LIVRE I, CHAPITRE II
L'administration de l'empire chinois est si tristement organisée, le pouvoir est si faible, si corrompu, si discrédité, que les populations paisibles et laborieuses des provinces craignent à tout instant de se voir livrées à la merci des bandes de pillards qui répandent partout impunément le désordre. — Là où sont les Européens, régnent l'ordre et la tranquillité.
La rade de Chusan est un très-grand lac fermé de tous côtés par des montagnes et des îles; elle est ainsi abritée de tous les vents. Placée dans l'embouchure du Yangr Ise-kiang dans la mer Jaune, elle offre des passes bonnes et faciles à défendre. — L'île entière se compose de dix-huit districts — le chiffre de sa population dépasse 200 000 habitants.
Sous le double point de vue commercial et politique, son importance est supérieure à celle de Hong-kong, et nul doute que les Anglais ne convoitent ardemment la possession de cette île où déjà ils s'étaient établis autrefois.
XL. — Le partage des établissements destinés à l'occupation fut fait sur le pied d'égalité complète ; — car il avait été bien stipulé entre les commandants en chef que notre infériorité numérique momentanée ne devait, en aucun cas, entrer en ligne de compte dans la répartition.
Par les soins de l'amiral Page, les troupes campées en dehors de la ville dans les meilleures conditions désirables, occupent militairement les forts du nord-est, elles sont logées dans une immense pagode à mi-côte II 5
66 €akpa(;ne de chiite,
d'une colline parfaitement boisée et à proximité d'une source d'eau excellente.
Deux commissaires français et deux commissaires anglais sont nommés pour la police de la ville.
« Ces quatre commissaires (écrit-on de Chusan) , demeurent ensemble. C'est un prétoire commun, et toutes leurs relations avec l'autorité chinoise sont également établies d'accord.
«Ils en réfèrent, pour toutes les décisions importantes, aux commandants supérieurs. Ces commissaires ont sous leur direction la police, pour la sécurité de la ville ; cette police se compose de 20 hommes de chaque force alliée commandée par un officier, chaque police a son quartier sur lequel elle doit veiller. L'autorité chinoise a fourni un même nombre d'agents qui fonctionnent conjointement avec les deux polices des alliés. — Tout marche très-bien en vertu d'instructions particulières données à chaque commissaire, en attendant un règlement définif arrêté par les commandants en chef. »
XLI. — L'amiral Protêt est de retour de sa reconnaissance dans le nord de la Chine. — Contrarié par un vent très-violent et par une mer mauvaise, il a cependant «xploré les différents mouillage du golfe de Pe-tchili et recherché les endroits les plus favorables à un débarquement.
L'amiral a visité Weinha-weï, q«n peurraît servir au besoin de point de débarquement. Son moulilage est
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bon et abriterait 40 bâtiments au moins. —De là il s'est rendu à Tcbé-fou.
« Le pays (écrit cet amiral), est parfaitement disposé pour un campement, fût-il de 25 000 hommes. Il y a de l'eau et du bois suffisamment. On y trouve plusieurs mouillages dont la tenue est excellente. Vis-à-vis la presqu'île deTché-fou, dans le sud-quart-sud-ouest, à quatre ou cinq milles de distance, tout près de la partie sud de l'isthme, est la ville de Yen-taï, de 50 000 habitants, plus quatre villages assez considérables, deux à l'est et deux à l'ouest. Cette ville est abritée des vents de l'ouest par des montagnes assez élevées dont les versants sont cultivés ; elle est construite dans une plaine sur le bord de la mer. Le pays est très-riche. »
L'amiral a aussi exploré le ihouillage des îles Mia-tao. Il est bon ; mais ce point, sans ressources et sans influence, n'offre que l'avantage d'être plus rapproché du Peï-ho que Tché-fou.
Sur la côte, entre les rivières de Tchi'-ho et du Peï-ho, on poun^ail débarquer; mais les troupes auraient à parcourir, en dehors des embarcations à marée basse, 3500 mètres dont 1000 environ sur [la vase molle, pour arriver jusqu'à la plaine où l'on pourrait camper. ^ L'amiral, pris par le mauvais temps, n'a pu reconnaître Tchi-ho. — Il a aperçu seulement à travers la brume les forts du Peï-ho qui lui ont paru en très-bon état.
Cette exploration sommaire, qui devait être complétée plus tard dans son ensemble, comprenait les abords de la c6te, di^ois le eap Ghang-toustg (f&i forme l'ex-trème
pointe dans la mer Jaune. — Le contre-a'miral avait seulement visité la baie Liu-shun et celle Ta-lien-houan où pourraient venir mouiller 100 bâtiments de guerre à l'abri de tous les vents.
XLIL — L'arrivée des troupes commence à s'effectuer.
Deux bâtiments de transport, V Entreprenante et la Ga-ronne, ont mouillé le 1*^ mai dans la rade de Woo-soung. Le général Jamin, commandant en second de l'expédition, est sur le premier de ces navires qui amène 1012 hommes du 101" régiment. — La Garonne en transporte 713(1).
Le général de Montauban donna aussitôt des ordres pour que les deux bâtiments transportassent ces troupes à Tché-fou qu'il avait choisi comme point de rassemblement général du corps expéditionnaire. Les renseignements nouveaux apportés par le contre-amiral Protêt sur les conditions favorables de salubrité et de campement qu'offrirait ce point de débarquement, faisaient vivement désirer au commandant en chef d'y envoyer sans retard ces troupes fatiguées par les rudes épreuves d'une longue traversée, pour qu'elles pussent, avant le commencement des opérations projetées , y trouver un repos nécessaire.
Mais le 10 mai, au moment où les bâtiments allaient
(i) Pendant la traversée, V Entreprenante avait perdu trois caporaux et six soldats ;— la Garonne avait débarqué son effectif au complet.