ce commerce est déjà permis, et pela, ^ dat^jr du jour de la signature de la présente convention qui serfi obligatoire pour les deux -nations, sans qu'il soit nécesr saire d'en échanger les ratification^, et qui aur^ la même force et valeur que si elle était insérée i^Qt à mot danç le traité de Tien-tsin.

Les troupes françfiises qui occupent cette ville pourront, après le payement des 500 000 taëls dont il est question dans l'article 4 de la présente ponvenlion, l'évacuer pour aller s'établir à Takou et sur la côte nord du Changtop, d'où elles se retireront ensuite dans les mêmes conditions qui présideront à l'évacuation des autres points qu'elles occupent sur le littoral de l'empire. Les cqmmaudauts en chef dos forces françaises auront cependant le droit d^ faire hiverner leurs troupes de toutes armes k Tien-tsin, s'ils le jugent convenable, et de ne les en retirer qu'au moment où les indemnités dues par le'gouverj^iement chinois auraient été entièrement payées, a moins cependant qu'il ne convienne aux commandants eu chef de les en fairp partir avant cette époque.

Art. 3. Il est également convenu que, dès que la présente convention aura été signée et que les ratifications du traité de Tien-tsin auront été échangées, les troupes françaises qui occupent Ghusan évacueront cette île, et que celles qui se trouvent devant Pé-king se retireront à Tientsin, à Takou sur la côte nord de Ghangton, ou dans la ville de Canton, et que, dans tous ces lieux, ou dans chacun d'eux, le gouvernement français pourra, s'il le juge convenable, y laisser des troupes jusqu'au moment où la somme totale de 8 millions de taëls sera payée en entier.

Art, 9. Il est convenu entre les hautes parties contrac-

tantes que, dès que les ratifications du traité de Tien-tsin auront été échangées, un édit inapérial ordonnera aux autorités supérieures de toutes les provinces deUempirede permettre à tout Chinois qui voudrait aller dans les pays situés au delà des mers pour s'y établir ou y chercher fortune, de s'embarquer, lui et sa famille, s'il le veut, sur les bâtiments français qui se trouveront dans les ports de l'empire ouverts au commerce étranger.

Il est convenu aussi que, dans l'intérêt de ces émigrés, pour assurer leur entière liberté d'action et sauvegarder leurs intérêts, les autorités chinoises compétentes s'entendront avec le ministre de France en Chine pour faire les règlements qui devront assurer à ces engagements, tou« jours volontaires, les garanties de moralité et de sûreté qui doivent y présider.

Art. 10 et dernier. Il est bien entendu entre les parties contractantes que le droit de tonnage qui, par erreur, a été fixé, dans le traité français de Tien-tsin, à 5 maces par tonneau sur les bâtiments qui jaugent 150 tonneaux et au-dessuô, et qui, dans les traités signés avec l'Angleterre et les États-Unis en 1858, n'est porté qu'à la somme de 4 maces, ne s'élèvera qu'à celte somme de 4 maces, sans avoir à invoquer le dernier paragraphe de l'article 27 du traité de Tien-tsin, qui donne à la France le droit formel de réclamer le traitement de la nation la plus favorisée.

La présente convention de paix a été faite à Pé-king, en quatre expéditions, le 25 octobre 1860, et y a été signée par les plénipotentiaires respectifs qui y ont apposé le sceau de leurs armes.

(L S.) Signé : Baron GTros.

(5. 5.) Signé : Prince de Kong.

xn

Convention supplémentaire au traité du 86 Juin i8S8, entre la Chine et la Grande-Breta^pne, slg^née à Vémliïng le 84 octobre i860.

S. M. la reine de la Graude-Brelagne et d'Irlande et S. M. I. Tempereur de la Chine, désirant mettre fin à la mésintelligence actuellement existante entre leurs gouvernements respectifs et garantir leurs relations contre des interruptions futures : c'est-à-dire pour S. H. la reine de la Grande-Bretagne et d'Irlande, le comte d'Elgin et de Kincardine, et pour S. M. l'empereur de Chine, S. A. I. le prince de Kong, s'étant réunis et s'étant communiqué leurs pleins pouvoirs, après les avoir trouvés en bonne forme, sont tombés d'accord sur la convention suivante en neuf articles.

Art. 1**. Une rupture des relations amicales ayant été occasionnée par le fait de la garnison de Taku, qui mit obstacle à la marche du représentant de S. M. britannique se rendant à Pé-king pour échanger les ratifications du traité de paix conclu à Tient-tsin au mois de juin 1858, S. M. l'empereur de Chine exprime son profond regret de la mésintelligence qui a été ainsi occasionnée.

Art. 2. Il est de plus expressément déclaré que l'arrangement convenu à Shang-haï, au mois d'octobre 1858, entre l'ambassadeur de S. M. britannique, le comte d'Elgin et de Kincardine, et les commissaires de S. M. I. Koueï* Liying et Hoâ-Shâ-Nâ, relativement à la résidence du représentant de S. M. britannique en Chine, est par les

39S PIÈGES JUSTiFIGATIYBSj

présentes annulé, et que, conformément à l'article 3 du traité de 1858, le représentant de S. M. britannique résidera désormais d'une manière permanente ou par intervalles à Pé-king, ainsi qu'il plaira à S. M. britannique de le décider.

Art. 3. Il est convenu que l'article séparé du traité de 1858 est par les présentes annulé, et qu'au lieu de l'indemnité qui y est spécifiée, S. M. I. l'empereur de la Chine payera la somme de 8 millions de taêls aux échéances et aux lieux ci-après, savoir : k Tien-tsin, le 30 novembre ou avant, la somme de 500 OOD taëls ; h Gantons le !•' décembre 1860 ou avant, la somme de 333 333 taëls, moins la somme qui aura été avancée par les autorités de Canton pour l'achèvement de la factorerie anglaise située h Shameen ; et le surplusy dans les ports ouverts au commerce étranger, en payements trimestriels qui consisterotit en un cinquième du revenu brut des douanes perçu dans ces ports : le premier desdits payements étant dû le 1" décembre 1860 pour le trimestre qui se termine ce jour-là.

Il est, en outre, convenu que ces sommes seront payées entre les mains d'un officier que le représentant de S. M. britannique désignera spécialement pour les recevoir, et que l'exactitude des versements sera, avant payement, dûment vérifiée par les officiers anglais et chinois nommés à cet effet.

Afin de prévenir toute discussion à venir, il est de plus déclaré que des 8 millions de taëls ici garantis, â millions seront consacrés à indemniser les commerçants anglais à Canton des perles qu'ils ont éprouvées, et que les 6 millions restant serviront à la liquidation des frais de guerre.

Art. 4. Il est convenu que le jour où cette convention sera signée, S. M. I. l'empereur de la Chine ouvrira le port de Tien-tsin au commerce, et qu'il sera désormais permis aux sujets britanniques d'y résider et d'y faire le commerce, aux mêmes conditions que dans toUI autre port de Chine ouvert au commerce.

PitGBS JUSTIFIGATIYES. d99

Arts 5. Aussitôt que les ratificaliôns du traité de 18&8 auront été échangées^ S. M. I. l'empereur de la Chine de-*vra^ par décret, ordonner aux autorités supérieures de chaque province de proclamer dans sa juridiction que les Chinois qui voudront prendre du service dans les colonies anglaises ou autres pays au delà des mers ont une entière liberté de prendre des engagements à cet effet, avec des sujets britanniques, et de s'embarquer^ eux et leurs familles, à bord des bâtiments anglais dans tous les ports ouverts de la Chine; de plus, les autorités supérieures susdites devront, de concert avec le représentant de S. M. britannique en Chitie^ faire des règlements pour protéger les émigrants chinois, suivant que, dans les différents ports ou^ verts, les circonstances Texigeront.

Art« 6. Dans le but de maintenir l'ordre et la loi dans le port et les environs de Hong-kong, S. M. I. l'empereur de la Chine conseùt à céder à S. M. la reine de la Grande- Bretagne et d'Irlande, et à ses héritiers et successeurs^ le droit d'avoir et de conserver^ comme une dépendance de la colonie de S. M. britannique à Hong-kong, cette partie du territoire de Cowloon, dans la province de Kwang-tung, qui avait été doiinée h bail à perpétuité h Harry-Smith Parkes, esq., chevalier du Bain, membre de la commission des alliés à Canton, en faveur du gouvernement de S. M. britannique, par Lan^Isung-Kwang, gouverneur général des deux Kwangs*

Il est de plus déclaré que le bail en question est par les présentes annulé; que les prétentions de tout Chinois à un droit de propriété dans le territoire de Gowloon seront dûment vérifiées par une commission mixte d'officiers anglais et chinois, et qu'une indemnité sera payée par le gouvernement anglais à taut Chinois dont le droit aura été reconnu par ladite commission, dans le cas oîi le gouvernement anglais jugerait nécessaire de l'exproprier.

Art. 7. Il est convenu que les dispositions du traité de 1858, excepté en tant qu'elles sont modifiées par la présente convention, seront sans délai mises à exécution

aussitôt que les ratifications du traité susdit auront été échangées.

Il est encore convenu qu'une ratification séparée de la présente convention ne sera pas nécessaire, mais que cette convention aura effet de la date de sa signature, et sera obligatoire, ainsi que le traité mentionné, pour les hautes parties contractantes.

Art. 8. Il est convenu qu'aussitôt que la ratification du traité de 1858 aura été échangée, S. M. l'empereur de la Chine devra, par décret, ordonner aux autorités supérieures de la capitale et des provinces d'imprimer et de publier le traité susdit et la présente convention, pour les porter à la connaissance du public.

Art. 9. Il est convenu qu'aussitôt que la convention aura été signée, et que les ratifications du traité de Tannée 1858 auront été échangées et qu'un décret impérial relatif k la publication de ladite convention et du traité aura été promulgué conformément à l'fàrticle 8 de cette convention, Ghusan sera évacué par les troupes de S. M. britannique qui y sont stationnées, et que les forces de S. M. britannique maintenant devant Pé-king commenceront à se diriger vers la ville de Tien-tsin, les forts de Taku, la côte nord de Shang-tung et la ville de Canton; que S. M. la reine de la Grande-Bretagne pourra conserver dans un ou dans tous les points ci-dessus mentionnés des forces jusqu'à ce que l'indemnité de 8 millions de taëls stipulée par l'article 3 ait été payée.

^ Fait à Pé-king, k la cour du conseil des cérémonies, 24 octobre, en Tannée de Notre-Seigneur 1860.

Signé : Elgin et de Kincardine.

{Signatures des plénipotentiaires chinois.)

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