‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 36 sur 170 · LIVRE I, CHAPITRE IIJ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IIJ

nullement à l'existence d'un empereur des rebelles qui ne forment plus aujourd'hui qu'une jacquerie. — La frayeur est telle parmi les Chinois, à la nouvelle de leur approche, que, malgré toutes les mesures de précaution que nous avons prises et la connaissance qu'ils ont de notre supériorité, tous les habilants de Shang-haï ont émigré pour se retirer de l'autre côté du fleuve ou dans des jonques, sur lesquelles ils ont entassé leurs effets les plus précieux. — Je n'ai jamais vu pareil spectacle. — Le Wam-poo était couvert de sampans ou barques du pays. Des meubles, des lits et des tables remplissaient ces barques où s'étaient réfugiées des familles entières.

«En vain des proclamations ont été affichées dansla ville, rien n'a pu diminuer cette panique, en sorte que Shanghaï est aujourd'hui une ville déserte et abandonnée.

« Cependant, sur la demande du Tao-laï, et de concert avec les ministres de France et d'Angleterre, j'ai organisé un plan de défense îicceplé par le commandant militaire anglais.

« Nous avons occupé trois points dans la campagne de Shang-haï, distant d'une demi-lieue, qui nous servent de points avancés, et cette mesure a rassuré les paysans des différents villages voisins qui alimentent la ville et les concessions européennes. Ces trois points sont les nœuds des roules qui aboutissent à la ville dont j'ai fait occuper des positions par les Anglais et par nous. — J'ai exigé du Tao-taï qu'il fît approprier aux frais de la ville toutes les pagodes que nous occupons, au nombre de trois pour nous et trois pour les Anglais.

« D'après les dernières nouvelles que j'ai reçues hier, j'espère que les habitants de Shang-haï reviendront dans leurs demeures, j'ai été informé que les rebelles, après avoir pris Woo-si, ville considérable, se sont dirigés sur Sou-tcheou; dans celle dernière ville, que Ton prétend contenu: deux millions d'habitants, deux partis se sont formés, l'un pour recevoir les rebelles^ l'autre pour se défendre dans la ville.

« Après une lutte dans laquelle aurait succombé le parti favorable aux rebelles, un général du nom de Leuk- Koe-Liang, parent de Koe-Liang qui a défendu Nankin et qui est mort, se serait mis à la tête des troupes impériales qu'il aurait ralliées en les payant de leur arriéré, au moyen d'une contribution volontaire acceptée par les habitants.

« Ce Leuk-Koe-Liang a écrit à l'Empereur qu'il répondait de la ville sur sa tète, s'il voulait lui laisser le commandement dont il s'est emparé. — Tel est l'état actuel de cette ville, dont les faubourgs ont été brûlés.

c Du reste les nouvelles sont à ce point contradictoires que celles du lendemain ne ressemblent souvent pas à celles de la veille. »

Telle était, d'après les renseignements les plus dignes de foi, la véritable situation au milieu de celte démoralisation générale.

« Je joue un singulier rôle (ajoutait en terminant le général en chef), appelé que je suis à combattre le gouvernement chinois : à chaque instant les autorités chi-

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noises de la province de Shang-haï viennent réclamer moii appui contre les révoltés. »

LI. — Un missionnaire jésuite de Timportantc ville de Sou-tdheou arriva quelques jours après à Shang-haï .11 était avéré que la malheureuse ville avait été pillée à la fois par les rebelles et par les impériaux réunis aux rebelles. — Toute la province depuis l'embouchure du Yang-tsekiang est en leur pouvoir, à Texception d'une ou deux villes. Il règne le plus affreux désordre dans ce pays livré à Tanarchie la plus complète.

Ces bandes deviennent chaque jour plus audacieuses, 600 hommes des troupes alliées et 4 pièces d'artillerie occupent le gros village de Shan-hoo, à deux lieues de Shang-haï, à la jonction des routés de Shang-haï et de Woo-sung.

Le vice-roi Ho et le chef de la justice de la province sont arrivés Shang-haï, où ils viennent chercher un refuge. — Ces deux hauts personnages font demander au général en chef français une entrevue , mais celui-ci la refuse nettement.

« — Si c'est une visite de courtoisie, leur fait-il répondre, notre position réciproque ne nous permet pas d'entamer de semblables relations ; s'il s'agit des affaires politiques ou de négociations à entamer, S. M. l'Empereur des Français envoie ici un ambassadeur porteur de ses volontés. C'est avec ce plénipotentiaire que les hauts mandarins chinois auront à traiter. »

« On ne peut (écrivait le général en chef à cette épo-

que), se faire une idée exacte de la disjonction de toutes les pièces qui constituent le gouvernement chinois. II faut être sur les lieux mêmes pour croire à une semblable décomposition. »

Le moment est en tout point favorable pour frapper un coup décisif et amener enfin à merci la cour de Pé-king, si ignorante à coup sûr de la réalité des désordres sanglants qui déchirent en lambeaux l'Empire fatalement ébranlé dans sa base.

LII. — Les préparatifs de l'expédition dans le Nord se continuent avec activité, les bâtiments arrivent. — Les hommes et le matériel débarquent. Bientôt le général en chef aura entièrement sous sa main tous ses moyens d'action, et sera prêt à entrer en campagne.

Malheureusement un triste événement vint encore susciter de nouveaiix embarras. — La Reine des cKppers transport français, échoua aux abords de Macao, près du point où s'était perdu, peu auparavant, un bâtiment de S. M . Britannique, le Boleigfv. — Les retards et les pertes que causait cet échouagc étaient très-pénibles, car ce transport amenait des troupes d'artillerie et du génie avec un matériel considérable, plus une grande quantité d'objets de campement, d'hôpital, et d'habillement, très-néccs- .saires à l'expédition projetée.

Ce beau navire était mouillé le 29 mai, près des îles Ladroncs, retenu par les vents contraires, quand, tout à coup, le 3 juin, vers deux heures de l'après-midi, le feu se déclara dans la cambuse de distribution, par suite de

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