‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 31 sur 170 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

prendre la mer, le ministre d'Angleterre, M. Bruce, \int prier le général en chef français de suspendre ce départ> afin qu'il s'effectuât collectivement avec celui des Anglais.

« Les deux drapeaux alliés ont flotté ensemble sur les forts de Ting-hai (dit M. Bruce au général de Montauban) ; il est juste que les troupes anglaises marchent parallèlement aux troupes françaises dans le Nord. »

Le général de Montauban, jaloux de montrer en toute occasion quel prix il attachait à un accord parfait avec ses alliés dans les opérations militaires, n'hésista pas à obtempérer à cette demande. Mais, préoccupé de la situation insalubre de ses troupes dans la rade de Woosong, il écrivît au général Grant pour lui faire part de ses projets d'installation à Tché-fou et le prier, dans rintérêt de la santé des troupes nouvellement arrivées, de lui faire savoir, par le retour du même courrier, si son intention était d'occuper ce point conjointement avec lui, au lieu de s'établir à Ta-lien-houan, ainsi qu'il l'avait précédemment décidé. — Le général français envoyait au général anglais une copie des plans et du rapport de la dernière reconnaissance de Tché-fou.

XLIIL — Quelques jours après (16 mai), le lieutenantcolonel Schmilz, chef d'élat-majorgénéral, porteurd'une nouvelle lettre du général en chef français au général Grant, partait de,Woo-sung pour Hong-kong avec le commandant Laffon-Ladebat, chef d'état-major de la marine ; tous deux avaient mission de voir l'amiral Hope

et le général Grant pour arrêter, d'accord avec les deux commandants en chef, une date très-prochaine à Finstallation des troupes dans la presqu'île de Tché-fou.

Les deux chefs d*état-major se rendirent d'abord auprès de l'amiral H(%e.

Aussitôt qu'ils lui eurent exposé l'objet de leur mission, l'amiral anglais déclara : qu'il croyait le général de Montauban déjà dans le nord de la Chine avec une partie de ses troupes ; aussi avait-il appris avec un grand étonnement, par la lettre adressée ai] général Gffant, que ce départ avait été retardé. La démarche de M« Bruce était toute personnelle et n'avait nullement été concertée avec les commandants en chef anglais* Quant à lui, il ne voyait aucun inconvénient au mouvement projeté par les Français sur Tché-fbu, et remerciait très-cordialement le commandait en chef français du sentiment de bon accord qui lui avait fait suspendre son départ.

« — J'écris à l'amiral Charner, ajouta-t-il, pour lui faire savoir que vers le 10 juin la plus grande partie des troupes anglaises sera installée à Ta-lien-houan. »

En effet, le mouvement des troupes était déjà commencé, et le transport qui se faisait par bâtiments à voiles devait mettre (la mousson du S. 0. n'étant pas encore arrivée), une vingtaine de jours pour se rendre à destination.

Le général ^en chef, sir Hope Grant, fut plus explicite encore que son collègue de la marine ; il^parut très-contrarié de cet incident auquel il n'avait pris aucune part, et du retard apporté ainsi à l'envoi des premières trou-

LIVU 1, CHAPITRE II. 71

pes françaises à Tché-fou, retard qui pouvait exercer une influence fâcheuse sur la santé des hommes. Il répéta à plusieurs reprises : « — J'avais, dans une conversation particulière, laissé toute latitude au général, à cet égard.»

c Ainsi (écrivait le colonel Schmite en terminant son rapport au général en chef) 9 vous pouvez envoyer vos troupes à Tché-fou quand vous voudrez et dans les conditions que vous jugerez convenables. Pendant que vous opérerez votre mouvement sur ce point, les Anglais opéreront le leur sur Ta-lien-houan et vous occuperez Tché-fou seul^ de même que les troupes anglaises occuperont seules le point choisi.

• Le général Grant part le 30 mai de Hong-kong pour se rendre à Shanghai et s'entretenir avec vous au sujet des opérations ultérieures. L'amiral Hope donne le même rendez-vous à l'amiral Gharner. »

XLiy. — Au moment où le colonel Schmitz allait partir pour rejoindre le général de Monlauban, il apprit que le transport r Isère j qui apportait une cargaison considérable en harnachements de chevaux, souliers et vêtements de toute nature, avait échoué, le 17 mai, dans le port d'Amoy. L'arrivée de ce bâtiment était impatiemment attendue, aussi le chef d'état-major général n'hésita pas à se diriger immédiatement vers Amoy, pour transporter sur son bâtiment tout ce qui pourrait être sauvé delà cargaison de r Isère.

« Rien n'est plus navrant ( écrit le colonel), que le spectacle de ce beau bâtiment dont l'arrière est compté-

lemcnl submergé jusqu'à la cheminée de la machine. Comme la mer est haute, toutes les cales sont envahies par Teau, et les objets de Tintérieur surnagent au miheu de débris de toute espèce ; le pont est arraché de toutes parts, et il faut attendre la basse mer pour pouvoir travailler jusqu'au fond des cales.

« A quelques encablures de Z7sère, il existe une île rocheuse sur laquelle on transporte toutes les caisses que Ton arrache une par une à la mer qui, par sa pression énorme, en brise une partie.»

Les harnachements de Tartillerie sortis de l'eau et tous les souliers et guêtres de cuir furent mis à bord du bâtiment qui avait amené le chef d'élat-major général, et le colonel repartit aussitôt pour Shanghai.

XLV. — Mais l'Angleterre ne pouvait perdre de vue ses intérêts commerciaux si considérables dans ces contrées lointaines. Malgré tous ses préparatifs de guerre, ^lle conserve l'espoir de renouer des relations pacifi- 'ques qui, tout en donnant à son honneur une juste satisfaction , assureraient l'avenir de son commerce sérîeu- ' sèment compromis par une guerre véritable. L'Angleterre -espère toujours que le Céleste-Empire. sera intimidé, -dès le début, et qu'après un premier succès, la diploanatie pourra reprendre son rôle et aplanir les dernières âifficullés. — Aussi s'est-elle décidée à envoyer de nouveau en Chine lord Eigin, chargé de pleins pouvoirs. La France dut faire, de son côté, un nouvel appel à la haute expérience du baron Gros et le charger d'une

Page 1